C’est un petit livre qui entre dans la catégorie des duos improbables. À gauche, Régis Debray, écrivain et philosophe de 85 ans, ancien compagnon de route des mouvements révolutionnaires en Amérique latine dans les années 1960. À droite, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson, 54 ans, adepte de la fuite et du désengagement. Les deux hommes ne sont ni du même âge ni du « même bord », mais prennent dans Le grimpeur et le grognard un malin plaisir à dialoguer. Si l’aîné a longtemps embrassé le temps et l’Histoire, le cadet a préféré l’espace, optant pour la stratégie du mouvement perpétuel. « D’abord ne pas subir, ensuite ne pas nuire. » Ces deux « bourgeois lucides » se picossent un peu. Comme lorsque Tesson, qui a choisi depuis longtemps « le parti de la carte plutôt que la carte du Parti », plaide pour qu’on « laisse l’Histoire tranquille » et demande à Debray : « Comment peut-on écouter Fidel Castro pendant sept heures quand on sait que Chamfort explique l’humanité en une ligne ? » Vif et stimulant, à l’heure de la messagerie instantanée et de la pensée en vase clos.
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