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La Fille de par Joanne Comte-Btesh : peut-on faire un livre d’une absence?

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Dans La Fille de, la réalisatrice et documentariste Joanne Comte-Btesh se fait autrice et livre un premier récit très personnel, inspiré par son histoire familiale. Elle est la fille de Richard Anthony, chanteur français populaire des années 60-70, rendu célèbre grâce à des chansons comme Amoureux de ma femme et J’entends siffler le train. Un père qui l’a abandonnée et qu’elle a connu principalement par des récits contés par des tiers et ses autobiographies.

Dès les premières pages, Joanne Comte-Btesh explique sa démarche : écrire non pas sur ce père, mais sur son absence et comprendre sa mythologie personnelle où elle aurait été placée entre l’abandon de celui-ci et la cruauté de la mère qui a entretenu cette idée. Une quête qu’elle mène seule. Elle n’a pas questionné ses parents avant leur mort en 2015 et 2020.

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On suit ainsi l’autrice à travers sa reconstruction. Elle parle de ce qu’elle pense savoir, de ce que les autres lui ont dit, de ce qui aurait pu se passer… Et plutôt que de faire part de ses conclusions, elle partage ses recherches et les questions supplémentaires qui en découlent. Les indicateurs de temps incluent le lecteur aux côtés de l’autrice dans sa démarche.

Parfois, celle-ci s’adresse directement à son père (J’aurais, Richard, aimé te connaître.), mais le livre concerne en réalité principalement la relation que Joanne Comte-Btesh a eue avec sa mère, son seul parent présent qui semble l’aimer en alternance. Assez rapidement, on comprend que La Fille de s’applique d’ailleurs à ses deux parents.

Matériau brut

Le style du récit est marqué par l’incertitude. L’autrice n’est sûre de rien et se laisse porter par sa quête des origines, comme si elle était mue par des forces extérieures. On l’imagine même, au début du livre, douter de sa propre existence. Les questions qu’elle soulève sont autant de briques instables sur lesquelles Joanne Comte-Btesh tente de reconstruire sa vie.

Cette incertitude se traduit aussi dans la forme du récit. À la prose de l’autrice s’ajoutent la transcription de messages vocaux de sa mère, des morceaux de journaux intimes de la grand-mère, des passages de pages Wikipédia et des échanges de messages avec l’une de ses sœurs.

Joanne Comte-Btesh est assise en studio et porte des écouteurs.

La réalisatrice et autrice Joanne Comte-Btesh.

Photo : Radio-Canada / Kim Bouchard

Un matériau brut recopié tel quel (ou qui semble l’être) et qui donne l’impression, alors qu’on tourne les pages, que la mise en récit est marquée par l’inaboutissement. Est-ce que le travail a été fait en entier ou l’autrice s’est-elle empêchée d’aller jusqu’au bout, laissant le soin au lecteur de se débrouiller avec cette matière qui tend parfois vers le manque de structure?

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L’intérêt du récit vient peut-être d’abord du fait que Richard Anthony était le père de l’autrice. Mais cet aspect est finalement relégué au rang d’anecdote piquante que les extraits de l’autobiographie du père, qui illustre tristement le désintérêt de celui-ci pour Joanne, viennent raviver de temps à autre.

Alors on s’interroge : si elle n’avait pas été la fille de? Est-ce que ce livre n’aurait pas pu rester un document que l’autrice aurait pu partager avec sa famille et ses amis? Car pour eux, la lecture de ces pages s’avérera certainement passionnante, mais, pour nous, est-ce vraiment pertinent?

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La Fille de

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