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Après avoir choisi le roman de l’auteur canado-haïtien C’était ça ou mourir lors de sa première sélection, au début de septembre, l’Académie Goncourt a retiré, mais pas à l’unanimité, l’œuvre de Thélyson Orélien de sa sélection. L’auteur est soupçonné d’avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) dans le cadre de la rédaction de ce roman, ce qu’il nie.
Cette décision est dictée par la volonté de préserver l’intégrité du prix Goncourt et celle de l’Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes
, a expliqué dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse (AFP) l’Académie, qui avait placé le roman publié chez Grasset dans sa première sélection pour le prestigieux prix décerné le 4 novembre.
Pour l’Académie, le livre, l’une des meilleures ventes de la rentrée littéraire en France, est selon toute vraisemblance très largement le produit d’une intelligence artificielle
.
Contacté par La Presse canadienne, Thélyson Orélien s’est gardé de commenter les accusations le visant et la disqualification de l’Académie.
Je ne peux pas en parler. Je veux me concentrer sur ma santé physique et mentale
, a-t-il déclaré dans un échange de messages sur l’application WhatsApp.
L’écrivain et philosophe français Pascal Bruckner en 2025
Photo : Getty Images / AFP / BEHROUZ MEHRI
Pascal Bruckner, membre de l’Académie, opposé à cette exclusion
Toutefois, cette décision n’a pas été prise à l’unanimité, comme l’a expliqué l’écrivain et philosophe français Pascal Bruckner en entrevue à Midi info, vendredi.
J’étais contre cette décision. Je leur ai dit que je ne participerai pas au lâchage, mais ils ont voulu se mettre au clair avec le prix Goncourt des lycéens
, a déclaré Pascal Bruckner, membre de l’Académie depuis 2020. Et donc, ils ont décidé d’anticiper la décision qui, de toute façon, serait tombée puisque la deuxième liste est le 6 octobre, et on aurait retiré Thélyson Orélien.
Ils ont fait du zèle. Je le regrette, mais moi, je ne suis qu’un sur dix. Donc, ma voix n’a pas compté
, a-t-il poursuivi.
Je trouve qu’il y a déjà une telle avalanche de misère sur sa tête que ce n’est pas la peine d’en rajouter une couche.
Même s’il estime que les allégations visant Thélyson Orélien sont sans doute vraies
, Pascal Bruckner, qui attend que l’écrivain canado-haïtien s’explique, continue de vanter les mérites de C’était ça ou mourir, à qui il aurait accordé son vote les yeux fermés
.
Pour moi, c’est le meilleur roman de la rentrée. Je n’ai rien lu qui vienne à la cheville de ce livre, malgré ses imperfections, ses tics de langage
, a-t-il affirmé.
Je voudrais qu’on me prouve comment une intelligence artificielle peut écrire C’était ça ou mourir
, a-t-il ajouté, louant la richesse en métaphores de son roman. Parce que si c’est vrai, alors il faut vraiment travailler avec les intelligences artificielles.
Un des créateurs de « Balance ton Claude » brise le silence
Plutôt dans la journée, l’auteur, chroniqueur et essayiste français Samuel Fitoussi, l’un des créateurs du compte X « Balance ton Claude », avait expliqué vendredi pourquoi le collectif avait décidé lundi d’exposer Thélyson Orélien pour son utilisation alléguée de l’IA.
Je redoute l’avènement d’un monde où plus personne n’écrirait ou ne lirait
, a-t-il expliqué à l’émission Tout un matin.
Allégations d’utilisation de l’IA et de plagiat
Rappelons que « Balance ton Claude » a eu recours à l’outil de détection de contenu généré avec l’IA, Pangram, qui a déterminé que le roman est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle.
Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100 % IA
, peut-on lire sur le compte « Balance ton Claude ».
En ce qui concerne les analyses de livres, Pangram estime que son taux de faux positifs est de 0,003 % (ou 3 sur 100 000 textes analysés).
L’an dernier, des chercheurs de l’Université de Chicago ont, eux aussi, conclu que Pangram ne génère à peu près jamais de faux positifs pour les passages de longueur moyenne à longue.
Mercredi, des allégations de plagiat se sont ajoutées aux accusations d’utilisation de l‘IA. Des chroniques signées par l’auteur dans plusieurs médias canadiens et français ont été analysées notamment par l’équipe des Décrypteurs. Résultat : certaines d’entre elles ont été plagiées.
Perte de confiance
C’était ça ou mourir a déjà décroché plusieurs prix, dont le prix Méduse, le prix Strasbourg Espoir CIC et le prix du roman Fnac en France. Mis à part le prix Goncourt, pour lequel il a maintenant été écarté, le roman est en lice pour remporter les prix Renaudot, Femina et Médicis.
Son éditeur Boréal avait annoncé jeudi qu’il suspendait la promotion du roman, le temps de faire la lumière sur les allégations.
Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face. Dans ces circonstances, il est primordial de ne pas tirer de conclusions hâtives […] En l’absence de preuves sérieuses et tangibles, il ne nous appartient pas de décider s’il a le droit d’exister
, écrivait l’éditeur, jeudi.
En entrevue avec Patrick Masbourian à l’émission Tout un matin, jeudi, le vice-président et éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, a affirmé que le plagiat était une ligne rouge à ne pas franchir au sein de son média.
Rappelons également que le Salon du livre de l’Estrie a annoncé jeudi qu’il annulait la participation de Thélyson Orélien à l’événement et qu’il lui retirait son titre d’invité d’honneur.
Thélyson Orélien nie les allégations
Jeudi, l’auteur dénonçait une volonté de le faire taire
auprès de l’AFP.
Par rapport à tout ce qui se passe dans l’actualité, je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme
, a-t-il indiqué. Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme.
Il a assuré à l’AFP se porter bien
malgré la pression, avant de prendre la parole à un festival de littérature en France, sous les applaudissements de quelques centaines de personnes.
Il n’a pas évoqué la polémique et n’a pas été interrogé par l’animatrice, qui a déclaré en préambule : On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle.
Avec les informations de Agence France-Presse et La Presse canadienne








