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«Ouananiche. Amitiés, deuils et pêche à la mouche»: la pêche sans les poissons

 

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La pêche à la mouche est une activité qui en intimide plusieurs. Elle est le domaine des initiés, des passionnés, des solitaires, des nerds de la canne et de l’hameçon. Et parfois même des poètes.

La pêche, avoue Olivier Lussier dans Ouananiche. Amitiés, deuils et pêche à la mouche, est d’abord pour lui un prétexte. Le poisson, qu’il s’agisse de truite brune, de brochet ou de « brookies de ruisseau aux couleurs de pierres précieuses », est secondaire. La pêche est une réponse au temps et à la mort, elle efface le passé, concentre la vie dans le court instant où une mouche se dépose sur l’eau « comme une note de piano après un soupir ».

Modeste, l’auteur raconte ne pas être un très bon pêcheur, mais aimer beaucoup la pêche. « Malgré tout ça, j’aime la pêche à la mouche, j’aime avoir les pieds dans l’eau, j’aime être au milieu du bois, loin du bruit des hommes, mais surtout, j’aime avoir le temps de penser, d’écrire pis d’être tout seul. » Même les pieds dans une rivière, de l’eau à mi-cuisse, il n’est pas là seulement pour les poissons — qu’il remet le plus souvent à l’eau de toute façon. C’est un art de vivre, une façon de respirer. Et c’est parfois aussi, disons-le, une façon de se distinguer « des jiggeux au Toronto Wobbler ».

John Gierach (1946-2024), le plus célèbre des « écrivains-pêcheurs » américains, auteur de Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche et de Sexe, mort et pêche à la mouche (Gallmeister, 2009 et 2014), dans lesquels il mêle à ses aventures de pêche des réflexions sur les grandes questions existentielles, en parlait de la même façon.

Ingénieur mécanique et poète qui a grandi à Maricourt, en Estrie, Olivier Lussier mêle dans Ouananiche quelques-unes de ses aventures de pêche avec les deuils de ses grands-pères et de son meilleur ami. « Quand je vais pêcher, je pense à mes grands-pères morts, à mes amis disparus, à la vie qui nous glisse entre les doigts comme des truites vigoureuses au printemps. »

Dans une langue très orale — absence de négations, mots et expressions en anglais, écriture au son —, entre maniérisme et naïveté, Olivier Lussier aimerait nous faire croire qu’il écrit comme il parle. Mais personne n’écrit comme il parle. La désinvolture a parfois ses limites, au risque de heurter la compréhension : « Il voulait pas que j’aille (sic) de la peine pour lui. » Qu’à cela ne tienne, « parce qu’on n’aime pas ça, dans notre famille, suivre les consignes », écrit-il quelque part.

L’auteur a inséré entre certains chapitres des poèmes, comme il l’avait fait dans Cariacou (Ta Mère, 2023), qui mélangeait, lui, récits de chasse et souvenirs personnels. Des poèmes qui ont quelque chose de spontané, sans travail sur la langue, comme une façon de capturer, par un geste du poignet, un instant, une vision, un regret.

Et si écrire sur la pêche est l’occasion de parler d’autre chose, aller à la pêche cache aussi souvent d’autres motifs. « [T]out le monde pense qu’on s’en va pêcher / mais le grand secret du trip de pêche / c’est que c’est pas ça qu’on s’en va faire ».

Un livre un peu décousu, mais senti et mélancolique, fait de morts, d’amitiés, de mensonges, d’éthique et de lectures.

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Titre: Ouananiche. Amitiés, deuils et pêche à la mouche

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