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La rentrée littéraire 2026 : Bande dessinée

Cette nouvelle rentrée BD, marquée par une admirable diversité de tonalités, fait une fois de plus la part belle à la production nationale. Source

 

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Cette nouvelle rentrée BD, marquée par une admirable diversité de tonalités, fait une fois de plus la part belle à la production nationale.

La rentrée littéraire 2026 : Littérature québécoise

Les fantômes du Forum
Philippe Girard (La Pastèque)
À la suite du fulgurant Le prince des oiseaux de haut vol (2024), Philippe Girard sévit à nouveau à La Pastèque et réussit l’impossible : livrer un ouvrage encore plus fabuleux. Dans Les fantômes du Forum, il raconte le parcours d’Émile Plante, jeune diplômé en médecine qui devient soigneur du Canadien de Montréal à partir de la décennie 1940. Grand amateur de jazz, Plante est le témoin privilégié de l’âge d’or de deux univers qui, sous la plume de Girard, révèlent de profondes affinités. Doté d’une rare intelligence narrative et d’un superbe sens de l’innovation stylistique, l’auteur signe un récit richement stratifié sur l’émancipation, porté par une charge émotionnelle inédite et une beauté incandescente. En librairie le 5 octobre

Opioïdes et organes
Arizona O’Neill (trad. Daphné B.) (Alto)
Pour sa toute première bande dessinée, la jeune artiste montréalaise Arizona O’Neill présente une œuvre singulière, à la croisée du récit intimiste, de la fable carrollienne et de l’enquête documentaire. Accompagnée du monstre de Frankenstein et d’un lézard doté de la parole, elle se penche sur la question du don d’organes. À la suite du décès de son père, emporté par une surdose de fentanyl, O’Neill traverse de l’autre côté du miroir médical afin d’éclairer les zones d’ombre et les paradoxes d’une pratique aux visées profondément altruistes. L’autrice signe une première incursion fracassante dans le 9e art, sublimée en français par l’excellente traduction de Daphné B.

Toujours sur scène : Vivre avec le bégaiement
Jean-Sébastien Bérubé (La Pastèque)
Après Comment je ne suis pas devenu moine et Vers la tempête, œuvres marquantes qui ont révélé l’étendue de son talent, Jean-Sébastien Bérubé livre avec Toujours sur scène son ouvrage le plus personnel à ce jour. En s’attaquant sans détour à la réalité du bégaiement, il transforme une fragilité longtemps vécue comme un obstacle en moteur de création. Son parcours dans l’univers du slam, où chaque prise de parole constitue un acte de courage, devient le fil conducteur d’un récit lumineux sur l’affirmation de soi. Servie par un dessin d’une grande fluidité, cette quête trouve un écho visuel particulièrement éloquent. Un album sensible et inspirant, faisant œuvre utile.

La grande cueillette
Alexandre Fontaine Rousseau et Thom (Pow Pow)
Un mycologue passionné et un magicien ayant fait vœu de renoncer à ses pouvoirs sollicitent l’aide de la gardienne de la forêt afin de rejoindre une vieille mine où pousseraient de rares espèces de champignons. Mais leur périple est compromis par une nécromancienne à la tête d’une armée en marche. Le jeune bédéiste Thom, qui s’est fait connaître par trois premiers albums muets publiés chez Pow Pow, s’associe au scénariste Alexandre Fontaine Rousseau pour livrer cette fable fantastique, au propre comme au figuré. À la croisée de Bone, de Hellboy, de Donjon et de la franchise de jeux vidéo The Legend of Zelda, La grande cueillette est un récit anthropomorphique qui conjugue souffle épique, humour et sensibilité avec un charme fou. En librairie le 21 septembre

Les glaces
Rébecca Déraspe et Yoakim Bélanger (Écosociété)
Adapté de la pièce éponyme de Rébecca Déraspe, Les glaces raconte l’histoire d’une femme dont le fils adolescent, accusé de viol, ravive le traumatisme de l’agression sexuelle qu’elle a elle-même subie des années auparavant. Enfouie sous les glaces du déni, la vérité finit par refaire surface, et l’heure du grand dégel sonne pour les coupables. Consentement, masculinité toxique et éducation sont autant de thèmes abordés avec nuance et assurance. Cette transposition en bande dessinée, sublimée par les saisissantes aquarelles de Yoakim Bélanger, incite à la réflexion et au dialogue. Une œuvre exceptionnelle, inconfortable et nécessaire. En librairie le 14 septembre

Mangas de traverse

Vous résistez encore à la fréquentation du genre? Vous vous cantonnez à vos séries douillettes? Osez le manga hors norme. Le plus redoutable des tueurs à gages au service d’une puissante organisation criminelle raccroche ses armes et renonce aux fruits de ses contrats afin de se consacrer à sa véritable passion : Kaorin, chanteuse d’un groupe de K-pop. Avec The Hitman’s Fave (t. 2) de Rintarô Ôshima (Kurokawa), on nous convie à une comédie aussi réjouissante qu’inattendue, où les contrastes entre la violence du métier et la ferveur du fandom alimentent une succession de situations cocasses. Une lecture rafraîchissante qui rappelle que ce sont nos passions et nos élans du cœur, bien davantage que notre profession, qui nous définissent… même si certains réflexes ont la vie dure. À la suite du succès de leur première série manga québécoise Les Élus Eljun, les Éditions Michel Quintin récidivent avec Murmureurs de l’auteur canado-haïtien Max Youxi, une œuvre métissée — entre fantasy, odyssée et mythologie — puisant aussi bien dans les codes du genre que dans diverses influences culturelles. Porté par une ample architecture fictionnelle, ce récit met en scène un clan de guerriers capables de murmurer aux monstres, ultime rempart dressé contre l’effondrement de la civilisation. Autre nouveauté digne d’intérêt : Lights, Drag, Action! (Akata), fruit d’une collaboration franco-japonaise entre Kam Hugh et Narumi Shigematsu. Ce manga singulier suit un collégien de la banlieue parisienne qui fait connaissance avec l’univers flamboyant de l’art drag et rêve à son tour de monter sur scène pour y briller de mille feux. Lorsqu’un spectacle fait escale près de chez lui, il décide de se préparer à relever le défi, soutenu par quelques alliés précieux. Récit d’une longue métamorphose, Lights, Drag, Action! emprunte les chemins parfois sinueux de l’affirmation de soi.

Chassez le surnaturel…

… il revient au galop. C’est du moins ce que démontre Jeff Lemire. En parallèle à son travail de scénariste sur Absolute Flash pour DC Comics — sans compter les nombreuses adaptations télévisuelles tirées de son œuvre —, l’artiste ontarien poursuit en solitaire la série Minor Arcana. Le deuxième tome, traduit en français chez les éditions Delcourt, confirme qu’il s’agit d’une nouvelle pépite à inscrire à son impressionnante bibliographie. Renouant avec la ruralité et le surnaturel — deux éléments au cœur de ses œuvres phares Essex County et de Sweet Tooth —, le créateur met en scène une jeune femme contrainte de revenir dans sa ville natale, un patelin perdu en banlieue de Toronto où elle doit s’occuper de sa mère, une voyante vieillissante. Au contact de cette dernière, ce qu’elle croyait n’être que des hallucinations se révèle bientôt être bien plus troublant. Trois ans après Parfois les lacs brûlent, gagnant du Prix des libraires du Québec en 2023 — catégorie « Bande dessinée », Geneviève Bigué nous offre Pointe-Obscure : N’ouvrir sous aucun prétexte (Front Froid), un récit d’abord publié en feuilleton dans le magazine scientifique jeunesse Curium. On y fait la connaissance de jumeaux adolescents qui, à peine installés dans ce village isolé, se retrouvent confrontés à une série de phénomènes paranormaux. Une bande dessinée qui, contrairement à son titre, se doit d’être ouverte dans les plus brefs délais.

L’histoire pour tous

Derf Backderf (Mon ami Dahmer, Trashed, Kent State) poursuit son exploration de l’histoire américaine avec le captivant Les dissidents (Çà et là). Cette fois, il s’intéresse au journal contestataire The Masses, animé par un groupe de dessinateurs pacifistes qui dénonçaient avec vigueur la position belliciste du président Wilson durant la Première Guerre mondiale. Leur lutte acharnée pour la liberté d’expression trouve un écho troublant dans le monde actuel, où plusieurs régimes autoritaires et mouvements religieux extrémistes cherchent encore à museler la liberté de la presse par la violence, même si, au bout du compte, les crayons finissent toujours par l’emporter sur les canons. Pour son premier projet en solo, Olivier Carpentier (Far Out, Vinyasa Ninja) se penche sur le Québec des années 1920, alors en pleine prohibition, avec le premier volet de la prometteuse série jeunesse La bande à Charlot, publiée aux éditions Presses Aventure. Habile croisement entre La guerre des tuques et Once Upon a Time in America, ce titre met en scène une bande de gamins d’un quartier montréalais qui combattent le crime avec une verve communicative, où l’auteur jalonne son récit de repères historiques habilement intégrés. Par ailleurs, Le retour de l’Iroquois (Moelle Graphik), ce classique instantané du 9e art québécois signé Louis Rémillard, bénéficie enfin d’une réédition après une trop longue absence sur les rayons des librairies. Pour l’occasion, le récit de Tokhrahenehiaron — qui parcourut quelque 500 kilomètres en une vingtaine de jours afin de négocier la paix entre la colonie française et son peuple en 1644 — se pare d’une somptueuse mise en couleur et s’enrichit d’un chapitre inédit.

Trondheim-verse et Sfar-verse

À eux deux, Lewis Trondheim et Joann Sfar cumulent plus de 500 bandes dessinées en trente-cinq ans de carrière. Ces figures de proue du renouveau de la bande dessinée francophone au tournant des années 1990 ne semblent pas pouvoir freiner leur irrésistible désir d’explorer de nouveaux territoires narratifs et de faire vivre une multitude d’univers. Lancée presque comme une boutade en 1998, la série Donjon est aujourd’hui devenue l’une des entreprises les plus hardies du 9e art. Cette vaste parodie d’heroic fantasy se déploie sur près de 10 000 ans fictifs et se décline en plusieurs sous-séries, toutes articulées autour d’un lieu mythique : un donjon qui attire — et élimine — les plus grands chevaliers. Pour ce nouveau chapitre, Donjon Monsters (t. 19) : La dernière heure (Delcourt), les deux complices ont confié les dessins à Emmanuel Lemaire. Contre toute attente, Sfar ressuscite sa délicieuse série Professeur Bell, au grand bonheur de ses nombreux admirateurs. Vingt ans après la publication du cinquième tome, l’enquêteur paranormal de l’ère victorienne aux méthodes peu orthodoxes reprend du service, cette fois épaulé par les dessinateurs Étienne Le Roux et Jérôme Brizard. Pour souligner ce retour inespéré, les éditions Delcourt, qui soufflent cette année leurs quarante bougies, remettent également en circulation les albums précédents. De son côté, Lewis Trondheim poursuit avec un enthousiasme renouvelé sa série emblématique Lapinot, ressuscitée il y a quelques années. Avec ce dix-huitième volet, Art total (Dargaud) entraîne ses attachants protagonistes anthropomorphes dans les méandres de la science-fiction. Si la franche rigolade est assurément au menu, on peut en attendre tout autant de Gaston (t. 23) : Des boum et des paf (Dupuis), alors que le personnage emblématique de la bande dessinée franco-belge imaginé par André Franquin est cette fois revisité par Trondheim et le dessinateur québécois Delaf, qui avait signé en solo le précédent tome. Les premières planches prépubliées dans l’hebdomadaire Spirou renouent d’ailleurs avec la grande époque du début des années 1970.

Mises en cases

À peine un an après l’époustouflante adaptation de l’essai Libres d’obéir de Johann Chapoutot, Philippe Girard récidive avec Les irresponsables (Casterman), un ouvrage qui se penche sur les derniers mois du régime hitlérien et sur l’instrumentalisation du dictateur par une poignée de dirigeants de l’ombre mus avant tout par leurs propres intérêts. Une fois de plus, le dessinateur québécois rivalise d’inventivité pour livrer une mise en images aussi percutante qu’éclairante. À la suite de sa convaincante adaptation de la pièce Foreman de Charles Fournier en 2025, Richard Vallerand lorgne cette fois du côté du cinéma avec une transposition en cases du film Les bons débarras (VLB éditeur), d’après le scénario de Réjean Ducharme — dont il a obtenu la bénédiction peu avant sa disparition. L’entreprise était périlleuse : comment revisiter un classique aussi unanimement célébré sans se retrouver écrasé par son imposant héritage? Or, le pari s’avère une éclatante réussite, au point de nous faire momentanément oublier le film de Francis Mankiewicz.

Sans queue ni tête-bêche

Les lecteurs férus d’expérimentations formelles seront comblés cette saison grâce à deux remarquables bandes dessinées tête-bêche réalisées par deux des plus grands artisans de leur génération. L’inénarrable Blutch, aussi à l’aise dans le péplum que dans une reprise de Tif et Tondu ou de Lucky Luke, soumet avec Face A Face B (Éditions 2042) deux fascinants récits, brillamment mis en images et teintés d’un érotisme fantasmagorique, qui confluent l’un vers l’autre au centre du livre comme au creux de notre ventre, siège des émotions et du désir. Quant à Cyril Pedrosa, il s’allie au mangaka Taiyo Matsumoto pour livrer Nanbanjin (Dupuis), chronique d’une rencontre entre deux êtres meurtris. Chacun des artistes prend en charge le point de vue de l’un des protagonistes, les deux récits convergeant au cœur de l’ouvrage grâce aux sens de lecture occidental et oriental. Bouleversant. Prodigieux. Unique.

Lorsque la réalité dépasse la fiction

Après l’immense succès de Dans la combi de Thomas Pesquet (2017), qui relatait avec humour l’épopée spatiale de l’astronaute français, de sa préparation jusqu’à son retour sur Terre, la vulgarisatrice scientifique Marion Montaigne récidive avec Space Montaigne (Dargaud), un désopilant journal de bord narrant la genèse de cet album devenu un phénomène éditorial. Clin d’œil évident au célèbre manège des parcs Disney, le titre rend avec justesse et esprit les méandres de la création, alors qu’une Montaigne en proie au doute en bave pour notre plus grand amusement. Le journaliste d’investigation en zones de conflit et auteur de bandes dessinées Joe Sacco a consacré plusieurs ouvrages marquants à la Palestine, parmi lesquels Palestine (Rackham), Gaza 1956 : En marge de l’histoire et Guerre à Gaza (Futuropolis). Il retrouve ici Chris Hedges, ancien correspondant au Moyen-Orient pour le New York Times et lauréat du prix Pulitzer, avec qui il avait déjà signé Jours de destruction, jours de révolte (Futuropolis) en 2012. Ensemble, ils nous offrent Requiem pour Gaza (Futuropolis), un saisissant recueil de témoignages de Palestiniens ayant fui Gaza qui cherche à rendre compte des horreurs vécues par les civils durant le conflit en cours. À la croisée de la prose et du dessin, cette œuvre hybride se veut un vibrant plaidoyer pour la paix et le vivre-ensemble.

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