À chaque édition de la revue Les libraires, nous vous proposons une sélection de livres qui se glissent facilement dans votre poche. Petit prix et petit format, certes, mais de grandes découvertes et de belles plumes!
Prendre son souffle
Geneviève Jannelle, Québec Amérique, 144 p., 15,95$
Il est des histoires d’amour dont la fulgurance ravive les couleurs effacées du quotidien. Pour Anaïs, un seul regard a suffi : Éden serait sa personne. Alors que le puzzle commence à se mettre en place, une pièce refuse de s’emboîter : la maladie guette, comme un couperet suspendu au-dessus des espoirs. Huit années s’écoulent avant que les premiers signes annonciateurs du mal ne se déclarent. Prisonnier d’un corps qui le trahit, Éden supplie Anaïs de fuir cette lourdeur qu’elle n’a pas choisie. Mais elle tient bon. Envers et contre tout : elle restera. Avec justesse et sensibilité, l’autrice met en mots ces combats perdus d’avance que l’on mène pourtant jusqu’au bout de soi, par amour, par loyauté, pour préserver ce nous dont la disparition prématurée ferait vaciller tout le sens.
L’empire des Habsbourg
Pieter M. Judson (trad. Johan-Frédérik Hel-Guedj), Perrin, 796 p., 21,95$
Judson nous offre là une synthèse dense et brillante de l’histoire compliquée de l’empire des Habsbourg. Le livre se concentre surtout sur l’histoire moderne (à partir du XVIIIe siècle) de ce qui allait devenir l’Autriche-Hongrie. Longtemps jugé durement comme faible et décadent, de surcroît partiellement responsable du début de la Grande Guerre, l’empire Habsbourg connaît un certain renouveau historiographique. Lucide sur ses défauts, Judson met aussi en valeur une créativité artistique et politique et une forme d’organisation mettant en avant une identité « impériale » que les dynamiques nationalistes n’ont pas permis de développer pleinement. Une lecture exigeante, mais éclairante! Quentin Wallut/La maison des feuilles (Montréal)
Tata
Valérie Perrin, Le Livre de Poche, 756 p., 19,95$
Après plusieurs livres à succès, Valérie Perrin, raconteuse de grand talent qu’on prend plaisir à suivre, échafaude encore une fois une œuvre captivante. Dans cette fresque familiale étonnante, Agnès apprend que sa tante Colette est morte, mais cette dernière a pourtant été enterrée trois ans auparavant. Après l’identification du corps, Agnès doit bien se rendre à l’évidence que sa tante a simulé son décès quelques années plus tôt. Elle essaie de dénouer les fils de ce mystère en écoutant les cassettes que Colette avait enregistrées pour elle et découvre ainsi la trajectoire singulière de la disparue, une cordonnière apparemment sans histoires, ainsi que les destins hors du commun d’autres personnes l’entourant.
Tout le monde aime Clara
David Foenkinos, Folio, 226 p., 18,95$
Clara, 17 ans, a un accident qui la plonge dans le coma pendant huit mois. Quand elle se réveille, elle n’est plus tout à fait la même ; elle est maintenant très sensible, comme « écorchée vive », percevant tout ce qui l’entoure, s’imprégnant sans le vouloir des tourments des autres. Ce don de voyance la fait souffrir, mais elle apprend à le canaliser. Son père, ayant quitté son emploi pour prendre soin d’elle, s’inscrit à des ateliers d’écriture avec un auteur qui a publié un seul roman quarante ans plus tôt. Il tente de comprendre les raisons de cette carrière avortée, mais c’est Clara qui détiendra la clé pour sortir l’écrivain de son marasme. Ce livre mélancolique sur l’amour, les hasards et les désillusions dépeint les oscillations qui surviennent au cours d’une vie, faisant bifurquer les trajectoires.
Granby au passé simple
Akim Gagnon, BQ, 344 p., 16,95$
Après Le cigare au bord des lèvres et précédant La dèche, ce livre s’inscrit dans une trilogie autofictive, empreinte d’humour et d’autodérision. Dans Granby au passé simple, Akim se remémore ses souvenirs de jeunesse et d’adolescence auprès de son père Pop et de son frère dans la maison mobile, en décrépitude, où il a grandi à Granby. Étant le confident de son père, il s’inquiète souvent pour lui, et c’est encore plus vrai quand ce dernier perd son emploi et sombre dans une dépression qui le rend amer et imprévisible. La solitude lui pèse également. Alors que les tensions se multiplient, Akim se réfugie dans ses cours de théâtre et sa passion pour le cinéma afin de s’extirper du quotidien. Même si leurs rapports sont souvent houleux, l’amour et la tendresse teintent aussi leur relation.
La Librairie du Vendredi (t. 1) : Un printemps au goût de mochi
Sawako Natori (trad. Jean-Baptiste Flamin), Pocket, 286 p., 15,95$
Chaque personne qui visite la Librairie du Vendredi, située dans une gare, en ressort avec l’ouvrage qu’il lui faut. Un jeune étudiant espère y dénicher un roman qu’il recherche depuis longtemps pour le rendre à son père. En plus de faire la rencontre de protagonistes colorés, il se joint à l’équipe et découvre la magie de l’endroit. Premier volet d’une tétralogie mettant en scène cette boutique mystérieuse, cette œuvre lumineuse et réconfortante s’avère une ode à la littérature et aux librairies, ce lieu de tous les possibles, comme le sont les livres.
Stella
Piergiorgio Pulixi (trad. Anatole Pons-Reumaux), Gallmeister, 540 p., 24,95$
Alors qu’elle comptait fuir son milieu malsain, Stella, une jeune femme populaire de 17 ans qui attirait autant la convoitise que la jalousie, n’a pas pu accomplir son dessein : elle a été assassinée. Son corps mutilé a été découvert sur une plage de Cagliari, en Sardaigne. Ce polar enlevant met de nouveau en scène Eva, Mara et Strega — ce dernier étant toujours perturbé par ses démons —, qui essaient de faire la lumière sur cette sordide affaire. Les gens de ce quartier malfamé où règnent corruption et violence cachent farouchement leurs secrets et les pistes se multiplient, compliquant l’enquête.
L’été de la colère
Elizabeth Lemay, Boréal, 176 p., 15,95$
Décoré du prix littéraire Janette-Bertrand, le récit L’été de la colère est, selon la dame même qui donne son nom à la récompense, « un livre que toute jeune femme doit lire ». Pamphlet retentissant dénonçant la culture patriarcale qui impose des règles inéquitables dans les rapports entre les hommes et les femmes, cet ouvrage recense les constats de l’autrice en la matière. Pour y arriver, Lemay convoque ses sœurs d’armes — Annie Ernaux, Nelly Arcan, Mona Chollet — pour dire ce qu’il en coûte d’être réduite aux apparences. Cherchant à s’émanciper de la convoitise masculine et revendiquant une liberté créatrice et fondamentale, elle réussit par l’écriture à dispenser une parole souvent tue et à s’incarner en sorcière vaudou, jetant un sort à toutes formes d’injustice.






