Il existe chez le même éditeur deux traductions, différentes et pourtant parallèles, du Livre de l’intranquillité, recueil inachevé de réflexions et journal intime maquillé, chef-d’œuvre de l’écrivain portugais Fernando Pessoa (1888-1935). Vers laquelle se tourner ? Celle de Marie-Hélène Piwnik, parue en 2017 sous le titre de Livre(s) de l’inquiétude aux Éditions de la Différence, avant d’être reprise en 2018 chez Christian Bourgois, propose une expérience de lecture brute et fragmentaire, plus en accord avec la chronologie de la rédaction — étalée sur vingt ans —, ainsi que la présence des trois « semi-hétéronymes » de Pessoa. Elle donne un peu l’impression d’avoir sous les yeux les épreuves de tournage d’un film avant le montage. Celle de Françoise Laye, avec laquelle la plupart des lecteurs francophones ont découvert Pessoa en 1988 (que l’on retrouve aujourd’hui dans une quatrième réédition, revue et augmentée), se limite à l’« autobiographie sans événements » de Bernardo Soares. Plus accessible, d’une certaine façon, plus fluide, c’est la meilleure option pour découvrir cet immense auteur, à jamais inséparable de Lisbonne.
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