Image

Ryad Assani-Razaki plonge aux racines de son identité avec le roman «Les maîtres du sol»

Source : Le Devoir

Il y a quinze ans, Ryad Assani-Razaki remportait le prix Robert-Cliche pour son premier roman, La main d’Iman (VLB, 2011), un récit polyphonique prêtant voix à trois générations d’Africains aux destins tragiques imbriqués dans la violence, le désespoir et les nombreuses richesses de l’Afrique noire. Le second, Les maîtres du sol, atterri sur les tablettes des libraires il y a quelques semaines, est si ambitieux qu’il lui a demandé plus de dix ans de travail, de recherche et d’écriture.

Les maîtres du sol plonge le lecteur dans les dynamiques complexes de communautés africaines bouleversées par leurs premiers contacts avec les navigateurs européens. Divisé en deux sections, le roman se situe d’abord dans le royaume d’Eguafo, sur l’actuelle côte du Ghana, en 1498. Du haut du castelo d’Elmina, le premier fort d’occupation occidentale en Afrique, les Oburonis, guerriers marchands débarqués du Portugal, tentent de plus en plus de s’immiscer dans les affaires du royaume.

Dans le village d’Aldea, l’omanhene — le guide suprême — ne gouverne plus tout à fait seul. Alors que les anciens s’inquiètent de la perte des coutumes et des identités locales, d’autres voient dans la marchandisation de la terre une occasion de prospérité. Alors que les tensions augmentent au sein des communautés, une ivrogne assassine, en pleine rue, un Oburoni. Disparu sans laisser de traces, il laisse sa femme, Nantya, devenir la cible de tous les jugements, alors qu’elle tentera, aidée par un mystérieux guerrier que personne ne connaît, de sauver sa fille des griffes d’un destin qui lui échappe.

En deuxième partie, le roman se déplace à Tombouctou, dans un carrefour du savoir au cœur de l’Empire songhaï, alors que les visées impérialistes imposent une identité religieuse qui se heurte aux croyances locales.

Retour aux sources

C’est d’abord pour répondre à une quête personnelle que Ryad Assani-Razaki, né au Bénin en 1981, s’est lancé dans cet ambitieux projet d’écriture.

« Quand je suis arrivé au Canada, du jour au lendemain, mon identité s’est résumée à une chose : l’Afrique. Or, en Afrique, il y a beaucoup d’Africains, et très peu d’autre chose. On s’identifie donc plutôt par des critères socio-économiques ou géographiques, plutôt que par notre appartenance à une race. Ici, si je croise un Sénégalais, c’est mon frère, alors que ça ne l’était pas avant. Ici, la catégorisation des individus est physique. La culture est vue, elle n’est pas nécessairement vécue. Elle est imposée par un regard extérieur. L’identité que j’adopte au Canada est forgée par la manière dont les gens me perçoivent. Ça ne relève pas de qui je suis vraiment. J’ai donc commencé à remettre ça en cause, et à me demander à quoi ça ressemblerait si je me regardais avec mes propres yeux. »

L’écrivain, qui habite Toronto, a donc parcouru les ouvrages historiques et les ressources en ligne dans l’espoir de remonter à la source de son identité, à une époque — ici, les premiers contacts entre l’Europe et l’Afrique noire — qui expliquerait la trajectoire de son peuple.

Ses recherches l’ont donc mené à la fin du XVe siècle, dans le sud de l’Afrique subsaharienne, à l’époque où un peuple africain accepte pour la première fois l’implantation d’un pouvoir étranger chez lui. « C’est le début de l’idée de la colonisation, et ça a tout changé. Il y a un choix qui s’est fait qui a déterminé l’avenir du peuple. Au même moment, au nord, un empereur a décidé d’utiliser la religion comme outil politique, et de créer une nation en regroupant les gens autour d’une certaine idéologie. Ça explique aujourd’hui pourquoi 98 % de la population dans le Sahel, le Mali, le Nigeria est musulmane. Quand j’ai trouvé cette période, j’ai su que j’étais tombé sur quelque chose d’extraordinaire. »

Reprise de pouvoir

Au fil de ses recherches, Ryad Assani-Razaki a découvert une nation qui n’avait pas été entièrement privée de son agentivité. « Je crois que c’était important de montrer une Afrique qui fait des choix, plutôt qu’une Afrique qui se fait imposer des choses tout le temps. Cette lecture de l’Histoire me semble plus intéressante. Si on met toujours la faute sur les autres, on se déresponsabilise par rapport aux changements que l’on peut mettre en place aujourd’hui. Car si on a fait un choix, une erreur, ça veut dire qu’on peut faire un autre choix. »

Comme le reflète son livre, qui emprunte au conte africain pour raconter la réalité d’un village de pêcheurs, avant de se déplacer dans un carrefour du savoir en pleine effervescence, lieu de déploiement d’une pensée complexe et érudite, l’Afrique est

[...] continuer la lecture sur Le Devoir.

Dans cet article

Titre: Les maîtres du sol

No books found for your query.

Palmarès des livres au Québec