Saga familiale irlandaise tragicomique, finaliste du Booker Prize en 2023, La piqûre d’abeille, le 4e roman de l’Irlandais Paul Murray, suit les Barnes — Dickie, Imelda, Cass et PJ —, une famille aisée dont la vie bascule après la crise financière de 2008. Entre secrets enfouis, chantage et désillusions, chacun gère ses propres démons dans une atmosphère de plus en plus caractérisée par l’isolement. Portrait grinçant de l’Irlande contemporaine porté par un humour noir bien assumé, entre déclin socioéconomique et dérèglements climatiques, ce roman touffu raconte un déraillement au ralenti.
Au Japon, au pied du mont Asama, durant l’été 1982, un jeune architecte découvre, entre les exigences de son métier et les détours d’un amour naissant, un monde où le temps semble suspendu. Avec La maison d’été, Masashi Matsuie a composé un roman délicat sur la création, la mémoire et la fugacité de l’instant. Cet ancien éditeur japonais né en 1958 a reçu en 2012 le prix Yomiuri de littérature pour ce premier roman, de formation tout en finesse, campé à l’ombre d’un volcan en activité.
Saga familiale « gothique » sur trois générations d’un clan aristocratique hongrois, Lázár, du jeune écrivain suisse allemand Nelio Biedermann, nous entraîne du début du XXe siècle jusqu’à l’effondrement de cette lignée sur fond de guerres mondiales, de la chute de la monarchie des Habsbourg jusqu’au soulèvement hongrois de 1956 et à l’exil. Un premier roman ambitieux, inspiré de la propre histoire familiale de l’auteur.
L’écrivaine russe Gouzel Iakhina (Les enfants de la Volga), qui vit aujourd’hui au Kazakhstan, nous revient avec un hommage au grand réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein — surnommé « Eisen » par ses proches —, pionnier du septième art et auteur en 1925 du Cuirassé Potemkine. À travers la fabrication de chacun de ses films, en contexte de révolution et de guerre, Eisen raconte la vie hors du commun de ce créateur génial, tout en montrant les menaces qui planent sur la liberté artistique dans un État totalitaire.
Avec Un canon de chambre noire, roman érudit, ludique et mélancolique, Enrique Vila-Matas (Bartleby et compagnie, Le mal de Montano) poursuit une œuvre bibliophile qui tient à la fois du récit biographique tordu et de l’autofiction ironique, explore une fois de plus les frontières poreuses entre littérature, mémoire et réalité. À travers une galerie de personnages, de lectures et d’obsessions, l’écrivain espagnol transforme le récit en une chambre noire où les images du passé se recomposent et se déforment.
À Berlin, par une journée de septembre caniculaire, Ellen retrouve son meilleur ami, Jakob, qui vient d’avoir 50 ans et qui refuse de célébrer cet anniversaire. Réalisateur en panne de carrière, hanté par une enfance marquée par l’alcoolisme de son père et le suicide de sa mère, Jakob voit soudain ressurgir les figures de son passé au fil de rencontres fortuites, dans une déambulation douce-amère à travers Berlin. L’Allemande Lucy Fricke (Les occasions manquées, La diplomate) propose, avec La fête, une séduisante tragicomédie sur le vieillissement, le deuil, les pertes et la rédemption, où la mélancolie et l’humour se répondent.
Imaginez qu’un matin, tous les Palestiniens d’Israël disparaissent mystérieusement, laissant derrière eux des villages et des maisons vides. Dans Le livre de la disparition, la journaliste et écrivaine palestinienne Ibtisam Azem, basée aujourd’hui à New York, fait alterner les voix d’un jeune Palestinien de Jaffa hanté par la mémoire de sa grand-mère et de la Nakba, et d’Ariel, son ami israélien qui doit affronter le vide laissé par cette absence. À travers cette disparition allégorique, Azem se penche sur la mémoire, l’effacement, la culpabilité et la coexistence israélo-palestinienne, se demandant ce que signifierait vraiment un pays « vidé » de ses Palestiniens.
Récit se déroulant au cœur de l’Écosse postindustrielle des années 1990, Ici, maintenant (Métailié, 19 septembre), de Tom Newlands, nous entraîne dans quatre années de la vie de Cora Mowat, une adolescente vive et débordante d’énergie qui doit affronter la pauvreté et les relations toxiques. Dans ce roman d’apprentissage s’inscrivant dans la foulée de Shuggie Bain, de Douglas Stuart, l’écrivain écossais explore la réalité de grandir dans un coin perdu de l’Écosse tout en rêvant d’une vie différente, aussi lointaine qu’inaccessible. Un premier roman salué pour son authenticité et sa vitalité, qui aborde le TDAH et la résilience.
Avec Mille choses, l’écrivain et journaliste espagnol Juan Tallón, connu pour sa plume mêlant ironie, invention formelle et regard acéré sur notre époque, signe une satire nerveuse de la vie contemporaine dans laquelle, en une journée de canicule avant le début des vacances, un couple urbain, parents d’un jeune enfant, tente de jongler entre travail, obligations, stress et imprévus. Avec une narration tendue comme un thriller, le roman interroge notre obsession de l’urgence et de la productivité.
Moment clé de la guerre civile espagnole, la bataille de l’Èbre a fait rage pendant dix jours en juillet 1938, laissant derrière elle près de 20 000 morts des deux côtés du conflit, nationalistes et républicains. Avec Ligne de feu, salué comme une grande fresque épique et antimilitariste, comparé à l’Iliade, Arturo Pérez-Reverte (Le cimetière des bateaux sans nom) nous plonge au cœur de l’un des épisodes les plus sanglants de cette guerre fratricide, qu’il raconte ici du point de vue des deux camps. Maître du roman historique, l’Espagnol mêle dans cette immersion autant sa fiction que les faits de l’histoire afin de restituer, sans manichéisme, l’expérience des combattants ordinaires.
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