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Bach : La vie en BD

 

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Bach, Estelle Bachelard de son vrai nom, a notamment mis en images de nombreuses œuvres, dont des livres jeunesse. Elle a aussi signé des bandes dessinées comme Tant pis pour les likes et C’est pas facile d’être une fille. Son roman graphique Je vais bien (je pense) expose la vie imparfaite d’une jeune femme, tiraillée entre ses aspirations et la réalité. Ses illustrations vibrantes et douces détaillent les aléas du quotidien avec justesse et humour.

Vous êtes bédéiste et illustratrice depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a menée à ce métier?
Dans ma famille, la bande dessinée et le dessin ont toujours pris une place importante dans notre quotidien. Nous allions à la bibliothèque toutes les semaines pour aller chercher le plus de bandes dessinées possible à ramener à la maison et je passais mon temps à en créer avec mon frère (moi au dessin, et lui à la scénarisation). J’ai toujours su que je voulais être illustratrice. Être bédéiste était un rêve, mais mine de rien, au début des années 1990, ça restait un art plutôt niché au Québec. J’ai eu la chance d’avoir mon adolescence dans la période des blogues BD, j’ai pu être grandement inspirée par de nombreuses collègues sur Internet, et qui ont fait que j’ai pu poursuivre mes créations.

Quelle a été l’étincelle de départ pour Je vais bien (je pense) (Nouvelle adresse)?
Ce projet est né à la suite d’un épuisement professionnel et personnel. J’avais une semaine pour aller travailler et être productive dans un chalet à la campagne. Finalement, mon niveau d’énergie et ma santé mentale ont fait que je me suis plutôt reposée cette semaine-là… et j’ai commencé à dessiner et à écrire machinalement juste pour me libérer l’esprit. Je l’ai fait à la main et à l’aquarelle, chose que je désirais faire depuis des années. Ce n’était pas destiné à être publié initialement. Et après, je me suis dit que plusieurs personnes pourraient peut-être se reconnaître dans ces propos, alors pourquoi ne pas le partager à mes lecteurs?

Bach : La vie en BD
Illustration tirée du livre Tant pis pour les likes (Nouvelle adresse) : © Bach

Ce roman graphique aborde notamment la pression de performance, la charge mentale et la dichotomie entre ce que l’on souhaite et ce qui se passe réellement. En quoi ces sujets vous interpellent-ils?
Nous sommes assurément dans une société où nous sommes quotidiennement confrontés à des ressentis contradictoires. Je pense qu’on a tous un peu l’impression de se perdre dans ce tourbillon de performance et d’apparence, qui nous amène souvent à ressentir de la culpabilité à différents niveaux. Je dis souvent que la culpabilité teinte toute mon existence, le lâcher-prise est un gros défi. Ça m’interpelle, car je sais que je ne suis pas la seule à réfléchir sur le sujet et à ressentir ces émotions.

Au début de ce livre, on peut lire en exergue ces mots d’Hugo Latulippe dans Pour nous libérer les rivières (Atelier 10) : « L’art ne laisse pas indemne, il y a toujours un avant et un après. » Quel rapport entretenez-vous avec l’art?
Alors, précédemment, j’ai mentionné que la culpabilité teinte toute mon existence, mais l’art en fait énormément partie également. Je consomme beaucoup de culture, autant sur le plan musical, visuel ou littéraire. L’art me permet de me poser, de voyager, de me questionner, de me recentrer… bref, de vivre, tout simplement! La vie sans l’art, ce serait bien triste!

Illustration tirée du livre Tant pis pour les likes (Nouvelle adresse) : © Bach

Dans votre bande dessinée Tant pis pour les likes (Nouvelle adresse), vous explorez la dépendance aux réseaux sociaux et l’anxiété sociale. Quel a été le processus de création de ce projet? Avez-vous vraiment pris une pause des réseaux sociaux?
L’écriture de cette bande dessinée est effectivement née pendant un arrêt de réseaux sociaux que j’ai fait à la suite du premier confinement, en été 2020. Les réseaux sociaux nous avaient permis de rester connectés entre nous, mais je sentais une montée de mon anxiété et un besoin de vivre ailleurs que derrière un écran. Il y avait également une volonté de réfléchir à l’image que nous projetons de nous dans les médias. Ce besoin viscéral de vivre dans le regard des autres et d’attendre la validation extérieure. Je savais que je n’étais pas seule à réfléchir à ces sujets, j’avais envie que mon lectorat participe à ces questionnements.

Vos livres sont empreints d’humour et d’autodérision. Pourquoi est-ce important pour vous d’insuffler de l’humour dans vos histoires?
Je pense que ça me vient tout simplement naturellement, je ne peux pas faire autrement. Même si j’essaie d’être sérieuse ou même dramatique, je mets toujours une petite touche d’humour. Je trouve que c’est intéressant pour alléger le sujet, sans le banaliser. J’écris un peu comme je parle dans mon quotidien, j’aime faire sourire les gens avec mes histoires et mes dessins.

Illustration tirée du livre Je vais bien (je pense) (Nouvelle adresse) : © Bach

Vos illustrations dépeignent souvent des détails de la vie de tous les jours. Qu’est-ce qui vous inspire dans le quotidien?
J’ai toujours dit que ma vie était une bande dessinée. J’arrête rarement de créer dans ma tête. Je suis toujours en train de remarquer un détail, de noter une idée ou d’imaginer comment je pourrais raconter ce que je vis dans le quotidien. Mes enfants, mes amies, mes chats, les gens dans les magasins, ma famille… tout est une source d’inspiration!

Vous travaillez parfois seule, comme c’est le cas pour vos BD, mais parfois en duo, entre autres en illustrant les textes de Caroline Décoste pour Moche et Nono (La Bagnole), de Guylaine Guay pour Gloria sème la joie et Gloria sort du moule (La Bagnole) ou d’India Desjardins pour Ma vie avec un scientifique (L’Homme). Est-ce un défi de mettre en images les mots des autres?
Tout dépendant des projets, le défi peut varier. Je dirais qu’en général, j’ai plus de facilité à illustrer lorsqu’il s’agit d’un livre jeunesse. La bande dessinée est un médium assez périlleux, rigoureux et long à faire, qui demande beaucoup de patience. Je n’ai pas de difficulté à imaginer comment les mettre en images, car j’ai un esprit très visuel, mais le mettre sur papier peut être plus difficile pour moi, car il demande beaucoup de persévérance (c’est long, faire une BD!).

Illustration tirée du livre Je vais bien (je pense) (Nouvelle adresse) : © Bach

De quelle façon déterminez-vous l’univers graphique d’une série comme Drôles de familles (Dominique et compagnie)?
En toute honnêteté, ça dépend vraiment de l’écriture de la personne qui a écrit le texte, mais aussi de la vision de l’éditeur sur le projet. Je suis chanceuse, je suis rendue à un point de ma carrière où j’ai beaucoup de liberté et les personnes avec qui je travaille me font assez confiance pour me laisser essayer des choses. C’est pourquoi on reconnaît quand même bien mon style d’un livre à l’autre, mais l’esthétique peut changer tout de même. J’y vais beaucoup avec ce que j’ai envie de faire ou d’essayer lorsque le projet commence. Tout dépendant du sujet, je pourrai faire un style plus coloré et humoristique (comme dans Drôles de familles) ou plus spontané (comme dans Moche et Nono).

Y a-t-il un projet de livre que vous rêvez secrètement d’accomplir?
Je dirais que je travaille déjà dessus, ce sera ma prochaine bande dessinée. J’y réfléchis depuis plusieurs années déjà, je pense que je suis rendue au point où je peux enfin la faire naître. Ce sera un récit très personnel et très vulnérable (mais je doute que je puisse encore faire abstraction de ma touche d’humour habituelle!). Sinon, j’aimerais bien travailler sur une version illustrée des Malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur, ou bien Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett, juste pour faire plaisir à la petite Estelle en moi.

Illustration tirée du livre Je vais bien (je pense) (Nouvelle adresse) : © Bach

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