Michel Jean attendait dans le hall de son hôtel, rue Sherbrooke, près du Musée des beaux-arts de Montréal. Il a hoché la tête à l’arrivée du journaliste du Devoir puis salué un troisième homme sur son départ. C’était le voiturier de l’hôtel. Le passionné a lu plusieurs livres de Michel Jean, qui lui a donné en exclusivité et dédicacé le dernier, Nishim. Le roman publié au Seuil en France arrivera en librairie des deux bords de l’Atlantique dans quelques jours.
« C’est le gars qui s’occupe des voitures des clients et c’est un personnage de roman, un grand lecteur », a résumé le romancier en s’asseyant à une table du restaurant de l’hôtel.
Des lecteurs, Michel Jean n’en manque pas et ses décennies passées à l’écran de TVA le rendent aussi reconnaissable que Sophie Thibault. Pour faire court : c’est une vedette des lettres et des écrans.
Son mégasuccès Kukum (2020) s’est vendu à plus de 350 000 exemplaires, dont 300 000 rien qu’au Québec. On mesure l’exploit en se rappelant qu’il faut en écouler 3000 ici et 10 000 en France pour « brander » un best-seller.
Nishim poursuit la « mythologie familiale » amorcée avec Kukum. Le roman entrecroise les récits de deux cousines, Jeannette et Claude (mère de Michel), chacune petite-fille (nishim en innu-aimun) d’Almanda, la grand-mère (kukum). Elles incarnent deux trajectoires autochtones du Québec, deux destins de femmes innues au XXe siècle : l’une accompagnant la modernisation par la Révolution tranquille et ses suites ; l’autre cherchant à préserver le mode de vie traditionnel de son peuple après de terribles années de sévices et d’acculturation forcée au pensionnat et la destruction du territoire ancestral.
« La question des différents visages du racisme ou de la colonisation me travaille depuis longtemps parce que ça fait partie des angles morts », explique l’auteur installé au restaurant de l’hôtel. Il a bûché trois longues années sur le tapuscrit et même écrit Kabasa (2025) en temps de blocage sur Nishim.
« Ces deux femmes ont été les deux plus importantes de ma vie. J’ai commencé le livre après leur mort. J’ai fait beaucoup de recherches. À un moment donné, j’ai trouvé la structure, en deux temps : Jeannette allait porter le roman
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