Source : Le Devoir
Un air de paréidolie
L’œil de certains adultes — et de beaucoup d’enfants — a la capacité de détecter des visages humains chez du non-vivant et/ou du vivant. Les fenêtres illuminées d’une maison peuvent jeter un regard sur les passants, des cavités dans l’écorce d’un arbre devenir un visage. En affublant différents objets de petits yeux, l’autrice et illustratrice Camille Romanetto reprend d’une certaine façon cette idée dans Petites familles, un cartonné serti de douces aquarelles. Douze tableaux dans lesquels un lutin déambule à travers différentes scènes où maisons, coutellerie, service de thé, livres et autres objets forment des familles aussi inusitées qu’attachantes. Puis, comme une invitation à tourner les pages, le personnage participe à chacune des scènes, s’y camoufle, prend part à ces différentes vies. Cette ode à l’imaginaire est renforcée par le style réaliste de Romanetto, qui, en attribuant de façon aussi naturelle une humanité aux objets du quotidien, met en lumière le fait qu’ils participent, mine de rien, et plus que l’on pense, à la vie de famille. Ouvrez l’œil, on vous regarde.
Petites familles
★★★ 1/2
Camille Romanetto, Little Urban, Paris, 2026, 24 pages. De 3 à 6 ans.
Ensemble, c’est mieux
Lisek, un renard roux solitaire, habite depuis toujours dans sa vallée, jusqu’au jour où le sanglier Grook débarque. À partir de là, tout change et Lisek doit, à son grand désarroi, partager ses activités avec le nouveau venu. Son pommier, ses roulés-boulés, ses pommes, etc. Mais l’amitié se développe rapidement, si bien que lorsque Grook disparaît, il n’en faut pas plus pour que le renard s’ennuie. Divisée en quatre chapitres qui déterminent la traversée empruntée par le duo, cette bande dessinée de Berenika Kotomycka reprend la classique et efficace idée du tandem mal assorti et pourtant complémentaire. Les réparties courtes mettent en lumière l’esprit prosaïque des personnages tout comme leur candeur et leur étonnement devant les aléas du quotidien. Puis, l’illustration à la fois rondouillette, grouillante et expressive prolonge le texte, le complète en insistant sur le ressenti des héros. Par ailleurs, le dynamisme du duo est renforcé par une variation constante des planches dans lesquelles alternent bandes, cases et pleines pages. Un premier titre prometteur.
Grook et Lisek. Là-bas
★★★★
Berenika Kotomycka, traduit par Lydia Waleryszak, Père Fouettard, Paris, 54 pages. Dès 6 ans.
Une voix inoubliable
Parce que juillet est l’occasion de mettre en lumière les bijoux oubliés de la saison, on ne peut passer sous silence ce premier roman bouleversant de Simon Alarie. Sa Cass, dont la voix percutante et rêche rappelle la Bérénice de Ducharme, se confie à une intervenante à propos des événements qui l’ont menée à se laisser mourir, dans un procédé profondément authentique qui n’est pas sans rappeler le livre Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu. Troubles alimentaires, violence conjugale, misère socio-économique ponctuent le récit lucide de l’adolescente dans lequel se réverbèrent des problèmes systémiques et intersectionnels qui entravent l’épanouissement d’une partie occultée de la société. C’est par le cœur que Simon Alarie conscientise ses lecteurs, leur offrant un roman passionnant dont les injustices coupent le souffle, mais qui rappelle que chaque fêlure peut laisser passer la lumière, sous la forme d’une amie, d’une deuxième chance ou d’une robe de bal qui reflète l’âme de qui apprend peu à peu à s’aimer. Un personnage que l’on n’oubliera pas de sitôt.
T’es belle, pour une grosse
★★★★
Simon Alarie, Leméac, Montréal, 2026, 168 pages. Dès 14 ans.s
Notre cerveau, cette fourmilière
Parmi les pépites oubliées se trouve aussi ce documentaire jeunesse exhaustif et fascinant qui décline de mille et une façons les aspects les plus complexes et les plus fascinants du cerveau humain. Pourquoi le goût des aliments varie-t-il d’une personne à l’autre ? Comment fonctionne la mémoire ? Comment peut-on aider notre cerveau à progresser et à demeurer au sommet de sa forme ? De l’évolution à la transmission d’informations, en passant par son rôle dans la perception des sens et dans l’expérience que fait chacun du monde qui l’entoure, Erik Harvey-Girard, chercheur en neurosciences, fait du cerveau un immense chantier digne d’une fourmilière, transformant un monde a priori hermétique en une expérience de lecture accessible, concrète et ludique à souhait. Il est aidé des illustrations prodigieuses, riches d’innombrables détails, de Stéphane Poirier, qui parvient à décliner visuellement toutes les facettes hétéroclites de son sujet tout en dirigeant l’attention au moyen de judicieuses juxtapositions. Une lecture idéale pour petits et grands curieux.
Quel chantier ! Attention, cerveau au travail
★★★ 1/2
Écrit par Erik Harvey-Girard, illustré
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