Il y a toutes sortes de façons de partir. Partir pour prendre l’air. Pour prendre le large. Pour se prendre pour un autre ou pour prendre la fuite.
Devant une carte du monde, certains glisseront le doigt jusqu’aux antipodes avec le projet de s’installer sur une île. Quoi de mieux qu’une île afin d’incarner l’idée de rupture et de recommencement ? Victor Hugo a posé ses valises pour 19 ans dans les îles anglo-normandes de Jersey et de Guernesey, attendant patiemment la fin du règne de Napoléon III et le retour de la liberté en France.
Mais on peut aussi, comme Jacques Brel, accoster dans l’archipel des Marquises après 59 jours en mer pendant un tour du monde à la voile et y passer les trois dernières années de sa vie.
« Arrive-t-on par hasard, encore aujourd’hui, dans les îles polynésiennes ? Quelle est l’influence exercée par le mythe ? » Dans les destinations exotiques, mais plus encore dans les îles peut-être, le mythe est un bagage qui colle souvent au dos du voyageur.
Originaire de Vendée, Rose Aries s’est envolée un peu par hasard pour Tahiti vers l’âge de 25 ans, au début des années 2000, sans regarder derrière elle, sur la promesse d’un poste de journaliste au sein d’une radio locale. Là-bas, la jeune femme voulait, raconte-t-elle dans Ce que les îles font de nous, à la fois « quitter la peur » et « échapper aux assauts » de son père, repartir de zéro et expérimenter sur le long terme le « sentiment insulaire ». Elle y aura vécu cinq ans.
Elle croyait (et croit toujours) en la force de guérison des îles. Heureusement, estime l’autrice, la réalité tahitienne n’a rien de paradisiaque. On trouve là-bas aussi, toutes proportions gardées, de la pollution, des embouteillages, des tensions sociales. Sans compter que l’archipel, rappelle-t-elle, porte encore son « traumatisme nucléaire ».
Dans Ce que les îles font de nous, la Française, tout en racontant sa propre trajectoire, survole et démonte quelques mythes qui entourent aujourd’hui encore les îles du sud d’un persistant brouillard. L’île, qu’elle soit grande ou qu’elle soit petite, est presque toujours le théâtre d’une « perception augmentée du temps ». Des lieux d’utopies et de littérature fréquentés notamment par Daniel Defoe, Robert Louis Stevenson, Michel Tournier et Édouard Glissant.
Parmi les mythes les plus persistants figure en bonne place celui de la liberté sexuelle des Polynésiennes, né de malentendus, avant d’être nourri de plusieurs couches de fantasmes masculins. Rose Aries y est particulièrement sensible. L’autrice, victime d’inceste, violée et battue par son père durant son enfance, a pour sa part trouvé dans une île à la lisière du monde un endroit « pour crier sans déranger ».
Survol des mythes et de la littérature associés aux îles parfois un peu scolaire, récit personnel, le livre fait le tour de la question et ouvre une fenêtre sur le large. Car dans une île, résume Rose Aries, « il existe forcément une part d’espoir, d’imaginaire heureux ».
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