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Poésies pour réenchanter l’automne du monde

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Marjolaine Beauchamp nous a très souvent jetés à terre par sa verve, sa poésie aux loges du désespoir, sculptée dans la tiraille du pouvoir, de l’oppression. C’est une battante qui ne laisse personne derrière, et elle nous relève — nous élève, même — de sa lumière, nous invitant à prendre part à la résistance et, idéalement, à l’amour. Son titre est annoncé comme un recueil de « poèmes, billets de radio, visuels, inédits », fruits de ses nombreuses apparitions sur scène et au micro, notamment à Radio-Canada. Sa fougue s’est manifestée par le truchement de nombreux genres ces dernières années, mais sa dernière poésie, Fourrer le feu, remonte à 2016. Ce recueil est attendu. Il faudra aussi surveiller, aux Hurlantes éditrices, le retour en poésie de Jean-François Nadeau, dont le premier recueil, paru à L’écrou, de même que son adaptation sur les planches, avait fait forte impression. Avec Vital (9 septembre), il nous propose une « biographie non autorisable » sous « la forme d’un conte pour enfants pour adultes ».

Le plus récent recueil de Paul Chanel Malenfant, Au passage du fleuve, lui a valu le prix du Gouverneur général. Au cœur de sa nouvelle proposition se déploie une phrase d’Albert Cohen : « J’ai été un enfant, je ne le suis plus et je n’en reviens pas. » Le poète, qui forge sa poésie depuis plus de cinquante ans, renoue avec les sillons d’une enfance obsédante et convoque de grandes figures familiales déjà interpellées et façonnées dans de précédents livres. Les poèmes, promet-on, se révèlent comme autant d’exercices « de résonance mémorielle, où apparaissent les détresses et les enchantements d’un imaginaire enfantin devant l’état du monde ». Charlotte Francœur, par ailleurs codirectrice du Noroît, fera paraître L’insidieux soleil, pour toujours (22 septembre), où un événement laisse « miroiter la possibilité d’un rapprochement » entre un père et sa fille en rupture de lien, « avant d’en révéler les failles et l’inachèvement ». Une poésie « entre le récit familial et le documentaire médical, qui explore les formes intimes de l’éloignement et de l’abandon ».

Le premier recueil de Sarah-Louise Pelletier-Morin, Le marché aux fleurs coupées (2023), est arrivé comme une fulgurance : finaliste au prix Alain-Grandbois et lauréat du prix Émile-Nelligan. La poétesse, par ailleurs collaboratrice au Devoir, jongle une fois de plus avec l’intime, le délicat et notre propre finitude, nous conviant à considérer sous un nouvel angle ce qui lie, ce qui nous délie : « Nos vies entières ne reposent-elles pas sur un espace imperceptible, un au-delà de notre expérience ? La transparence est peut-être le moyen d’y accéder, une voie vers le réenchantement du monde. » La collection « Lames » accueillera aussi le nouvel opus de Noémie Pomerleau-Cloutier. Célébrée pour ses recueils Tête boule disco (Boréal, 2024) et La patience du lichen (Peuplade, 2021), notamment, elle désire, avec Ouvrage secret (7 octobre), « donner un sens aux pertes ». Courtepointe de quarante témoignages de gens endeuillés, elle y « pratique l’art de la suture et en vient à broder son propre poème », afin de déposer son propre deuil.

Dans la foulée de son premier recueil de poésie, Pont Rhodia (Quartanier, 2018), Xavière Mackay confiait que, pour parvenir à écrire et à raconter « l’essence de son monde », il lui fallait surtout, d’abord, être « disponible ». Voilà une posture qu’elle semble reconduire dans sa plus récente poésie, Toute bonne chose, où elle « porte un regard plus scrutateur que jamais sur le lieu qu’elle habite et qui l’habite en retour ». Dans une langue pudique et minimaliste, elle « se concentre sur l’infime, le ténu, le quasi imperceptible », distillant des petites choses de nos vies le présage de « la perte de nos certitudes, de nos illusions, de ceux qu’on aime ». Dans l’écho du quotidien, les ondes s’amenuisent, se délitent, puis s’effacent : « Je somnole au son de la dernière manche du match. Blue Jays contre Phillies. Jean le regarde juste à côté sur son téléphone. Auguste dort. Bichette est au bâton. Dehors, pas un nuage. Que des étoiles. »

Premiers recueils

La rentrée est aussi l’occasion d’ouvrir la porte aux battements de cœur inédits. Parmi les nouvelles voix, Natalie Fontalvo (Là où l’espagnol me fait mal, Lézard amoureux, 14 octobre) dédouble sa langue et se pose entre « l’exil, la mémoire et le désir d’appartenance », « créant un espace de rencontre entre l’hiver et la savane, la glace et la mangrove ». La voix de Flavie Roy-Lévesque (Après le feu des bleuets, Poètes de brousse, 5 octobre) s’égratigne quant à elle dans une saine colère contre l’inertie et, assoiffée de splendeur, nous propose une poésie « entre visions d’apocalypse et essors de beauté brute ». Dominique Bernier-Cormier (Inéclatable, Perce-neige, 17 novembre) publiera pour la première fois sa poésie en français,

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