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«Sur la route de la Loire»: la Loire à contre-courant (et à vélo)

 

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C’est un voyage qui s’est fait en pointillé. Amorcé en 2018, lorsqu’Emmanuel Ruben habitait encore sur les rives de la Loire, ayant « posé ses valises » à Ingrandes quand il dirigeait la Maison Julien-Gracq, à Saint-Florent-le-Vieil, il va se terminer quatre ans plus tard. Onze jours de vélo et de rencontres, étalés sur trois étés, afin d’assouvir, raconte-t-il, son « amour immodéré des fleuves et des rivières ».

« Remonter la Loire, c’est raconter la France », résume Emmanuel Ruben. Plus long fleuve de France avec ses 1006 kilomètres, la Loire a aussi la réputation — un peu ternie, il est vrai — d’être « le dernier fleuve sauvage d’Europe ». Pendant longtemps, elle a été pour la France ce que le Danube a été pour l’Europe : « un fleuve frontière, qui séparait la Bretagne et l’Anjou, le Berry et la Bourgogne, la France de l’Est et la France de l’Ouest ».

C’est ainsi qu’un matin d’août 2018, avec sa compagne, l’écrivain-géographe a enfourché son vélo en quittant la plage de monsieur Hulot (lieu de tournage du célèbre film de Jacques Tati Les vacances de monsieur Hulot) en direction de Nantes. Il va pédaler ses méandres, ses îles et ses îlots, à l’ombre de ses châteaux et de son histoire si riche. À ses yeux, la Loire « est plus qu’un fleuve, elle est un archipel ».

Le romancier (Les Méditerranéennes, 2022), né à Lyon en 1980, est un passionné de vélo. On avait déjà pu le constater dans Sur la route du Danube (Rivages, 2019), récit de 4000 kilomètres faits à vélo d’Odessa à Strasbourg, suivi en 2025 par L’usage du Japon. Une traversée de l’archipel à vélo (Stock), escapade au pays du Soleil levant.

Leur randonnée tranquille va les mener sur la trace des écrivains Joachim du Bellay, Rabelais et Balzac, Julien Gracq et Yves Bonnefoy. Détours, chemins de traverse, rencontres, lectures, visites et digressions nourrissent Sur la route de la Loire. C’est un voyage dans le passé et dans le présent d’un pays et d’un fleuve. Mais en pédalant les 1000 kilomètres de cette remontée de la Loire, Emmanuel Ruben s’est placé aux premières loges des changements climatiques. Et c’est aussi la Loire de demain qu’il entrevoit, émaillant son récit de constats inquiets, d’interrogations. La Loire, fait ainsi remarquer l’auteur de Malville (Stock, 2024), est aujourd’hui le fleuve le plus nucléarisé du monde. Aujourd’hui, « les vrais châteaux de la Loire sont ses centrales nucléaires, qui prolifèrent tout le long d’un fleuve ».

À Tours, au mois d’août 2019, « le fleuve est à sec et l’on pourrait croire que coule du sable, comme dans un sablier mesurant le temps qu’il nous reste avant que vienne la nuit sonne l’heure du désespoir », écrit-il en citant Apollinaire. Car bientôt, « la planète deviendra vite invivable, et la Loire est notre baromètre : un jour, peut-être, elle disparaîtra ».

Il faut apprendre à écouter les fleuves, constate Emmanuel Ruben, mais « sans parler à leur place ». Sans eux, l’humanité est perdue.

Un voyage littéraire, historique et géographique, un voyage inquiet, mais désespérément amoureux aussi. « La Loire est si changeante que celui qui la côtoie tous les jours finit par faire, sans bouger de son village, le tour du monde. »

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Titre: Sur la route de la Loire

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