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Un film bouleversant sur les conditions de travail des femmes de ménage. A voir le 27, à 1 h 32
« C’est le monde de la propreté. » Il faut sourire, redoubler de politesse, ne pas se faire voir. Et laisser les cabines, même les plus ravagées, d’une netteté impeccable.
À bord des traversiers faisant la liaison aller-retour entre Ouistreham, en France, et Portsmouth, en Angleterre, voilà les mots d’ordre lancés comme des injonctions à celles (puisque ce ne sont que des femmes) que ’on emploie pour faire le ménage.
La réalité des femmes de ménage
Mais derrière la façade, derrière l’effacement de ces femmes au travail, personne ne voit la fatigue, l’usure du corps et de l’esprit, l’isolement, la précarité constante, le mépris à peine voilé qui leur est servi chaque jour, partout.
C’est ce que va découvrir Marianne, nouvelle employée à bord, mais également écrivaine qui entend bien « rendre visibles les invisibles » en signant un ouvrage sur le travail précaire. C’est aussi ce qu’a vécu qu’a vécu la journaliste Florence Aubenas, autrice du récit Le quai de Ouistreham, qu’Emmanuel Carrère (La moustache) adapte ici.
Un regard sans fard sur l’exploitation
Une plongée dans la brutalité crue du réel. Une immersion dans ce que le monde du travail peut avoir de plus déshumanisant. Une confrontation, aussi, pour celle qui ne vit cette damnation libérale qu’un instant, dans l’idée, certes, de faire connaître cette réalité, mais qui pourra s’en sauver d’un claquement de doigts. Contrairement à ses collègues.
Les enjeux sont clairs, explicités sans faux-semblants, avec franchise (peut-on mentir pour dénoncer? N’est-il pas plus odieux encore de partager cette misère en ayant un filet de sécurité?).
Et Emmanuel Carrère filme frontalement ce monde du travail odieux, sans tentation sensationnaliste ou moralisatrice. Au contraire: l’exploitation est détaillée, au gré de scènes impressionnistes qui donnent à voir, à vivre, ce harassement quotidien, cette fatigue constante.
Juliette Binoche au milieu de comédiennes non-professionnelles
Des femmes au bout du rouleau, oui, mais des femmes qui survivent grâce à l’entraide, à la solidarité, à la camaraderie: c’est ce que découvre Marianne, formidablement interprétée par Juliette Binoche.
On connaissait le talent de la comédienne à se fondre dans n’importe quel récit, lui donnant un surplus d’humanité et de vérité. Voilà qu’on la (re)découvre plus engagée que jamais (elle a voulu que cette adaptation soit réalisée), refusant de « jouer la pauvre », mais dansant de façon émouvante, et sans jamais les surclasser, avec une poignée de comédiennes non professionnelles qui, chacune, incarne un visage de cette misère à qui l’on demande tout, sauf d’être vue.
Ouistreham, à voir le 27 septembre, à 01 h 32
La bande-annonce (source : YouTube)






