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En 25 ans au sein des Forces armées canadiennes, Annie Bonin a subi et observé une multitude de formes de violence. Avec son roman Gare à vous, l’ex-militaire, qui réside aujourd’hui à Saint-David-de-Falardeau, souhaite briser le silence sur rouages d’une culture institutionnelle qui normalise les inconduites sexuelles et la complicité involontaire.
Originaire de Saint-Hyacinthe, Annie Bonin s’est enrôlée en 1996, alors âgée d’à peine 17 ans, au sein du 6e Bataillon du Royal 22e Régiment. Au fil des ans, elle a été postée à l’étranger, elle a gravi les échelons militaires et est devenue mère. Son parcours la mène jusqu’à la base militaire de Bagotville, où elle tombe amoureuse du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
En 2020, la lecture des documents du recours collectif concernant les inconduites sexuelles dans l’armée provoque chez Annie Bonin une prise de conscience. C’est là que j’ai réalisé des choses. En fait, je n’avais vraiment aucune idée que je vivais quelque chose de particulier pendant que j’étais dans les Forces
, confie-t-elle, en marge d’un prélancement organisé au Domaine des Pins, dans la municipalité où elle a élu domicile.
Annie Bonin est autrice et ex-militaire.
Photo : Radio-Canada / Philippe Marier-Verret
Ce travail d’introspection l’a menée à un diagnostic d’état de stress post-traumatique (ESPT) et, en 2021, à sa démobilisation pour des raisons médicales.
Ça m’a fait réaliser qu’effectivement, oui, j’avais peut-être vécu des choses finalement que j’avais enterrées toutes ces années-là.
Annie Bonin n’a pas porté plainte contre un individu ou l’organisation, mais elle a reçu une indemnisation pour les violences dont elle a été victime.
Écrire pour guérir
Durant sa carrière militaire qui a duré plus de deux décennies, elle apprend à devenir loyale
et découvre les règles non écrites d’un milieu où, souvent, il vaut mieux se taire, et ce, même si le quotidien se traduit par des violences sexuelles et psychologiques.
C’est vrai que c’est un milieu macho. C’est un peu le reflet de la société. Tu sais, MeToo, ça ne date pas de si longtemps
, fait-elle observer.
L’autrice du livre Gare à vous, Annie Bonin, a tenu une séance de dédicaces mercredi soir au Domaine des Pins, à Saint-David-de-Falardeau.
Photo : Radio-Canada / Philippe Marier-Verret
La présidente de l’Association féministe d’éducation et d’action sociale (AFEAS) Saguenay–Lac-Saint-Jean a commencé à raconter son expérience par le biais de conférences. De fil en aiguille, l’idée de transposer son vécu en autofiction s’est imposée d’elle-même, comme une façon de faire entendre sa voix.
Ç’a été une véritable thérapie, en fait. Ça m’a vraiment aidée. J’ai beaucoup apprécié l’écriture.
Inspiré par son vécu, le roman met toutefois en scène des personnages et des situations inventées par son autrice. La vétérane des Forces armées canadiennes prend aussi le soin de préciser que tout n’est pas noir dans le texte et que certains passages sont légers et humoristiques.
L’objectif de son roman n’est d’ailleurs pas de régler des comptes
, ajoute-t-elle, mais plutôt de permettre aux femmes de se reconstruire et d’identifier des situations dans lesquelles elles ne devraient pas se taire.
Un projet autoédité
Partager son histoire était si urgent que l’ex-militaire ne pouvait pas attendre les autorisations d’une maison d’édition. Et, surtout, elle souhaitait rester souveraine de ses propos.
Je tenais à faire ce livre-là selon mes termes. Je n’avais pas envie de céder mes droits sur mon histoire, sur ce que j’avais écrit, et puis je voulais que le message passe à ma façon.
Dans des agressions sexuelles, on perd le contrôle sur notre propre corps. Là, je voulais garder le contrôle.
Pour ce faire, elle a fondé sa propre maison d’édition, Les Éditions Courage de Lire. Depuis la parution de Gare à vous, l’autrice affirme recevoir plusieurs beaux manuscrits
qui ne demandent qu’à être édités.
Devant le nombre de manuscrits reçus, elle envisage même une seconde carrière
dans le domaine de l’édition.
Annie Bonin sera par ailleurs présente au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean le 1er octobre prochain.
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Philippe Marier-Verret











