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L’autrice originaire de Baie-Comeau Noémie Pomerleau-Cloutier lance son quatrième recueil de poésie. Dans Ouvrage secret, publié aux éditions La Peuplade, se croisent poésie, prose et art textile. L’écrivaine qui habite désormais le Bas-Saint-Laurent rassemble 40 témoignages de deuil transformés en 40 poèmes et 40 motifs de broderie.
Cette démarche créative puise ses racines dans la perte soudaine de son père alors que l’autrice n’avait que 19 ans. Confrontée au rythme effréné du quotidien sans véritable lieu pour accueillir sa peine, elle avance que ce manque d’espace pour traverser le deuil est généralisé dans la société.
Je me suis rendu compte au fil des années que beaucoup de personnes ressentaient la même chose que moi
, a-t-elle souligné au micro de Bonjour la Côte. Beaucoup de personnes venaient vers moi quand ils perdaient un ou une de leurs proches.
Une mosaïque de pertes
Pour bâtir son livre, l’autrice a lancé un appel à témoignages. La réponse a été fulgurante, remplissant sa liste d’attente en moins de 20 heures. Ça me confrontait beaucoup de devoir dire non à des gens, parce que j’ouvrais un espace d’accueil
, admet Noémie Pomerleau-Cloutier.
Par respect pour les participants, qu’elle considère comme des experts de leur vécu
, elle tenait à les rémunérer grâce à l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada. Le choix du nombre 40 fait d’ailleurs écho aux 40 jours de deuil présents dans plusieurs traditions culturelles.
La broderie est l’un des exutoires dont s’est armée Noémie Pomerleau-Cloutier au cours des années. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Xavier Lacroix
On a du deuil périnatal, on a la perte d’une vie qu’on a rêvée, le fait de ne pas avoir eu un diagnostic de neurodivergence assez tôt dans sa vie pour mieux se comprendre. La maladie, des ruptures amoureuses, la perte d’un animal. Il y a toutes sortes de choses là-dedans.
Une réalité sociale et un acte politique
Se situant à la frontière de l’essai poétique, Ouvrage secret consacre une large part de ses réflexions aux dimensions sociales et politiques de la perte.
Noémie Pomerleau-Cloutier met en relief le vécu des femmes ainsi que des personnes non binaires ou avec une identité de genre fluide qui, selon elle, portent très souvent la charge du soin et de l’accompagnement des proches touchés par un deuil. Pour l’écrivaine, le deuil est un acte intrinsèquement politique.
Avoir le temps de vivre, d’expérimenter une perte, ça présuppose certaines conditions socioéconomiques, comme un toit sur la tête, des assurances, des gens autour qui sont capables de nous aider
, donne en exemple l’autrice.
Malgré tout, elle rappelle qu’il est essentiel de se donner le droit de vivre ses émotions, loin des exigences de productivité imposées par le système. Face aux pertes inévitables du parcours humain, Noémie Pomerleau-Cloutier conclut que l’empathie, c’est la solution
.
D’après une entrevue de Mathieu Pineau







