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Librairie Le Renard perché : En avant la jeunesse

 

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Sur la promenade Ontario, dans l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, la librairie spécialisée en littérature jeunesse Le Renard perché ouvre boutique il y a cinq ans. La vitalité des lieux est flagrante, on ne peut entrer dans la place sans en remarquer les couleurs, la luminosité, et sans ressentir l’effervescence à tout voir, à tout explorer ce qui se pavane sur les présentoirs et ce qui se niche dans les rayons.

Librairie Le Renard perché : En avant la jeunesseIl faut dire que Catherine Chiasson, Raphaëlle Beauregard et Mélissa Boudreault, les trois propriétaires, ont le don d’insuffler un dynamisme à l’endroit. Elles se sont rencontrées alors qu’elles travaillaient dans une autre librairie. Ce ne sont pas de jeunes novices. Véritables geeks de tout ce qui concerne les livres, elles étaient parées à voler de leurs propres ailes avec pour mission de propager leur contagion au plus grand nombre de jeunes lecteurs et lectrices afin qu’ils et elles accèdent au plaisir. Parce que la librairie, déjà joliment nommée, aurait aussi très bien pu s’appeler Au bonheur des livres tant l’enthousiasme du trio prédispose à nous mettre en joie.

Rien ne les arrête puisque c’est en pleine pandémie qu’elles se mettent à ratisser le quartier et à visiter des locaux pour y imaginer un lieu à la hauteur de leur rêve. « Moi, je suis une personne zéro impulsive dans la vie. Et là, les filles m’ont proposé ça, et j’ai dit oui en à peu près quinze minutes, je pense », d’exprimer Raphaëlle. Ouvrir une librairie quand tout est à l’arrêt a finalement été favorable. Les gens à cette période se sont de plus en plus intéressés aux livres, pour alimenter une flamme, pour sortir de la torpeur.

« C’était aussi le désir de se lancer, finalement, puis d’essayer par nous-mêmes de créer ce projet porteur, puis d’avoir une vision d’une librairie qui n’est pas qu’un commerce, qui est aussi un lieu », renchérit Raphaëlle. Voilà ce qui se situe au cœur de la distinction du Renard perché, un point de rencontre où l’on achète des livres, oui, mais dont la fonction va bien au-delà.

Entre la signature du bail et l’ouverture, trois mois à peine se sont écoulés. Le 1er janvier 2021, elles récupèrent les clés et sont toutes les trois dans la librairie en train de visualiser le plan d’aménagement. Le 8 mars, les portes ouvrent. Port du masque, huit personnes à la fois, distanciation, couvre-feu, mais bel et bien debout.

Elles insistent, elles ont eu la chance de compter sur l’aide de tout un entourage. Ébéniste, designer, des proches pour tout organiser et des façons de financièrement y arriver. « Le problème avec le moment de la pandémie, c’est que les banques ne faisaient pas vraiment de prêts pour les nouvelles entreprises parce qu’elles concentraient leurs forces sur celles déjà existantes pour pouvoir les protéger », précise Mélissa. Elles investissent donc grâce à leurs propres portefeuilles et aux dons issus de la love money.

Pour tout le monde
Grosso modo, la section jeunesse occupe les trois quarts de la librairie, l’autre étant destinée au lectorat adulte, tout un chacun pouvant ainsi bénéficier du service. Par ailleurs, les proprios tiennent mordicus à ne pas endosser qu’un rôle de gestionnaire, qu’elles se séparent à trois selon les forces de chacune, mais également à « faire du plancher », à être partie prenante de la relation avec les clients et les clientes. « Une des choses qu’on aime le plus, c’est la variété de nos tâches, raconte Raphaëlle. Mélissa fait des paquets dans le bureau, Catherine rencontre un représentant, je fais de la réception en avant, on prépare des événements, on refait des vitrines, on fait de la prescription littéraire, on est aussi une équipe, on fait de tout. » Un système multitâche qui demande à l’occasion des ajustements, mais qui ajoute au contentement de leurs journées, en plus des extras qui les occupent, comme la participation à différents comités dans le milieu du livre. Chaque année, la triade se retrouve dans un chalet pour programmer leur mise en place de Noël. Un rendez-vous de travail et d’amitié qui joint l’utile à l’agréable.

Des amitiés se tissent au sein même de la librairie au gré de celles et ceux qui la fréquentent. Les filles ont manifestement gagné leur pari de faire de la librairie une plaque tournante du voisinage. Les enfants, elles les voient grandir à travers l’étincelle qu’ils et elles ont dans les yeux lorsqu’ils et elles s’emparent d’un livre pour en tourner les pages, avides d’histoires et d’aventures.

« Être libraire, c’est un privilège parce que tu partages l’intimité des gens, confie Mélissa. Lire un livre, c’est vivre une expérience très personnelle. Ils te livrent leur ressenti, leur monde intérieur, ils te font confiance. Et c’est à toi de continuer à l’enrichir avec tes suggestions. Avec la jeunesse, c’est encore plus précieux. »

Une foule en délire
Les événements qui se déroulent au Renard perché concourent à ajouter une plus-value (lancements, club de lecture, etc.), et ce, grâce à des familles réunies venant assister par exemple à l’heure du conte. Le premier à être mis sur pied s’est installé à l’extérieur, sur une petite scène devant la librairie. « Ça a été un peu plus gros que ce à quoi on s’attendait, annonce Raphaëlle. Il y avait un parking de poussettes! » À son tour, Mélissa déclare : « C’était un show rock! Il y avait 90 personnes! »

Mélissa s’emballe et s’émeut d’avoir retrouvé Émile, son plus jeune garçon, aussi le filleul de Raphaëlle et Catherine, assis dans un coin de la librairie en train de lire une histoire à quelques bambins disposés en demi-cercle, improvisant lui-même la tenue d’une heure du conte. Ou encore d’apprendre que son plus vieux avait pris le relais de conseiller des livres à une bibliothécaire scolaire pendant que sa mère s’était absentée un instant. « On a souvent dit que notre devise était “Des livres et des humains”. C’est ça qu’on aime le plus, mettre les deux ensemble », poursuit Raphaëlle.

Le mobilier, à hauteur d’enfant, et les larges allées démontrent bien le souci accordé à leur clientèle. « Il y a des enfants tellement à l’aise des fois qu’ils rentrent en librairie, lancent leurs bottes un peu comme à la maison et partent à courir dans le fond », affirme Mélissa.

Catherine, une des entrepreneures, est au Guatemala au moment de l’entrevue, mais sa présence illumine par la bouche de ses deux comparses, qui en parlent avec admiration. « Au fond d’elle, dans sa personnalité, elle a un côté tellement rassembleur et une façon de connecter avec les gens, exprime Raphaëlle. Elle est la colle qui tient tout ensemble. Je pense qu’elle a cette force-là. C’est une personne extraordinaire, on va le dire. » Mélissa opine : « Oui, oui, oui, la colle, c’est vraiment ça, c’est le moteur, le cœur de la librairie. Un jour, il y a un employé qui m’a dit : “Mélissa, si la librairie prend en feu, quels livres tu sauves en premier?” Moi, je ne sauve pas de livres, je pars avec Catherine. »

Elles ne tarissent pas d’éloges non plus quant à leurs collègues de qui elles tiennent absolument à mentionner l’apport prodigieux à déployer et à nourrir l’essence du Renard, quatre libraires fidèles, curieux et investis qui complètent remarquablement l’équipe des ardentes passionnées. Quand ensemble ils se mettent à discuter, ils en oublient même de travailler. « Parfois, c’est quasiment un défi, conclut Raphaëlle, le défi d’avoir un peu trop de plaisir, mais c’est un beau problème! »

Les incontournables du Renard perché

Jeunesse

Série Mimose & Sam
Cathon (Comme des géants)

Série El Kapoutchi
Pascale Richard, Alexandre Courteau et Baptiste Amsallem (La Bagnole)

Adulte

La méduse
Boum (Pow Pow)

Marche à voix basse
Nelly Desmarais (Le Quartanier)

Résister et fleurir
Jean-Félix Chénier et Yoakim Bélanger (Écosociété)


Librairie Le Renard perché

3731, rue Ontario Est
Montréal
lerenardperche.leslibraires.ca

Sur la photo (en haut) : Catherine Chiasson, Raphaëlle Beauregard et Mélissa Boudreault

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