Source : Le Devoir
Les liaisons dangereuses
Une romance queer mettant en vedette une loup-garou tombant amoureuse d’une chasseuse de loups-garous, qui parle autant aux plus jeunes qu’aux personnes plus vieilles et qui, en plus, est rafraîchissante et nous fait sourire ? C’est le pari qu’a fait l’autrice montréalaise Sophie Bédard, que nous suivons depuis la parution de son Glorieux printemps, au début des années 2010.
Alors, ce que vous avez lu en début de texte est exact. Louves Love raconte l’histoire de Freddie, qui tombe sous le charme de la mystérieuse Silver, alors qu’elles travaillent ensemble dans le même café. Et oui, l’une est une loup-garou et l’autre vient d’une famille dont la mission est d’éliminer ces bêtes mythiques. Merveilleuse allégorie portant sur les différentes façons de s’aimer, Louves Love esquive tous les pièges inhérents au genre en évitant de transformer la différence en affect semant la division. Les gens sont ce qu’ils sont, et peuvent être aimés pour ça. Totalement intéressant ! François Lemay
Louves Love
★★★ 1/2
Sophie Bédard, Pow Pow, Montréal, 2026, 168 pages
Ainsi va la vie…
Pascal Girard fait partie de cette génération d’auteurs de bédés arrivée au début des années 2000, marquée par l’établissement des maisons d’édition spécialisées dans le genre, comme Mécanique générale, La Pastèque et Pow Pow. C’est une façon de dire que Girard est un auteur d’expérience, et que l’ampleur de ce métier se constate à la lecture de son travail, toujours bien ficelé, qui fait dans l’autodérision et la ligne nerveuse sans jamais qu’un fil dépasse.
C’est donc avec bonheur que nous retrouvons son personnage alter ego dessiné, dans Fausse balle, alors que Girard nous raconte des tranches de son quotidien, un brin anxieux, toujours motivé par le désir de bien faire, parfois malgré lui, ce qui le place dans des situations parfois complexes, mais jamais graves.
Cela ne révolutionne rien et c’est tant mieux, parce que, des fois, le plaisir simple de trouver un album bien écrit suffit en lui-même, et c’est exactement ce qu’on nous offre ici. En fait, en mieux, parce que nous trouvions que Girard avait tendance à être très dur avec son personnage inspiré de lui, alors qu’ici, il lui laisse une chance d’évoluer dans le bon sens. C’est plein d’amour, cet album ! François Lemay
Fausse balle
★★★ 1/2
Pascal Girard, Pow Pow, Montréal, 2026, 144 pagess
À feu vif
Montréal suffoque sous la canicule, mais c’est dans les cuisines d’un restaurant branché de la métropole que le bédéiste Lee Lai porte la température à son point d’ébullition. Canon, cuisinière à l’orée de la trentaine, enchaîne les services sous l’autorité d’un chef oppressant tandis que sa vie personnelle se lézarde. L’autrice ausculte avec finesse l’épuisement, la solitude et ces humiliations du quotidien qui font vaciller une existence. Née en 1993 près de Melbourne et installée au Québec, Lee Lai confirme, après Le goût de la nectarine (Sarbacane, 2021), son talent pour saisir les êtres au bord du précipice. Son dessin monochrome épouse les gestes répétitifs, les silences et les regards fuyants. Par endroits, l’irruption brutale du rouge rompt la sobriété du noir et blanc, et donne au récit une force presque physique. Entre français québécois et cantonais, l’autrice fait également de la langue le lieu mouvant de l’appartenance, de l’intimité et du sentiment d’être chez soi. Ce beau roman graphique transforme la fournaise du travail en portrait d’une génération qui tient, sans trop savoir pourquoi. Ismaël Houdassine
Canon’s Kitchen
★★★ 1/2
Lee Lai, Sarbacane, Montréal, 2026, 312 pages
La justice au pied du mur
Octobre 1979, au bout du Finistère, en France. Judith Chevalier, étudiante en droit, s’isole dans une maison pour préparer ses examens. Mais un braquage sanglant vient d’endeuiller la région, et Raymond Treillas, un fugitif, frappe à sa porte. On le dit meurtrier ; à cette époque, la guillotine menace encore. De cette intrusion Marguerite Boutrolle tire un huis clos tendu, où la peur se double d’un vertige moral : que reste-t-il des principes lorsque le danger prend un visage familier ? L’autrice orchestre le duel entre deux âmes que leur enfance a rapprochées avant que la classe sociale ne les sépare. Ce passé commun nourrit une réflexion aiguë sur la justice et la culpabilité. Le coup de crayon semi-réaliste, nerveux et anguleux, nourri de l’esthétique graphique des années 1970, impose son originalité. Les aplats de noir, d’orange et de rose pâle, les non-dits et les cases tour à tour aérées ou resserrées font de la maison un piège mental. L’album révèle les fractures d’une nation divisée par la peine
[...] continuer la lecture sur Le Devoir.



