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Ces derniers jours ont vu deux de nos poètes s’envoler. Madeleine Gagnon et Marcel Labine sont décédés, laissant dans le deuil toute une communauté férue de leurs mots.
Née en 1938, Madeleine Gagnon s’est fait connaître grâce à son premier livre, Les Morts-vivants, paru en 1969 chez HMH. Son œuvre, qui rassemble une quarantaine d’ouvrages, se compose surtout de prose et de poésie, mais aussi d’essais, dans lesquels elle évoquait ses convictions pour l’indépendantisme, le féminisme et la psychanalyse. On se rappellera Retailles, coécrit avec Denise Boucher, Les femmes et la Guerre, ainsi que La Venue à l’écriture, une collaboration avec Hélène Cixous et Annie Leclerc. Sa poésie se retrouve aujourd’hui notamment dans l’anthologie À l’ombre des mots : Poèmes, 1964-2006. Son dernier livre, une autobiographie, est paru en 2013 sous le titre Depuis toujours. Réédité en 2025 par les Presses de l’Université de Montréal, Tout écriture est amour : Autobiographie II était originellement paru en 1990.
En plus d’être une écrivaine accomplie, Madeleine Gagnon a enseigné, notamment à l’UQAM, la création littéraire et la psychanalyse. Elle a remporté en 1991 un Prix littéraire du Gouverneur général de poésie pour Chant pour un Québec lointain et reçu le prix Athanase-David en 2002 pour l’ensemble de son œuvre.
Depuis plus de cinquante ans, Marcel Labine a écrit un peu plus d’une douzaine de recueils de poésie, tous publiés aux Herbes rouges. C’est d’abord en soumettant des textes pour la revue du même nom qu’il impose sa voix, avant que soit publié son premier texte, Papiers d’épidémie, en 1987, pour lequel il recevra un Prix littéraire du Gouverneur général. S’ensuivront notamment Les allures de ma mort, Territoires fétiches, Carnages et Vivre à Poets’ Corner. Paru en 2024, Comme si c’était comme ça lui fait remporter le prix Alain-Grandbois. Son ultime ouvrage, Je n’y suis pour personne, paraîtra ce mois-ci. Sa plume, qualifiée de luxuriante et de précise, s’incarne dans les lieux qu’il connaît, ou qu’il imagine.
Marcel Labine a enseigné au Cégep de Maisonneuve pendant trente-cinq ans, transmettant sa fine compréhension des mots à plusieurs générations d’étudiants et d’étudiantes.
Ces deux poètes, nés à une époque où la poésie québécoise se découvrait, ont certainement contribué à l’émergence de celle-ci ainsi qu’à sa démocratisation. Pour toujours, leurs mots essaimeront dans nos âmes.
Photo de Madeleine Gagnon : © Martine Doyon
Photo de Marcel Labine : © Katya Konioukhova






