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Des centres de services scolaires (CSS) de la Gaspésie affirment vouloir préserver les enveloppes destinées à l’achat de livres neufs, malgré la flexibilité permise par la réforme des budgets des écoles.
Le milieu du livre avait exprimé des craintes au printemps dernier, lorsque la ministre de l’Éducation, Sonia Lebel, avait indiqué vouloir réduire le fardeau administratif des CSS par la fusion de nombreuses enveloppes budgétaires. L’annonce du regroupement de huit enveloppes dans la nouvelle catégorie appelée Activités sportives, culturelles et sociales
avait suscité des inquiétudes dans le milieu.
Les CSS René-Lévesque et des Monts-et-Marées se veulent rassurants et affirment avoir donné le mandat clair aux établissements d’enseignement de continuer à garnir leurs étagères de nouveautés.
Le statu quo en Gaspésie
Pour l’année scolaire qui s’amorce, le CSS René-Lévesque a choisi de reconduire les budgets d’acquisition de livres selon les mêmes critères que l’an dernier. On a donc pris la décision de protéger [le financement dédié aux œuvres littéraires]
, affirme Sandra Nicol, directrice générale.
Ça va nous donner l’année pour analyser la situation, mais notre volonté demeure l’accès à la culture et à la lecture.
Le CSS des Monts-et-Marées a également affecté le même montant à l’achat de livres que l’an dernier pour ne pas déstabiliser les écoles. La flexibilité est toutefois accueillie favorablement pour réaffecter des montants qui se seraient auparavant perdus. S’il nous reste des sous, par exemple dans [l’enveloppe des] sorties culturelles, mais pas suffisamment pour faire une sortie, on est maintenant capables de les transférer pour l’achat de livres
, se réjouit la directrice intérimaire Sandra Théberge.
Sandra Théberge affirme que plus l’intérêt pour la lecture se développe jeune, « plus ça a des chances de perdurer dans le temps ». (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Marguerite Morin
Mme Théberge indique avoir demandé aux écoles de poursuivre l’achat de livres neufs et affirme que le CSS des Monts-et-Marées est investi depuis des années dans la culture
.
On ne veut pas cesser d’acheter des livres de bibliothèque et de garnir nos étalages de nouveautés, pour stimuler davantage nos enfants, parce qu’on sait que c’est très important la lecture.
Le CSS des Chic-Chocs, quant à lui, a décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada.
Incertitude chez les libraires
En moyenne, les commandes scolaires représentent 30 % du revenu annuel des librairies indépendantes, selon les plus récentes données de l’Association des libraires du Québec (ALQ).
Ça crée de l’inquiétude […], c’est toute la chaîne du livre qui est en déséquilibre.
Sans enveloppes protégées par le ministère de l’Éducation, des libraires craignent que l’achat de livres neufs pour les élèves soit négligé. Dès qu’il n’y a rien d’écrit noir sur blanc, c’est inquiétant pour la survie de certaines librairies et de certaines maisons d’édition
, explique Mélanie Langlois, libraire propriétaire de la Librairie Liber, à New Richmond
À partir du moment où l’enveloppe n’est pas dédiée au livre, il suffit qu’un enseignant ait d’autres priorités ou d’autres besoins […] pour qu’ils utilisent les sous.
À Gaspé, la propriétaire de la Librairie Alpha, Marie-Andrée Lelièvre se dit aussi inquiète. Elle dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement ne recule pas devant la levée de boucliers de la communauté, affirmant que ça ne sert personne
. Elle espère que les CSS vont choisir d’eux-mêmes de sécuriser les budgets pour l’achat de livres neufs.
Se situer dans un monde en perpétuel mouvement
Selon Mélanie Langlois, le renouvellement régulier des collections scolaires est indispensable.
Au-delà des considérations économiques, elle estime que le gouvernement fait fausse route et qu’il faudrait plutôt miser sur un accès durable au livre […] en bout de ligne, ce sont les élèves qui vont en souffrir
, affirme-t-elle.
Mélanie Langlois estime que la littérature est là pour nous guider, nous accompagner et nous permettre de mieux comprendre les enjeux sociaux. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois
La libraire soutient que les livres ne servent pas seulement à divertir, mais à accompagner et guider les jeunes dans leur compréhension d’un monde en perpétuel mouvement. Il y a tellement d’études [qui] démontrent les bienfaits et la nécessité de la lecture sur le développement et la réussite
, ajoute-t-elle, déplorant que la refonte budgétaire de la ministre Lebel nie le rôle essentiel des livres.
La littérature est un reflet de notre société, de qui on est, de notre identité, de notre culture.
Il y a des réalités qui existent aujourd’hui dont on faisait très peu de cas […] il y a déjà 10 ans de ça
, fait-elle remarquer.
Investir dans le livre, c’est investir dans la réussite [des élèves], c’est les ouvrir sur le monde.
Les élèves ont besoin d’ouvrages actuels pour se reconnaître, défend Mme Langlois, pour développer leur identité et s’outiller pour mieux décoder la société. On a besoin de ça, de la littérature, pour nous ouvrir les yeux, pour nous guider, nous accompagner
, conclut-elle.






