Parfois, malgré les préparatifs minutieux, toutes les précautions qui ont été prises, il arrive que ça se passe mal. Un imprévu, une lame de hache qui glisse sur le bois qu’elle devait fendre, des engelures, un tuyau de poêle chauffé à blanc. Parfois aussi, on court après le trouble.
Car prendre le bois, rappelle Manu Tranquard, consiste en grande partie à gérer les risques. Et ne pas savoir ce qu’on ne sait pas est souvent une vraie bombe à retardement. « Parce que c’est souvent ça, le problème avec la nature, écrit-il, le maillon faible, c’est l’humain. » Suivez le guide.
Ce Saguenéen d’adoption, né en France en 1975 mais « assaisonné » depuis longtemps à la réalité boréale à coups d’aventures en Scandinavie, au Yukon, en Patagonie ou au Québec, partage un peu de son savoir et certaines de ses aventures les plus salées pour alimenter De l’art de fendre le bois, un premier livre constitué d’une vingtaine de récits. Spécialiste de la survie en forêt, guide et moniteur de kayak de mer, Manu Tranquard sait mieux que personne qu’« on ne peut pas se montrer léger avec les environnements lourds ».
On y trouvera la décomposition minutieuse des gestes qui doivent mener de l’arbre au feu de camp. Une traversée entre Terre-Neuve et l’une des îles de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon en kayak de mer, par une journée d’automne brumeuse et imprévisible. Une minutieuse pêche clandestine à l’anguille, souvenir d’enfance sur les bords de la Charente (« Les braconniers, c’étaient ceux qui se faisaient prendre »), un voyage en Suède à la poursuite du rêve nordique.
Plus loin, on le voit enseigner à un groupe de jeunes comment faire un feu « avec rien », sans allumettes ni briquet, au moyen de la technique primitive de « l’arc à feu » (« Naître »). Une histoire de création et d’apprentissage, où il est question de « perruque », de « nid », de « cigare ». Parce que les mots, semble aussi nous dire Manu Tranquard dans ce livre qui cherche à faire sens, ont leur importance dans l’équilibre complexe et fragile qui nous relie à ce monde qui nous entoure et qui nous constitue. Un monde où respect, connaissance et survie s’entremêlent comme dans le cœur noir d’un abattis.
Avec un brin de poésie, un peu d’écume de mer, l’auteur tire ici, au bénéfice de ses lecteurs, des leçons de choses, des manières de voir, quelques échappées belles. « Lire la nature, décoder ses signes, aller au-delà de ce qui est perçu pour saisir la complexité et la logique du vivant, voilà ce qui devrait guider la vie humaine, laquelle n’a aucun sens si elle ne peut trouver sa juste place dans le grand ordonnancement où elle a éclos. »
Parce que le feu, celui qu’on porte en soi, qu’on allume ou qu’on entretient, comme le racontait Jack London dans une nouvelle célèbre (Construire un feu, 1908), le feu est une promesse de vie, qu’il fait danser dans chacune de ses flammes. « Le feu ne peut pas mentir, croit pour sa part Manu Tranquard. Il ne peut exister à moitié, ne peut surgir du hasard, il dit toujours quelque chose de la vie. »
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