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La chute de l’empire québécois du roman historique

Source : Le Devoir

Pendant des décennies, le roman historique québécois a été très, très populaire. Les livres de Micheline Lachance, d’Arlette Cousture, de Louise Tremblay-D’Essiambre, de Jean-Pierre Charland ou de Michel David trônaient toujours dans les palmarès. Mais le dernier bilan Gaspard des ventes de livres révèle un effondrement en 2025. Le roman historique est-il en train de passer à l’histoire au Québec ?

Les ventes en dollars de romans historiques faits par des éditeurs québécois ont chuté de 34 % l’an passé, par rapport à 2024, confirme Patrick Petitclerc, directeur des ventes et du développement de Gaspard.

Vraiment ? « J’ai failli faire une crise d’apoplexie quand j’ai lu que Le Devoir écrivait sur “l’effondrement” du roman historique », répond en riant Jean Paré, directeur général de Saint-Jean Éditeur.

« Le roman d’époque, chez moi, ne faiblit pas, ou alors seulement si je compare aux ventes d’il y a 12 ans, où tout se vendait un peu plus. »

L’éditeur publie Louise Tremblay-D’Essiambre, la reine du roman historique québécois. C’est elle qui a lancé la série historique à tomes multiples, avec ses six tomes des Années du silence, en 1995. La formule a été reprise ensuite par à peu près tout le monde.

Il y a une douzaine d’années, Jean Paré vendait autour de 32 000 exemplaires des livres de Louise Tremblay-D’Essiambre. « Aujourd’hui, ce serait entre 18 000 et 22 000. Ce n’est pas un effondrement… » souligne-t-il.

Aux éditions Hurtubise, même son de cloche. Les grandes années du roman historique se sont vécues au tournant des années 1990, avec les Hélène de Champlain, de Nicole Fyfe-Martel (trois tomes, à partir de 2003), et La poussière du temps, de Michel David (quatre tomes, à partir de 2005).

Mais « le lectorat est toujours là. En général, la moyenne annuelle est en légère baisse, comme les autres genres », précise le vice-président du groupe HMH, Arnaud Foulon.

« Quand on a dans son groupe Louise Tremblay-D’Essiambre et France Lorrain, qui publient au moins deux romans par année, et qu’on sait qu’on a déjà 60 000 livres vendus, on dort mieux la nuit, comme éditeur », ajoute Jean Paré.

Patrick Petitclerc, du palmarès Gaspard, rappelle qu’il est rare lors d’une tendance à la baisse que les résultats soient les mêmes d’un éditeur à l’autre, car ils dépendent de l’offre et du succès des œuvres en librairie.

« En 2025, pour certains éditeurs, la baisse est très importante. Pour d’autres, elle est plus modérée. Quelques-uns enregistrent même une hausse. Un gros morceau de la baisse semble venir du manque de best-sellers dans cette catégorie en 2025. »

En 2024, 12 romans historiques québécois ont fait plus de 2000 ventes, précise-t-il. En 2025, ils n’étaient que deux à atteindre ce chiffre.

Le contre-exemple de Fourth Wing

Arnaud Foulon croit que l’abandon des grandes séries et des films historiques, sur les écrans, qui ont fait tant battre le cœur des spectateurs, a une incidence sur l’intérêt envers les romans historiques.

Des éditeurs ont aussi mentionné que la concurrence a été forte, jusqu’à inonder le marché et les Costco de textes vite faits, de mauvaise qualité.

La directrice du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRELQ), Marie-Pier Luneau, rappelle de son côté que le livre populaire est soumis aux modes, qui durent en général de 10 à 15 ans avant de laisser place à de nouveaux récits.

« De manière générale, le roman historique relate un passé clos. S’il présente des problèmes, il les résout — c’est un temps fermé, où les lecteurs ne se sentent pas en danger », explique Mme Luneau.

En ce moment, un grand succès du monde du livre est Fourth Wing (Rebecca Yarros), donne-t-elle en contre-exemple. Le roman narre la formation très violente d’apprentis dragonniers, quasi constamment en danger de mort, qui doivent défendre leur territoire dans une guerre meurtrière.

« Massivement lues par la jeune génération — qui n’aime pas du tout, en général, le roman historique —, ces productions indiquent un autre rapport au réel, dans l’acte de lecture », ajoute la professeure et chercheuse.

« Les lectrices de Fourth Wing peuvent faire constamment le parallèle avec les nombreuses guerres qui se déroulent actuellement. Plutôt qu’un rapport d’éloignement comme dans le roman historique, c’est un rapport d’identification qui se joue dans l’acte de lire », croit-elle.

Mais voir un lecteur mourir…

Caroline Fortin, présidente des Éditions Québec Amérique, a décidé en rachetant la maison en 2021 « d’arrêter de remplir des cases “historiques” dans [son] catalogue. On se forçait pour trouver des titres ».

« Je crois que le modèle connu de la série de plusieurs tomes, qui

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