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Nishim : Michel Jean écrit la vérité, « aux gens de décider ce qu’ils font avec »

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Sept ans après son immense succès Kukum, Michel Jean publie Nishim, articulé autour de deux petites-filles d’Almanda : Claude, la mère de l’écrivain, et Jeannette. Un roman qui met en lumière le vécu différent des Autochtones de la ville par rapport à ceux ayant grandi au sein de la communauté, et la grande noirceur qu’a représentée la Révolution tranquille pour les Innus.

Nishim, qui signifie cousine en langue innue, est la suite de Kukum, mais pas un Kukum 2, avertit Michel Jean.

Le roman suit, de leur enfance jusqu’au soir de leur vie, Claude, qui se sent à la fois différente dans sa ville d’Alma et dans la communauté de Pointe-Bleue où elle va régulièrement rendre visite à Almanda, et Jeannette, arrachée à sa famille et à son territoire pour être envoyée dans un pensionnat à 1000 kilomètres de chez elle.

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Nishim raconte les deux faces de la réalité autochtone au Québec, explique Michel Jean. Des deux côtés, il y a des traumas qui ont encore des conséquences.

Un angle mort de l’histoire du Québec

Avec ce roman, le journaliste à la retraite nous plonge dans des années 1960 et 1970 florissantes, mais dont la course à la modernité s’est faite au détriment des Innus.

Amputée de son territoire et de ses repères culturels en raison de la déculturation de ses enfants, la communauté a vu nombre de ses membres emportés par l’alcool, la drogue ou encore par le suicide.

On parle beaucoup de la Révolution tranquille comme d’une période très positive de création et de libération dans l’histoire du Québec. Mais les gens ne réalisent pas que ça a été la pire période – la grande noirceur – pour les Innus.

Une citation de Michel Jean, écrivain

Écrire Nishim a été éprouvant pour Michel Jean, remué par le fait de raconter des femmes [qu’il] aimait, toutes deux décédées il y a deux ans. Je suis sorti de là en cherchant mon souffle, comme quand on a nagé longtemps sous l’eau.

Une couverture de livre.

« Nishim », de Michel Jean, est publié aux éditions du Seuil.

Photo : Seuil

Contrer l’ignorance avec ses récits

Nishim paraît en cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Même sept ans après la publication de Kukum, Michel Jean reçoit, chaque semaine, des messages de gens lui disant : J’ai lu votre livre, j’ai honte. Qu’est-ce que je peux faire?

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N’ayez pas honte, leur répond-il. Ce que vous pouvez faire, c’est ce que vous faites, c’est-à-dire vous intéresser à ces questions et ouvrir votre esprit.

C’est l’ignorance, le problème, ajoute-t-il. J’essaie de la contrer en racontant des histoires qui jettent la lumière sur une part d’ombre dont on n’a pas souvent parlé.

Plutôt que de culpabiliser les gens ou de leur dire quoi penser, l’auteur a choisi de faire ressentir à ses lecteurs ce que ses personnages ont vécu afin de faire comprendre leur point de vue.

Comme l’a dit [la chanteuse] Elisapie Isaac : « Dans vérité et réconciliation, le mot très important est vérité. » Si on ne s’entend pas sur la vérité, il ne peut pas y avoir de réconciliation, dit-il.

Moi, j’écris la vérité et c’est aux gens de décider ce qu’ils font avec, souligne-t-il.

Ça ne peut pas durer comme ça

À quelques jours du scrutin provincial, Michel Jean constate, sans surprise, le silence des principaux partis politiques sur la question autochtone.

Il va falloir qu’ils se rendent compte que ça ne peut pas durer comme ça et que ça ne durera pas, alerte-t-il.

Pour être franc, cela m’inquiète, car on crée de la frustration et de la colère si on n’écoute jamais les gens et si on pellette de la neige par en avant, poursuit-il.

Est-ce que c’est normal que l’innu ou l’atikamekw, qui n’existent qu’au Québec, soient traités comme des langues étrangères? déplore-t-il. La protection du français, j’en suis, car c’est ma langue maternelle, mais les langues autochtones sont un vrai patrimoine national.

Pourtant, les Québécois ont évolué, observe Michel Jean. Elisapie Isaac est Inuk et chante en inuktitut. Elle a fait le tour du Québec : les gens étaient debout et émus. On n’aurait pas vu ça il y a 20 ans.

Les Québécois sont ouverts. Ils ont été tenus dans l’ignorance [sur la question autochtone]. Quand ils le réalisent, ils ne sont pas d’accord. Il faut une cohérence entre ce que les gens pensent et ce que leurs gouvernements font.

Une citation de Michel Jean, écrivain
Une femme chante dans un micro.

La chanteuse inuk Elisapie en concert au Festival international de jazz de Montréal en 2025

Photo : Benoit Rousseau

L’universalité de la question autochtone

La semaine dernière, Michel Jean était l’un des invités québécois de la Foire du livre de Göteborg, en Suède, où un jeune homme, très ému, lui a raconté comment Kukum lui avait ouvert les yeux sur la situation des Samis, ce peuple autochtone vivant au nord de la Scandinavie.

Se promener avec ses livres est un rêve d’enfant, mais le plus important est que les gens comprennent ce que tu écris, confie l’auteur. Au-delà du sentiment d’accomplissement, ça donne l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand que soi.

L’œuvre de Michel Jean suscite aussi un intérêt en France, où elle parle notamment aux Bretons, poussés par la République française à abandonner leur culture et leur langue, ou encore au Maroc, où les Berbères ont longtemps été marginalisés.

Pour lui, cette dimension internationale amène le reste du monde à être témoin de l’inaction politique au Québec. Un journaliste allemand m’avait dit : « On connaît notre passé sombre, mais on ne savait pas que le Québec en avait un aussi et on regarde le Québec et le Canada de façon différente maintenant.”

Dans la prestigieuse collection Cadre rouge

Nishim sortira vendredi en France. Pour la première fois, un des romans de Michel Jean intègre la prestigieuse collection Cadre rouge des éditions du Seuil.

Michel Jean y voit une reconnaissance de la qualité littéraire de ses livres, lui qui n’aime pas qu’on qualifie son style d’accessible.

C’est une écriture souvent dénudée, mais c’est volontaire. Je n’écris pas comme ça naturellement, ça me demande beaucoup de travail.

Une citation de Michel Jean, écrivain

C’est par souci de cohérence avec la façon de s’exprimer des Innus – taiseuse – que Michel Jean manie ainsi les mots, jusque dans les descriptions.

Si vous écoutez Joséphine Bacon, elle n’utilise pas de mots compliqués et elle fait des phrases courtes. Mais quand elle parle, une image te vient en tête, ajoute-t-il.

Nishim sera lancé ce mercredi soir à Mashteuiatsh, auparavant appelée Pointe-Bleue. Ensuite, Michel Jean partira pour une tournée des librairies du Québec. De vendredi à dimanche, il participera également au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

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