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Un auteur qui accepte de publier à son nom un roman écrit par une intelligence artificielle (IA), dont le succès va faire de lui une vedette jusqu’en France… La trame narrative de L’homme de trop, paru en mars 2025, présente des similitudes frappantes avec l’affaire Thélyson Orélien. Toutefois, voir son imaginaire rejoindre le réel attriste plus qu’autre chose son auteur, le Montréalais Antoine Dion-Ortega.
À la fois thriller d’anticipation et satire sociale, L’homme de trop – écrit sans l’aide de l’IA, assure Antoine Dion-Ortega – suit Augustin Choinière. Cet écrivain en manque d’argent et de gloire planche sans succès depuis des années sur son premier roman. Un jour, il se voit proposer par la mystérieuse entreprise Open Future de faire croire que le roman écrit en 5 h 27 par l’IA de cette jeune pousse est le sien.
L’objectif d’Open Future : soumettre son récit aux lecteurs sans que ceux-ci sachent qu’il a été écrit par une IA, pour valider son produit.
Le succès critique et commercial du livre propulse Augustin Choinière au rang de nouvelle étoile de la littérature québécoise, l’amenant à promouvoir en France ce roman qui met en lumière des exclus de notre société : les itinérants.
C’était surréel
Complètement scotché
. C’est ainsi qu’a réagi Antoine Dion-Ortega quand il a pris connaissance de l’affaire Thélyson Orélien, cet écrivain canado-haïtien accusé la semaine dernière d’avoir eu recours à l’IA pour rédiger C’était ça ou mourir.
Un premier roman devenu phénomène littéraire des deux côtés de l’Atlantique, dans lequel s’incarne l’humanité de migrants souvent invisibilisés par la société.
Plus la semaine avançait et plus ça ressemblait à la trame que je décris
, explique Antoine Dion-Ortega au sujet de son roman, dans lequel il est aussi question de plagiat. C’était surréel.
Toutefois, avoir imaginé une histoire devenue vraie est loin de réjouir cet enseignant en francisation et ancien journaliste. Cela m’attriste même énormément
, précise celui qui éprouve de l’empathie pour Thélyson Orélien.
Le drame de cette histoire est qu’il a voulu attirer l’attention sur un sujet extrêmement grave – la traversée des migrants, une réalité qu’il ne faut pas oublier
, souligne-t-il.
« L’homme de trop », d’Antoine Dion-Ortega, est publié aux éditions Tête première.
Photo : Tête première
Pris de vitesse
Quand Antoine Dion-Ortega s’est lancé dans son premier roman, ChatGPT n’était pas encore entré dans nos vies.
C’était vraiment supposé être un livre de science-fiction. Après l’arrivée de ChatGPT, c’est devenu une histoire probable et, en 2026, c’est déjà une histoire qui se réalise.
Si les ressemblances entre l’affaire Thélyson Orélien et son roman l’ont étonné, voir sa fiction se matérialiser stupéfie moins ce pessimiste de nature.
L’époque a plutôt tendance à faire les pires choix, alors je ne suis pas surpris que le scénario que je décris dans mon livre se réalise, mais je le suis par la vitesse à laquelle c’est arrivé.
L’IA s’infiltre à peu près dans toutes les sphères de nos vies, alors penser que ça n’allait pas finir par s’infiltrer dans le bastion littéraire aurait été angélique
, poursuit-il.
L’écrivain Thélyson Orélien et son livre « C’était ça ou mourir »
Photo : Radio-Canada / Simon LaSalle
Les lecteurs sont-ils prêts pour l’IA?
L’homme de trop repose sur l’expérimentation à laquelle se livre Open Future pour savoir si le public est capable d’accorder de la valeur à un livre écrit par une IA.
L’expérience se révèle concluante, explique Antoine Dion-Ortega. On se rend compte qu’on n’a pas besoin de l’auteur, que c’est un appendice rendu obsolète.
L’affaire Thélyson Orélien a suscité une foule de commentaires des deux côtés de l’Atlantique. Parmi eux, Antoine Dion-Ortega a noté une surprenante ouverture
du public au recours à l’IA générative en littérature.
J’ai entendu beaucoup de gens dire que ce n’était pas si grave que ça, que le fait que l’IA s’immisce dans nos pratiques littéraires était inévitable, donc autant s’en accommoder
, observe-t-il.
Dans l’épilogue de L’homme de trop, Antoine Dion-Ortega imagine, avec inquiétude, un futur dystopique qui fait réfléchir.
Il avait suffi que la Big Tech sème le doute dans l’esprit des lecteurs, que l’authentique se mélange avec le factice de manière si inextricable que les gens, incapables de distinguer les honnêtes auteurs des charlatans, s’étaient brusquement détournés des artistes dans leur globalité, écrit-il. Au moins, avec du vrai faux, on savait à quoi s’attendre : c’était toujours mieux que du faux vrai.
Très critique vis-à-vis de l’IA, l’auteur déplore le fait que les oligarques de la technologie tirent profit de la dépendance que crée l’intégration de l’IA à nos vies, que ce soit au travail ou dans nos loisirs.
Après les pétrolières et les cigarettières, la Big Tech sait très bien comment exploiter nos faiblesses. C’est pour cela qu’ils se dépêchent de nous faire boire leur Kool-Aid.











