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«Traumathys»: écrire la rue

Source : Le Devoir

Après la violence familiale de La Bête, le polar Maple et ses nombreux recueils de poésie, David Goudreault entraîne cette fois ses lecteurs dans les rues de Montréal avec Traumathys. Son sixième roman suit Mathys Dubois, un homme en situation d’itinérance qui vit avec un trouble psychotique. À travers son journal, des rapports de surveillance et une série de fragments documentaires, le récit brouille sans cesse la frontière entre délire et réalité, jusqu’à la toute dernière page du livre.

Son roman le plus ambitieux

« C’est mon roman le plus actuel », lance l’écrivain dès le début de notre entretien. La crise des opioïdes, l’itinérance, les enjeux de santé mentale et les fractures sociales qui traversent le Québec contemporain sont au cœur du projet. Mais, malgré une œuvre abondante, des milliers de lecteurs et une carrière jalonnée de récompenses, Goudreault parle encore de son livre avec une étonnante fébrilité. Il revient spontanément sur les années de travail qu’il lui a consacrées, sur les difficultés qu’il lui a posées et semble toujours se demander si le pari est réussi.

Cette inquiétude contraste avec l’ambition du projet. « C’est le plus gros et le plus beau », dit-il sans détour.

Pour écrire Traumathys, Goudreault a délaissé les repères qui avaient nourri ses romans précédents. Bien que sa pratique de travailleur social lui ait déjà donné accès à certaines réalités sur la santé mentale, il ne voulait pas s’appuyer uniquement sur cette expérience. Pendant des mois, il a multiplié les rencontres : personnes en situation d’itinérance, usagers de drogues injectables, travailleurs de rue, policiers, intervenants communautaires. Il a visité des campements, des centres d’injection supervisée, des organismes montréalais, parfois grâce à des échanges de services où il offrait des ateliers d’écriture en retour.

« Je voulais avoir le regard le plus complet possible », explique-t-il. « C’est la première fois que je faisais un travail documentaire de cette ampleur. »

Lorsqu’on lui demande comment se sont déroulées ces rencontres, Goudreault répond avoir été frappé par la disponibilité des personnes qu’il a rencontrées. « Les gens sont très ouverts à parler, raconte-t-il. Ils vivent énormément d’isolement. » L’écrivain dit avoir été touché par leur besoin de raconter leur parcours, mais aussi par la générosité avec laquelle plusieurs ont accepté de partager une réalité trop souvent réduite à une série de préjugés.

Cette recherche irrigue tout le roman et permet à l’auteur de construire un personnage qui échappe constamment aux catégories auxquelles on associe souvent l’itinérance. De fait, Mathys est cultivé, méthodique, drôle, passionné par les chiffres et les faits. Il souffre de psychose, mais demeure capable d’une remarquable lucidité sur certains aspects du monde qui l’entoure. Pour Goudreault, il fallait absolument éviter le stéréotype.

« Un personnage le plus lumineux »

« Pour moi, Mathys, c’est l’antithèse de La Bête. La Bête, c’était quelqu’un qui pensait être bon, mais qui faisait le mal. Mathys, lui, a une perception très négative de lui-même, notamment à cause des voix qu’il entend, mais il se révèle profondément bon. C’est mon personnage le plus lumineux. »

Le romancier souhaitait également rendre visibles des réalités que l’on montre rarement : les amitiés, les solidarités, les gestes de protection qui existent aussi dans la rue. « Il y a beaucoup de violence, bien sûr. Mais il y a aussi de l’amour, de l’entraide. J’avais envie de montrer cette beauté-là. »

L’un des aspects les plus fascinants du roman demeure toutefois le brouillage constant entre délire et réalité. Jusqu’aux dernières pages, le lecteur hésite : Mathys est-il victime de sa psychose ou perçoit-il réellement quelque chose que les autres refusent de voir ?

« Les deux grands défis étaient là, raconte Goudreault. Il fallait construire une intrigue suffisamment forte pour entraîner le lecteur, mais aussi représenter une réalité extrêmement complexe sans la simplifier. Il existe de vraies injustices, de vraies conspirations. Le danger, c’était de tomber dans la caricature ou dans une lecture trop facile. »

Cette recherche de justesse l’a naturellement conduit à réfléchir à une autre question : celle du droit d’écrire des expériences que l’on n’a pas soi-même vécues. Le sujet est délicat, mais Goudreault répond sans détour : « Je revendique absolument le droit à la fiction. Depuis des milliers d’années, elle nous permet de rencontrer l’autre. »

Cette liberté, insiste-t-il toutefois, ne dispense jamais l’écrivain de faire son travail. « Si je fais bien mon métier, je vais m’approcher du réel avec professionnalisme. Je ne prétends pas être un expert. Je suis un écrivain qui s’inspire du réel. »

C’est précisément cette conviction qui l’a poussé à confronter constamment son imaginaire à l’expérience des autres. Il ne cherchait pas à parler à leur place, mais à construire une fiction suffisamment documentée pour rendre justice à la complexité des

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Titre: Traumathys

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