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Source du texte: Lecture
La littérature est un havre où Alexia Giroux s’exile le plus souvent possible. Ses lectures éclectiques ravissent la clientèle de la Librairie Carcajou, à Rosemère. Et ça tombe bien, parce que c’est ce qui l’anime : laisser des empreintes, toucher les gens, grâce à ses recommandations. En voici quelques-unes qui ont justement élargi les horizons.
Depuis quand êtes-vous libraire?
Je suis libraire chez Carcajou depuis 2022. Au départ, j’y travaillais à temps partiel, alors que j’étudiais la littérature à l’université. Le métier que j’exerçais à temps partiel est maintenant devenu celui que je fais à temps plein. Il me permet de transmettre directement ma passion pour la lecture et pour la littérature d’ici. Je crois profondément au fait que la littérature est un refuge, une manière de découvrir d’autres réalités et de s’ouvrir au monde qui nous entoure.
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre travail?
Les échanges avec les clients. C’est toujours un véritable honneur lorsqu’une personne repart avec notre suggestion, mais c’est également une joie d’entendre les derniers coups de cœur de nos clients. Parfois, ce sont eux qui nous font découvrir des romans que nous n’aurions jamais lus. C’est également une immense joie pour moi lorsqu’une personne revient me voir et me dit qu’elle a adoré le livre que je lui ai conseillé.
Racontez-nous un beau souvenir de votre vie de libraire.
Mon plus beau souvenir remonte à tout récemment, plus précisément au temps des fêtes l’an dernier. Un homme est venu me voir à la librairie et m’a demandé de lui conseiller un livre pour sa copine. Elle se révélait être une grande lectrice de littérature québécoise et elle aimait, lorsqu’elle lisait, être touchée. Je lui ai donc conseillé Pathologique de Sarah McNeil (Poètes de brousse), une lecture qui m’avait, quelques semaines auparavant, marquée par ses thèmes, par la sensibilité et la vulnérabilité qui se dégageaient des pages. Quelques semaines plus tard, ce même homme est revenu avec sa copine. Cette dernière m’a remerciée pour cette lecture qui s’est révélée être exactement ce qu’elle voulait lire et m’a dit que j’étais une excellente libraire qui savait cerner ce que les lecteurs recherchaient. Ce genre de moment me rappelle pourquoi j’ai choisi le métier de libraire : conseiller des livres qui peuvent marquer des vies.
Selon vous, en quoi la librairie est-elle un lieu essentiel à une société, à un quartier? Et dans le cas de la Librairie Carcajou en particulier?
Je crois profondément au fait que la librairie est un lieu de rassemblement et d’échanges qui nous permet de partager la culture d’ici et d’ailleurs. Une librairie est l’endroit parfait pour se retrouver seul, en famille ou entre amis. C’est un lieu pour découvrir, pour apprendre et pour se nourrir des différentes cultures.
À la Librairie Carcajou, nous avons des clients réguliers qui reviennent chaque semaine, et ce, depuis plusieurs années. Depuis un an, ma collègue et moi animons un club de lecture qui permet aux participants de venir échanger une fois par mois sur un livre qu’ils ont choisi. Pour plusieurs, c’est un moment important dans leur mois, un lieu qui leur permet de parler de littérature, mais aussi de rencontrer d’autres lecteurs avec qui ils peuvent tisser des liens. C’est toujours un véritable honneur d’animer ce club et de voir des amitiés se créer autour de la littérature.
Quel livre est associé à votre premier souvenir de lecture?
Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un livre entre les mains. Ma mère m’amenait à la bibliothèque et me laissait choisir les livres qui m’intéressaient. Elle me lisait des histoires avant d’aller dormir. Je garde un excellent souvenir des romans de la série jeunesse Le journal d’Aurélie Laflamme d’India Desjardins (L’Homme), des livres que les jeunes lecteurs continuent de lire et de découvrir. Lorsque quelqu’un me demande un tome de cette série, je plonge immédiatement dans mes souvenirs et je me retrouve dans l’autobus scolaire avec le premier livre d’Aurélie Laflamme entre les mains.
Quelle importance la lecture a-t-elle dans votre vie?
La lecture fait partie de mon quotidien. Elle m’accompagne partout, peu importe l’endroit où je me trouve. Il y a toujours un livre (ou plusieurs) caché dans le fond de mon sac ou de ma valise. Pour moi, la lecture est un moment de repos, un espace-temps où le monde ralentit et s’arrête pour laisser la place à d’autres univers qui se retrouvent entre les pages, entre les mots des auteurs que je découvre.
Quelles sont vos spécialités comme libraire (étranger, poésie, québécois, etc.)? Ou quel est votre genre préféré?
Je lis de tout, mais ma spécialité est la littérature québécoise. Je m’y tourne naturellement lorsqu’un lecteur me donne carte blanche en librairie. Il y a tellement d’écrivains d’ici à découvrir! Par contre, je lis de tout : fantastique, romance, littérature étrangère, etc. Récemment, je me suis plongée dans les romans d’horreur, un genre que je voulais davantage découvrir en tant que libraire. Mon entrée dans les univers horrifiques s’est faite avec La nuit ravagée de Jean-Baptiste Del Amo (Folio) et Les ravisseuses de Charles Dionne (Le Quartanier). J’essaie d’être une lectrice polyvalente pour être capable de conseiller de tout.
Quel est votre lieu de lecture favori?
Mon lieu de lecture favori est chez moi, dans le confort de ma maison avec un café. J’associe la lecture à un moment de détente, à une activité que je fais pour moi, et c’est naturellement chez moi, dans un endroit où je me sens bien, que je vais lire le plus souvent. J’ai une magnifique pièce consacrée à la lecture et j’adore m’y retrouver le plus souvent possible.
Abandonnez-vous un livre quand il ne vous plaît pas?
Ce n’est que récemment que j’ai accepté le fait que nous pouvions, en tant que lecteur, abandonner un livre qui nous rejoint moins. Ce serait mentir de dire que je ne ressens aucune culpabilité, mais j’apprends à accepter que je suis une lectrice influencée par son environnement et par les émotions qui l’habitent. Parfois, je délaisse un livre pour mieux le retrouver plus tard.
Comment vos collègues vous décriraient-ils?
Mes collègues diraient que je suis une libraire aux goûts littéraires multiples, qui lit rapidement et énormément de livres par année. Si je ne pratique pas mes autres passe-temps, on me retrouve nécessairement avec un livre entre les mains et j’essaie de découvrir le plus de romans possible pour pouvoir partager mes préférés avec les personnes qui viennent à ma rencontre. Je suis également une libraire aux multiples projets : j’anime, entre autres, le club de lecture avec une de mes collègues et je m’occupe des réseaux sociaux de la Librairie Carcajou.
Quel écrivain ou quelle écrivaine aimeriez-vous que tout le monde découvre?
En littérature québécoise, j’aimerais que tout le monde découvre Marie-Sarah Bouchard et son roman La gringa (Boréal), un livre lumineux, sensible et profondément touchant qui oscille entre le Québec et le Venezuela et qui explore les thèmes de l’immigration, de l’adoption et de l’identité. En littérature étrangère, j’irais, sans aucun doute, avec Sally Rooney et son livre Intermezzo (Folio), qui explore la relation complexe entre deux frères à la mort de leur père.
Quel est votre livre préféré?
Une question particulièrement difficile à répondre! Dans les dernières années, j’ai été marquée par ma lecture de Fabriquer une femme de Marie Darrieussecq (Folio), un roman qui continue de m’habiter près de deux ans après sa lecture. J’y ai retrouvé tout ce qui fait, pour moi, un excellent roman : des personnages complexes aux multiples facettes, divers points de vue qui permettent de bien saisir les événements décrits dans le récit et des thèmes engagés.
Quel est votre dernier livre lu?
La rentrée littéraire commence en force! Dernièrement, j’ai lu Baignade surveillée de Laura Kasischke (Gallimard), mon premier roman de cette autrice (et certainement pas mon dernier). C’est un livre qui nous amène au 16 juillet 1969, jour où le petit Richie Manning se noie et où la fusée Apollo décolle vers la lune. On plonge au cœur des différentes vies qui seront affectées par cet événement dans un langage poétique et répétitif qui crée, chez le lecteur, un sentiment d’angoisse. On sait, dès les premières pages, ce qui va arriver au petit Manning. Mon premier coup de cœur de la rentrée littéraire, impossible à déposer!
Quels sont les livres que vous recommandez le plus souvent?
Tout dépend de ce qu’on me demande, mais si on me laisse carte blanche dans mes suggestions littéraires, je vais naturellement me tourner vers la littérature québécoise. Je vais probablement suggérer Avide de Myriam Vincent (Poètes de brousse) ou encore La gringa, comme je l’ai déjà mentionné. Ce sont deux romans que j’adore et qui peuvent facilement trouver leur lecteur. En littérature étrangère, j’aime beaucoup conseiller Le dieu des bois de Liz Moore (J’ai lu), une découverte que j’ai faite à la fin de l’année 2025. Un thriller surprenant et angoissant qui est rapidement devenu un incontournable!
Quels livres se trouvent en ce moment sur votre pile à lire?
Beaucoup, beaucoup, beaucoup de livres se trouvent sur ma pile à lire, surtout en ce début de rentrée littéraire. J’ai une pile à lire assez éclectique! On passe de la littérature québécoise aux romans qui flirtent avec l’horreur en passant par la littérature étrangère. Les prochains livres auxquels je m’attaquerai seront Anna Darling de Catherine Mavrikakis (Héliotrope), un roman que j’ai très hâte de découvrir et Notre part de nuit de Mariana Enríquez (Alto), que je n’ai pas encore lu. En littérature étrangère, j’ai hâte de me plonger au cœur de Faire la peau (P.O.L), le nouveau livre de Louise Chennevière, une autrice que j’ai découverte avec Pour Britney (Folio).

Avez-vous une autre passion, en dehors du milieu du livre?
Depuis plus d’un an, le sport a fait une entrée marquante dans ma vie et y occupe une grande place. C’est devenu une véritable passion au même titre que la lecture et les livres. Je pratique la natation, le vélo et la course à pied et je m’entraîne à ces trois disciplines pour compléter des triathlons. J’ai récemment terminé mon premier triathlon de distance olympique (1,5 km de nage, 40 km de vélo, 10 km de course à pied). Si on ne me retrouve pas avec un livre entre les mains, je suis probablement à la piscine, à vélo ou en train de courir quelques kilomètres.
Photo d’Alexia Giroux : © Sabrina Rinfret-Viger
Photo de la pile de livres : © Alexia Giroux






