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Le récit est un genre littéraire narratif dont les frontières ne sont pas si nettes. L’écriture d’un récit représente donc un défi et peut être une tâche intimidante. Voici donc les judicieux conseils de personnes expérimentées.
Les trois membres du jury du Prix du récit Radio-Canada 2024, le dramaturge Laurier Gareau, la chroniqueuse Chantal Guy et le professeur et auteur Philippe Yong, définissent le récit et font des recommandations aux personnes qui veulent en écrire un.
N’attendez pas le dernier moment pour tenter votre chance. La période d’inscription pour participer au Prix du récit Radio-Canada est du 1er janvier au 1er mars, à 17 h (HE).
Philippe Yong, Chantal Guy et Laurier Gareau forment le jury du Prix du récit Radio-Canada 2024.
Photo : Multiple / Mémoire d’encrier @ Majorie Guindon photographe, La Presse, Françoise Verville
Qu’est-ce qu’un récit?
Le récit est une histoire, souvent courte, d’un incident ou un événement qui se passe dans la vie de la personne qui l’écrit ou qu’elle invente, selon Laurier Gareau.
Pour Chantal Guy, le récit est une façon de se plonger dans l’expérience vécue de quelqu’un d’autre selon sa propre perspective.
C’est une immersion dans un événement qui ne nous appartient pas, mais qui résonne en nous parce qu’il est bien raconté, parce qu’il suscite une forme d’empathie ou de découverte, parce que nous croyons à son authenticité.
La chroniqueuse pense que le récit a l’avantage d’être libre des lourdeurs de l’analyse et des contraintes d’une intrigue ou d’un univers inventé. C’est une prise directe sur une expérience vécue, [racontée] d’un point de vue unique.
La particularité d’un récit est son éthique et sa liberté, selon Philippe Yong. On est tenu de restituer fidèlement [des faits], mais il faut aussi fictionnaliser, mêler expérience vécue et imagination, afin de donner forme à cette même expérience. On est donc sur une ligne ténue : ne pas trahir le réel, mais user, également, des outils d’un nouvelliste ou d’un romancier.
Écrire un bon récit
Laurier Gareau n’a qu’un seul conseil à donner aux gens qui veulent écrire un récit : Écrivez à propos de choses que vous connaissez.
L’écriture d’un récit représente donc un défi et peut être une tâche intimidante.
Photo : getty images/istockphoto / BrianAJackson
De son côté, Chantal Guy pense qu’il faut aller droit au but, compte tenu de la limite de 2000 mots dans le cas du Prix du récit Radio-Canada. Mais c’est l’angle, je crois, qui est le plus important. On peut parler d’une époque, d’une ville et d’un pays en décrivant seulement une rue, par exemple. Mais, très simplement, il faut avoir quelque chose à dire qui puisse intéresser les lecteurs, et pour cela, voilà qui est plus difficile, il faut créer un lien, quand bien même on fabule totalement, quand bien même tout ce qu’on a à dire est son amour pour son chat.
Selon Philippe Yong, tout récit doit naître d’une nécessité de raconter une histoire qu’on ne peut se sortir de la tête et qui nous hante.
Elle revient sans cesse, elle évolue avant même d’avoir été écrite. Alors, il faut se décider à lui donner forme, se lancer. Si l’idée disparaît d’elle-même, peut-être qu’il n’était pas nécessaire de la fixer.
Le défi de soumettre son récit
Se laisser emporter par l’histoire, tel est l’idéal de Laurier Gaudreau à titre de juré.
L’auteur réussit-il ou [l’autrice] réussit-elle à capter mon attention très vite dans son histoire, ou dois-je me gratter la cervelle pour figurer où l’auteur veut en venir avec son histoire?
Il soutient que soumettre son travail à un prix, comme celui des Prix de la création Radio-Canada, à l’intention d’un lectorat, mais aussi d’un jury, a plusieurs avantages. Pendant longtemps, comme dramaturge, je me disais que je ne cherchais pas à faire publier mes pièces de théâtre, car elles avaient été écrites pour être jouées sur une scène. Toutefois, par la suite, je me suis rendu compte que si le texte n’était pas publié, il ne pouvait pas trouver de nouveaux lecteurs (et producteurs).
Autre point très important, les textes publiés peuvent être mis à l’étude dans les écoles secondaires et les universités.
De son côté, Chantal Guy sera ouverte à tout. Mais pas aux clichés!
, prévient-elle.
La chroniqueuse ajoute que si l’on veut que son texte soit lu, il faut participer à tous les concours. Ce sont de bons exercices pour vous préparer à des comités de lecture – des éditeurs, des journalistes, des prix littéraires… – et surtout aux lecteurs et lectrices qui viendront vous voir dans les salons du livre.
Philippe Yong sera avant tout un juré curieux de découvrir des voix, de les entendre lui parler à travers une histoire, heureux de découvrir d’autres façons d’appréhender le monde grâce à une écriture singulière
.
Il veut aussi appréhender chaque texte de manière libre, avoir la liberté de l’aimer ou pas. Les autrices et les auteurs sont donc prévenus.
Leurs récits préférés
L’auteur David Baudemont
Photo : Radio-Canada / Raphaële Frigon
Les récits de l’auteur fransaskois David Baudemont sont les préférés de Laurier Gaudreau. Je les aime surtout parce qu’ils parlent de mon environnement – la province de la Saskatchewan.
Il les recommande vivement.
La poéte albertaine Pierrette Requier
Photo : Radio-Canada
Il aime aussi les récits de Pierrette Requier, d’Edmonton. Ses textes sont des récits de son vécu dans le nord de l’Alberta dans les années 60 et 70, quand elle était jeune fille. Ayant fait mes études à Edmonton au début des années 70, ces textes me touchent beaucoup, car j’ai connu cette réalité dont elle parle, celle de sa communauté franco-albertaine, avec son parler mi-français, mi-anglais.
Annie Ernaux au Mexique le 4 décembre 2019
Photo : afp via getty images / ULISES RUIZ
Chantal Guy est une grande admiratrice d’Annie Ernaux et d’Emmanuel Carrère. Les années. », »text »: »J’aime autant l’autofiction que la fiction, ce ne sont pas des genres que j’oppose, et j’ajouterais que j’ai toujours été une lectrice de mémoires, de correspondances et de journaux intimes. J’aime qu’on fasse de la lectrice que je suis une confidente, j’aime la réflexion sur une expérience personnelle qui peut toucher à l’universel, comme Ernaux a pu le faire dans Les années. »}} »>J’aime autant l’autofiction que la fiction, ce ne sont pas des genres que j’oppose, et j’ajouterais que j’ai toujours été une lectrice de mémoires, de correspondances et de journaux intimes. J’aime qu’on fasse de la lectrice que je suis une confidente, j’aime la réflexion sur une expérience personnelle qui peut toucher à l’universel, comme Ernaux a pu le faire dans Les années.
L’écrivain français Emmanuel Carrère
Photo : afp via getty images / JOEL SAGET
Toutefois, Chantal Guy ajoute que le récit n’a pas à être forcément personnel, en citant l’exemple de Svetlana Alexievitch, qui a écrit sur la guerre ou la catastrophe de Tchernobyl, et celui d’Emmanuel Carrère, qui écrit d’autres vies que la sienne
. Je trouve extrêmement précieux les récits qui nous permettent de comprendre toute la complexité d’une situation et qui serviront parfois les historiens.
La prix Nobel de littérature, l’écrivaine Svetlana Alexievitch.
Photo : Reuters
Choisir ses récits préférés n’est pas facile pour Philippe Yong. Pour évoquer une expérience de lecture unique, un ensemble de récits fulgurants de beauté et d’horreur mêlées, dans une langue à la fois exacte et sublime
, il avoue une préférence pour les deux premiers tomes de Récits des marais rwandais, de Jean Hatzfeld.
L’écrivain français Jean Hatzfeld
Photo : Getty images/AFP/Joël Saget
Véritable tremplin pour les écrivaines et écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada sont ouverts à toute personne qui écrit, de façon amateur ou professionnelle. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours.
Vous écrivez des récits? Envoyez-nous vos textes inédits d’ici 1er mars 2024 à 17 h (HE)!















