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Dany Laferrière et plus d’une centaine d’écrivains quittent la maison d’édition Grasset

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Séisme dans le monde de l’édition française : 170 auteurs ont annoncé depuis mercredi leur départ de la maison d’édition Grasset pour dénoncer le « licenciement » de son président-directeur général, Olivier Nora, dont ils tiennent pour responsable le milliardaire ultraconservateur – et propriétaire de Grasset – Vincent Bolloré.

Parmi ces romanciers et essayistes figurent de nombreux poids lourds de la littérature française, notamment Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy et Frédéric Beigbeider.

L’écrivain québécois d’origine haïtienne et membre de l’Académie française Dany Laferrière fait également partie de ces auteurs qui ont décidé de claquer la porte de Grasset.

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Cette décision inédite par son ampleur a été prise dans l’urgence après l’annonce mardi du départ d’Olivier Nora après plus d’un quart de siècle à la tête de Grasset, la maison d’édition aux 17 prix Goncourt.

Celle-ci est tombée dans l’escarcelle de Vincent Bolloré en 2023 lors de sa prise de contrôle de Hachette, sa maison mère.

Vincent Bolloré, qui a fait fortune notamment dans la logistique en Afrique, s’est imposé depuis une vingtaine d’années comme une figure incontournable des médias en France, où il est connu pour ses positions ultraconservatrices.

CNews, une des chaînes de télévision qu’il dirige, est entre autres régulièrement accusée de diffuser des propos racistes.

Un homme habillé de gris a les mains jointes.

L’homme d’affaires français Vincent Bolloré en mars dernier.

Photo : Getty Images / AFP / HENRIQUE CAMPOS

Pas de raison officielle

Les raisons du retrait surprise d’Olivier Nora, qui dirigeait Grasset depuis 2000, n’ont pas été officiellement précisées.

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Toutefois, pour ce collectif, pas de doute : il s’agit d’un licenciement qui représente une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création, selon une lettre commune obtenue mercredi soir par l’Agence France-Presse.

Selon une source proche du dossier, ce départ serait lié à la publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansalé, gracié en novembre après un an de détention en Algérie. Son arrivée chez Grasset en provenance d’un autre géant, Gallimard, avait déjà fait grand bruit en mars.

Les deux parties ont fait le constat d’un désaccord sur l’opportunité de publier cet ouvrage, consacré à cette détention, dès juin et non à l’automne, comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source.

Toutefois, Boualem Sansal a réfuté cette version. Nora lui-même m’a écrit un très long truc […] en me disant : « Tu n’y es pour rien », a-t-il affirmé mercredi sur TV5Monde en indiquant qu’il publiera un communiqué à ce sujet.

Un homme aux cheveux blancs porte des lunettes.

L’écrivain Boualem Sansal à Paris en décembre dernier.

Photo : Getty Images / AFP / BERTRAND GUAY

Auteurs d’opinions diverses

Dans leur lettre publiée mercredi soir, les 115 signataires décrivent Olivier Nora comme le ciment d’une maison d’édition qui abritait jusque-là des auteurs d’opinions très diverses.

Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115, soulignent-ils dans leur courrier.

Un homme pose devant des couvertures de livres.

Olivier Nora lors Festival du livre de Paris en avril 2025.

Photo : Getty Images / AFP / MAGALI COHEN

Une fois de plus, Vincent Bolloré dit : « Je suis chez moi et je fais ce que je veux », au mépris de celles et ceux qui publient, de celles et ceux qui accompagnent, éditent, corrigent, fabriquent, diffusent, distribuent nos livres. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent, indique le texte, dont les instigateurs insistent sur la dimension collective.

Aujourd’hui, nous avons un point commun : nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias, affirment les signataires.

Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient [la] propriété de M. Bolloré, écrivent-ils aussi.

Interrogé, le groupe Hachette n’a pas réagi dans l’immédiat à la publication de cette lettre ouverte.

Selon plusieurs médias français, la liste d’auteurs qui se dissocieraient de Grasset était rendue à 170 jeudi.

Vincent Bolloré, c’est Attila

C’était impossible de ne rien faire. Le départ d’Olivier Nora a été une étincelle. On a vu ce que Bolloré a fait à iTélé, à [la radio] Europe 1, au [journal] JDD, chez [l’éditeur] Fayard. On ne peut pas laisser toutes les maisons du groupe Hachette devenir des maisons d’extrême droite, a indiqué, jeudi à l’AFP, la romancière Colombe Schneck, qui fait partie des 115 signataires.

Vincent Bolloré, c’est Attila : il arrive, il détruit à son bon plaisir, il corrompt parce qu’il y a des gens qui restent et qui n’ont pas le choix, a déclaré, jeudi sur France Inter, l’auteur et journaliste Claude Askolovitch, dont le nom figure aussi sur la liste.

Les auteurs signataires envisagent désormais d’engager une procédure pour récupérer leurs droits sur les livres qu’ils ont publiés chez Grasset, ce que souhaitent aussi faire plusieurs dizaines d’écrivains, notamment des historiens, qui ont publié chez Fayard.

Également détenu par Hachette, Fayard édite les livres de nombreuses personnalités politiques d’extrême droite comme le leader Jordan Bardella.

La crise chez Grasset, où Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, va succéder à Olivier Nora, devrait être largement débattue au Festival du livre, qui s’ouvre jeudi soir au Grand Palais, à Paris.

Avec les informations de Agence France-Presse et La Presse canadienne

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