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En 2019, Marilyne Busque-Dubois publie un premier recueil de poésie, Carnet brûlé (du monde qui crie). Elle y relate son expérience en Colombie-Britannique, où elle cherchait des morilles à travers les paysages brûlés. Son écriture témoignait déjà d’une catastrophe et de son désir de partager en mots ce que la nature alentour avait subi.
Avec Inondables, l’autrice revient à nouveau sur une tragédie, vécue cette fois-ci intimement, puisque Marilyne Busque-Dubois fait partie du millier de victimes évacuées lors des inondations provoquées par la crue de la rivière du Gouffre le 1er mai 2023.
De cette épreuve au long cours, elle construit et alterne un récit en deux approches. Il y a bien sûr le drame en lui-même et ses conséquences dans le temps. Il y a les considérations financières et familiales, la patience des uns et des autres pour la soutenir, elle et sa famille. Le combat contre la moisissure et les assurances, sans oublier l’empathie de l’entourage et des élus qui s’amenuise plus rapidement que les ressources nécessaires qu’il faut à des sinistrés pour revenir de l’impensable.
En même temps, Marilyne Busque-Dubois s’inspire des réactions observées dans la nature où le vivant non-humain
emploie différentes techniques en fonction des confrontations auxquelles il fait face. Ce sont ces comportements dictés par l’instinct (ou des milliers d’années d’évolution) qui donnent leurs noms aux différentes parties du livre : enraciner, absorber, muer, migrer, mordre, ployer… L’autrice fait siennes ces façons d’être, pour lutter contre la cascade d’épreuves qui ne semble jamais sur le point de s’interrompre.
Un récit multiple
Elle applique ces comportements dans le présent, mais aussi à l’échelle de son existence et d’autres moments vécus. Elle affirme ne pas vouloir écrire un récit post-apocalyptique
mais plutôt raconter une expérience de joie et de transformation
.
L’autrice relève ce défi dans un genre résolument écoféministe, où la domination des femmes et l’exploitation de l’environnement résultent des mêmes structures de pouvoir. On y suit les observations qu’elle a menées dans la nature, sa connaissance de la botanique, mais aussi ses réflexions sur la violence des hommes envers les animaux ou celle dont elle a été elle-même victime. Le tout vient bâtir un récit complexe et néanmoins prenant.
L’expérience est aussi stylistique. Marilyne Busque-Dubois fait appel à sa connaissance de l’art des mots. Elle est encore un peu poète dans la façon dont elle joue avec les termes, elle se livre comme dans un journal intime à travers lequel elle consignerait ses émotions au fil des pages. Parfois, elle laisse aller son esprit à la manière d’un monologue intérieur.
Marilyne Busque-Dubois maîtrise son flot et, même si elle force le lecteur à la suivre dans plusieurs directions, jamais elle ne déborde ni ne submerge. En soi, Inondables est un premier roman, mais c’est un premier roman qui atteste d’une profonde expérience littéraire. Une écriture que l’autrice qualifie en fin d’ouvrage de biosensorielle
.






