Source : Le Devoir
Je venais de rentrer de l’école avec mon garçon et, tout juste avant de nous installer sans téléphone pour les devoirs, un message est apparu dans ma messagerie Facebook.
« Comment vas-tu ? Pour moi, aujourd’hui est une triste journée. Ma mère vient de décéder. Gros bisou, je t’aime ! »
Mon beau-père, l’homme qui partage la vie avec ma mère depuis quarante ans, m’écrit rarement. Mais là, il vivait cette étape majeure de la vie d’un homme. D’un fils.
Camions d’émotions
C’est dans un Kenworth qu’il a appris la nouvelle, alors qu’il faisait du transport en vrac à Piedmont. Son frère, lui aussi camionneur et en fonction cette journée-là, lui avait téléphoné de son camion. Les pleurs ont coulé dans les deux cabines. Mais il fallait maintenant parquer, délaisser les matériaux, aller voir « la mère » une dernière fois au CHSLD.
« Ça faisait quelque temps que je demandais à mon père de venir la chercher », m’explique mon beau-père, dont le calme et la sérénité me surprennent. Regarder sa maman étendue, les yeux fermés, aux côtés de son frère, ne l’a pas affecté tant que ça. Ayant également eu une carrière de pompier, il en a vu à maintes reprises, des morts… Des gens partis trop tôt dans des circonstances effroyables.
« Elle avait l’air en paix », conclut-il sans hésiter, après avoir évoqué la belle vie qu’elle avait réussi à se construire après la mort de son mari, des suites d’un cancer, à 55 ans : apprendre à conduire pour avoir son autonomie, se découvrir une passion pour le vélo, le ski, prendre soin d’elle.
Un souvenir raconté par mon beau-père m’attendrit : « Quand mon père a acheté son dernier camion, en 1981, il avait voulu que ça soit elle qui choisisse sa couleur. »
Après 92 ans de choix, de sports, de route, de montagnes, Fleurette se repose dorénavant au sommet.
Carrie
Tous ne diront pas aussi aisément au revoir à leur maman. Les chansons de l’album Carrie & Lowell (2015) du multi-instrumentiste Sufjan Stevens sont inspirées de la mort de sa mère, Carrie, qui souffrait notamment de dépression, de schizophrénie, de dépendance à l’alcool et aux drogues. Une vie d’éternels combats, qui ont mené aussi à l’abandon de ses enfants.
La musique devient, pour Sufjan Stevens, plus que vitale : un lieu d’exorcisme de sa peine et, de manière bouleversante, un lieu de rapprochement avec celle qui l’a mis au monde.
Merzi môman
Il existe des milliers de mélodies sur la figure de la mère et, dans un registre plus joyeux, je vous invite à écouter Merzi môman d’Alex Burger, parue sur son album Ça s’invente pas (2023). Dans cette chanson, c’est la fête des Mères et « on le sait, c’est criminel de manquer ça ». Mais Alex est en studio avec ses musiciens…
« On s’est dit que le plus beau des cadeaux / Étant donné qu’on n’est pas à la maison
C’était pas des fleurs ni des cartes / Non c’est quelque chose que personne pourra battre
Icitte on a des micros, on a Jean-Bruno / Et on a toute l’envie du monde de faire le plus beau des refrains. »
Ver d’oreille qui glisse dans la tête et les pattes comme les doigts sur le pedal steel.
Chaque fois, c’est immanquable : ça tourne, il y a de la gratitude dans la maison.
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