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«Comme on quitte un imperméable»:Thomas Fersen a des vers plein ses tiroirs

Source : Le Devoir

« La vie est plus simple en voyage, pas d’engagement, pas de liens, pas de responsabilités, pas de serment, cela convient bien à ma personnalité, car je suis un contemplatif. Souvent, je me rends quelque part, en oubliant pour quel motif, un autre sujet m’accapare. » Récit de voyage initiatique et plutôt autobiographique, le deuxième roman de l’auteur-compositeur-interprète Thomas Fersen, Comme on quitte un imperméable, se déroule essentiellement au Mexique en 1986. Alors que le premier livre, Dieu sur Terre (L’iconoclaste, 2023), relatait la jeunesse du héros, alter ego de l’auteur, on le retrouve cette fois au début de la vingtaine.

« C’est son père qui le catapulte en Amérique latine, explique Fersen au téléphone. Il veut s’en débarrasser parce qu’il n’est plus capable de le voir dans cet état. » Le portrait est peu reluisant, en effet : « Échoué dans le canapé, je me bourrais de cornichons, de fromage en sachet, râpé, de surimi Fleury-Michon. Je me sentais comme une épave abandonnée sur un récif, mon moral était à la cave, j’avais l’œil terne, inexpressif. Un poids semblait me retenir, et le grappin que je lançais en direction de l’avenir, malgré de multiples essais pour sortir de ce trou profond, retombait sur le canapé. »

Pendant l’écriture du premier roman, en pleine pandémie de COVID-19, Fersen avait déjà l’intention de coucher sur le papier cet épisode peu banal de sa vie. « Je savais que j’avais des choses à raconter sur ce voyage, notamment en ce qui concerne l’apprentissage, entre autres sexuel et amoureux, mais aussi le mysticisme et les hallucinations, parce que j’avais éprouvé tout ça moi-même dans les années 1980. Cela dit, il y a dans le roman des événements qui me sont arrivés plus tard et ailleurs. Romancer, c’est utiliser sa propre expérience pour raconter une histoire, celle d’un personnage qui n’est pas soi, pas tout à fait soi. Évidemment, il y a toujours une part d’autoportrait, on s’y reconnaît, c’est une façon de s’expliquer à soi-même. »

Une grande chanson

Au cours des 38 dernières années, Thomas Fersen a écrit et composé plus de 150 chansons, comme autant de microrécits au style immédiatement reconnaissable, autant de brèves aventures disséminées sur une douzaine d’albums studio. « La première fois que j’ai voulu écrire un roman, explique-t-il, j’avais moins de 10 ans. Ça ne m’a jamais quitté. Mais je ne savais pas quel style adopter. Pendant des années, ça m’a empêché de m’y mettre, jusqu’au moment du confinement lié à la COVID-19. À ce moment-là, je me suis dit que j’allais écrire un livre comme si c’était une grande chanson, dans le style que j’avais travaillé, peaufiné, défini pendant toutes ces années. Les gens connaissent ce style et ils n’imaginent pas que je puisse écrire d’une autre façon, et ils n’ont pas tort, parce que c’est comme ça, en donnant naissance à des chansons, que j’ai construit ce style très pictural, cette langue très imagée, cette musicalité qui est la mienne. »

Ainsi, pour raconter « la transition vers l’âge adulte » d’un « rebelle aux cheveux incultes », le rite de passage haut en couleur et riche en rebondissements d’un jeune homme qui trouve au Mexique un sens à sa vie, une vocation, une conviction si forte qu’il choisit de quitter ce terne imperméable auquel le titre fait allusion, Fersen a opté pour rien de moins que le vers de huit syllabes ! « J’écris d’abord en octosyllabe, puis je présente les vers comme si c’était de la prose. Si vous les remettez en quatrains, vous verrez que ce sont des octosyllabes du début jusqu’à la fin. Je pense que ça donne un objet singulier et qu’en littérature il faut faire des choses singulières, il faut être ambitieux, il faut essayer, même au risque de rater. »

Comme son narrateur, Fersen pourrait dire : « Des vers, j’en ai plein mes tiroirs. » En dévorant cette prose poétique dotée d’un rythme inouï, on ne peut s’empêcher d’en lire des passages à voix haute. « J’ai accompli grâce au viatique lié à mon licenciement un grand voyage initiatique sans jamais comprendre vraiment le but de ce très long périple. J’ai traversé un tas d’épreuves, eu des expériences multiples sans que quiconque s’en émeuve. J’ai quitté ma communauté à la façon d’un jeune amish, la Mort a failli m’emporter, ça a bien chauffé pour mes miches. Chez nous, ce n’est pas pour autant que ça fait de moi un adulte. »

Quand le héros revient dans sa famille, ses parents le perçoivent toujours comme un adolescent paresseux, ce que le principal intéressé trouve infamant. « Pour s’affranchir de cette condition, explique Fersen, il s’invente un double qui serait tout ce qu’il a envie d’être. Pour lui donner une consistance, pour le faire exister, il le baptise. » C’est ainsi qu’est né Thomas Fersen. « La solution pour le futur, que j’ai sorti de mon chapeau, serait de m’inventer un double. […] Il lui faut un nom romanesque pour sortir de l’anonymat, et, comme il me ressemble presque, il pourrait s’appeler Thomas. Thomas qui signifie “jumeau” en araméen. […] Thomas semble un bon pseudonyme. En découpant son andouillette, nourriture odorante et saine, Papa a ajouté “Fersen” (l’amant de Marie-Antoinette). Un agréable nom d’emprunt, à la fois court et mélodieux. »

Moments de communion

Pas étonnant que ce roman soit, comme l’a été le précédent, sur le point de connaître une incarnation scénique, une version théâtrale mise en scène par Samuel Achache, avec lecture et musique, mais aussi, apprend-on, quatre chansons écrites à partir du roman ! Parce que Thomas Fersen n’a pas abandonné la musique, loin de là. En février 2025, il dévoilait Le choix de la reine, un album dont les arrangements sont signés Clément Ducol, celui qui a notamment composé avec Camille la bande sonore du film Emilia Pérez. Le chanteur y revisite 19 de ses plus beaux titres en collaboration avec le Trio SR9, un ensemble de percussionnistes réunissant Paul Changarnier, Nicolas Cousin et Alexandre Esperet.

C’est cet album, qui fait la part belle au marimba, au glockenspiel, au vibraphone et au piano préparé, qui a inspiré le concert « chansons et monologues » qui sera présenté en juin à Québec, à Tadoussac et finalement à Montréal, à l’occasion des Francos. « Le Trio SR9 et moi, ça fait un an qu’on tourne ensemble avec ce projet, explique Fersen. On a très hâte de donner ce spectacle au Québec. Au cours des 30 dernières années, je suis venu très régulièrement au Québec. L’amitié, l’amour, le deuil : j’ai tout vécu chez vous ! Le Québec, c’est un grand pan de mon existence. Là, ça fait 9 ans que je n’y ai pas mis les pieds. Il est plus que temps de remédier à ça. D’ailleurs, j’irai aussi en librairie, pour rencontrer les lecteurs et les lectrices. Ce sont des moments de communion très importants pour moi. »

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Titre: Comme on quitte un imperméable

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