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La courte échelle n’est jamais avare de générosité envers ses lectrices et lecteurs, surtout lorsqu’il s’agit d’instiller la peur. Pour souligner les dix ans de sa collection « Noire », la maison d’édition nous entraîne dans l’univers de L’auberge du pendu, le plus récent roman d’Alexandre Côté-Fournier. Dans ce huis clos où l’étrange et l’inquiétant se côtoient avec délice, la tension monte et les apparences se fissurent jusqu’au point de rupture. Nous avons rencontré l’auteur pour parler de cette incursion dans les territoires de l’effroi et percer, avec lui, les mystères qui se cachent derrière la porte de l’auberge.
Le trouble s’immisce
À quoi reconnaît-on un écrivain d’horreur? À son goût pour les ténèbres, à une imagination un brin tordue, peut-être même à un certain penchant pour le grotesque? Si l’on se fie aux clichés, Alexandre Côté-Fournier serait bien le dernier candidat. Plutôt réservé, le jeune Alexandre ne se destinait d’ailleurs pas aux territoires obscurs de la littérature horrifique. Il aura fallu un cousin plus âgé pour le faire succomber à l’appel d’auteurs comme Stephen King qui, encore aujourd’hui, est une plume qu’il revisite avec plaisir et qui lui fait l’effet réconfortant « d’un chalet où l’on passe ses vacances d’été »; clown démoniaque en moins.
Ce qu’il découvre à l’adolescence entre ces pages ne le quittera plus. D’abord, un puissant sentiment de transgression. Une rébellion addictive, qui consiste à s’aventurer là où l’on ne devrait pas aller et à se jouer, le temps d’une lecture, des conventions et des interdits. À cela s’ajoute la découverte d’un imaginaire débridé, propre au genre, comme l’ont brillamment démontré des auteurs tels que Clive Barker. Finalement, cette décharge d’adrénaline qui fait de l’horreur de véritables montagnes russes, sans jamais quitter le confort des pages. Difficile de résister à pareil cocktail!
À contre-courant du genre
Lorsqu’il s’agit d’écriture, l’auteur aime prendre l’horreur à contre-pied. Grand amateur de Monty Python, il puise dans l’absurde une source d’inspiration qui affleure dans plusieurs de ses romans.
L’humour n’est pas pour lui une négation de la peur, mais bien un outil pour en « désamorcer l’intensité ». Ce mariage improbable entre le rire et l’épouvante trouve d’ailleurs un écho à cette fête où le macabre n’est jamais dépourvu de légèreté : « Le sombre peut rester amusant. À l’Halloween, les enfants se déguisent en morts, en fantômes, en cadavres pourris, mais ça reste le fun. »
C’est donc sans surprise qu’il débute sa collaboration dans la collection « Noire » avec trois tomes d’une série d’enquêtes mélangeant rire et frissons : L’agence Mysterium. Ce même humour est également au rendez-vous dans son quatrième roman, L’homme de la cave.
Ce n’est qu’à partir de son cinquième titre dans la collection, Quincaillerie Miville, récompensé du Prix jeunesse des libraires en 2023, qu’un changement de registre commence à s’opérer : « C’était mon premier vrai roman d’horreur. À partir de là, tout le monde s’est mis à me voir comme un écrivain qui s’inscrit dans ce genre. » Une identité qu’il assume pleinement dans son sixième roman à la courte échelle, L’auberge du pendu.
Place à la peur
L’intrigue ne saurait être plus efficace, ménageant des interstices dans la narration où l’inexplicable peut s’infiltrer. Cinq amis, une escapade en forêt et un raccourci incongru qui les mène jusqu’à une auberge légendaire qui aurait peut-être mieux fait de rester introuvable. Lorsque la nuit tombe et que le froid s’installe, le refuge providentiel referme son étau. Dans les bois, des entités rôdent, attendant leur heure. Et alors que le trouble se mue peu à peu en menace bien réelle, une seule question demeure : qui sortira indemne de cette aventure?
Si le ton plus sombre de l’histoire marque un véritable tournant, un élément clé, terreau fertile de l’épouvante, revient comme un leitmotiv dans les œuvres de l’auteur : la légende. « Dans les histoires fantastiques québécoises comme dans beaucoup de films d’horreur, c’est cette idée d’un passé un peu maléfique qui perdure et qui continue de causer du mal qui crée une matière assez forte. La légende, si elle est avérée, devient une réalité à laquelle il est impossible de se soustraire. Ça crée la tension. »
C’est cette même tension qui sous-tend « Rivière », la nouvelle qu’il signe pour le recueil Affreux anniversaire à la courte échelle, où il s’amuse à faire basculer une fête en véritable cauchemar lorsqu’une entité tout droit sortie des ouï-dire du voisinage vient réclamer son dû.
Après avoir exploré le paranormal et exploité les recoins les plus opaques de l’imaginaire, quelles contrées l’auteur explorera-t-il ensuite? Si la dimension psychologique de la peur semble l’attirer, Alexandre Côté-Fournier n’a pas fini de pousser les portes de l’étrange. La suite demeure à écrire et, avec lui, on peut s’attendre à ce que quelques créatures tapies dans les marges se glissent entre les lignes, prêtes à prendre forme.
Photo : © Chantale Lecours






