« Le Canada est bâti sur des cadavres de castors », a écrit un jour l’écrivaine Margaret Atwood. Rien de plus vrai. Cet animal est au cœur de notre histoire — peut-être plus que le bois et la morue. C’est l’appât poilu qui a poussé tant d’hommes à s’enfoncer à l’intérieur du continent afin d’alimenter, pour le meilleur et pour le pire, l’appétit insatiable pour sa fourrure en Europe.
Chassés d’abord pour leur fourrure — recherchée surtout pour la fabrication de chapeaux —, les castors, avec leur « manie » de construire des barrages partout où ils se trouvent, continuent à échauffer les esprits un peu partout en Amérique du Nord. Il est vrai, ces petits « ingénieurs du chaos » — pour reprendre le titre d’un essai de Giuliano da Empoli — ont une conception particulière de l’architecture et du confort, bien souvent incompatible avec les réalités de l’activité humaine.
Partout où il y avait de l’eau, il y avait des castors. Aujourd’hui, bien que ces industrieux rongeurs ne fassent pas l’unanimité, on estime qu’ils sont cent fois plus nombreux qu’à la fin du XIXe siècle — au climax du commerce des fourrures —, leur population comptant près de 15 millions d’individus.
« Pourquoi tant de haine ? » se demande l’Américain Ben Goldfarb dans L’effet castor. Les leçons d’un bâtisseur de mondes, une enquête sur le terrain à propos de ce grand rongeur qui vit près des cours d’eau, des lacs et des étangs de l’Amérique du Nord, du Mexique jusqu’à la zone périarctique.
Car le castor, raconte Ben Goldfarb, journaliste américain en environnement spécialiste de la conservation et de la gestion des ressources naturelles, ne se contente pas de vivre dans un écosystème : il le construit. Et en construisant des barrages, il ralentit l’écoulement de l’eau, recharge les nappes phréatiques, réduit les inondations en aval, maintient de l’eau pendant les sécheresses, améliore la qualité de l’eau en retenant les sédiments et crée une mosaïque d’habitats extrêmement riches pour la faune.
« Les castors font à eux seuls office d’écosystème ; ils sont de véritables couteaux suisses écologiques et hydrologiques, capables, dans les bonnes conditions, de relever n’importe quel défi environnemental. Envie de réduire les risques d’inondation ou d’améliorer la qualité de l’eau ? Adoptez un castor. Désireux de constituer des réserves hydriques pour l’agriculture face au changement climatique ? Ajoutez un castor dans votre panier. Préoccupé par la sédimentation, les populations de saumons ou les incendies de forêt ? Misez sur deux familles de castors et revenez dans un an. »
De manière vivante et informée, Ben Goldfarb relate dans L’effet castor ses rencontres avec des « déménageurs de castors », avec des biologistes et des gestionnaires de la faune, avec des éleveurs et des ingénieurs, mais aussi avec des militants de la restauration écologique. Il y raconte des expériences menées dans l’Ouest américain, au Canada, en Écosse ou en Angleterre, partout où l’on a réintroduit des castors ou où l’on apprend à cohabiter avec eux grâce à des dispositifs limitant les conflits. Une fascinante plongée dans l’univers — biologique, culturel, historique — de Castor canadensis qui, peut-être, vous fera voir ce mammifère d’un nouvel œil.
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