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«Les amours en fuite»: romance western

 

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Plus grande ville à l’ouest du Mississippi à la fin du XIXe siècle, parfois surnommée la « colline la plus riche du monde » en raison de ses mines de cuivre, Butte, au Montana, a encore des choses à raconter.

Une ville-champignon peuplée d’exilés et de fantômes au gosier humide qui se crachent les poumons. « Ils croyaient aux sorcières et aux démons et aussi à la magie noire. En fait ils croyaient à tout. Ils descendaient dans les mines et c’était un véritable enfer et donc une preuve par la négative de l’existence de Dieu. » À Butte, certains allaient jusqu’à penser « que les Montréalais sont les pis parmi tous les Français ».

C’est dans cette « ville de putes et d’angines de poitrine », en 1891, que Kevin Barry a planté le décor de son quatrième roman, Les amours en fuite, après les remarqués L’œuf de Lennon et Dernier bateau pour Tanger (Buchet-Chastel, 2017 et 2020). C’est ici, aux confins de l’Ouest américain, « sous l’influence de la lune et des marées », que vivote Tom Rourke, 27 ans, « un drôle de gars qui était cocasse et souvent suicidaire ».

Écrivain public qui avait aidé des tas de mineurs à se marier et pondu des chansons de taverne, expert en matière de dettes (il devait de l’argent partout), assistant de l’un des photographes de la ville, fumeur d’opium habitué des cahutes de « Chinetoques », Tom Rourke « croyait aux messages et aux signes et aux présages étranges ». Comme tant d’autres, il avait franchi un océan pour s’offrir un autre destin. En ce qui le concerne, c’était pour s’éloigner de Berehaven, dans le comté de Cork, mais il « haïssait les fils de pute sentimentaux qui aux petites heures du jour entonnaient dans la rue des ballades à la gloire des patelins qui les avaient dégueulés ».

Orpheline de Chicago, blonde au teint délicat d’une trentaine d’années, pas tout à fait belle, mais pas non plus sans charme, Polly Gillespie s’était mise là-bas dans le « pétrin avec un P majuscule ». Elle s’est mariée moins d’une heure après sa descente du train à Butte, avec le capitaine d’une compagnie minière déniché par correspondance, une sorte de mélange entre un curé laïque et une échalote froide qui vivait dans la crainte du Seigneur.

C’est dans le studio de photo que les regards de Tom et de Polly vont se croiser. Polly et son mari y étaient pour leur portrait de mariage, et on aurait dit sous le flash qu’ils « venaient de s’acheter un aller simple vers le cimetière ». Le coup de foudre est immédiat, l’obsession partagée. Et très vite, Tom et Polly vont même découvrir qu’ils pouvaient communiquer sans se parler. Après quelques semaines de séances adultères, une évidence va s’imposer : prendre le large ensemble, aller vers l’Ouest. Rejoindre San Francisco ? C’est le plan.

Dans le sillage de leur fuite : un hôtel en feu, un géant à gages lancé à leurs trousses, des Métis violoneux, deux Cornouaillais aux airs de tueurs, quelques cadavres et des chevaux fatigués. Tom et Polly vont pouvoir prendre la mesure de leur amour.

Western triste et sans repos, comme ils le sont tous, Les amours en fuite est une histoire d’amour tragique et poignante, portée par des phrases en mouvement et une sorte de grâce indescriptible — tout cela embrasé par la traduction remarquable de Carine Chichereau.

Mais Kevin Barry, né à Limerick (Irlande) en 1969, fait ici bien davantage que de nous raconter une histoire. Il enlumine, fait parler les pierres, traverse les murs et les époques. Il nous offre quelque chose de plus. Le style de Kevin Barry flirte avec la métaphysique, illustrant à sa façon la différence impalpable entre la littérature et ce qui n’en est pas. Du grand art.

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Titre: Les amours en fuite

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