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Mais comment écrivent-ils, nos écrivains ?

Source : Le Devoir

Mais comment écrivent-ils, nos écrivains ? Sur quels papiers, quels écrans ? Éric Chacour, Anaïs Barbeau-Lavallette, Jean-Christophe Réhel, Mélikah Abdelmoumen et Audrée Wilhelmy se livrent (ha !) au Devoir.

« Watchez-nous bien continuer à écrire », a lancé la poète Marie-Hélène Voyer sur Facebook. Elle réagissait, à chaud et en poésie, à la saga littéraire autour de l’écrivain Thélyson Orélien. « [Watchez-nous ben] écrire », poursuit-elle, « dans du temps inventé, sur le coin collant de nos tables de cuisine, sur des bouts d’enveloppes déchirées. »

Tous les auteurs d’ici n’écrivent pas ainsi.

« Chaque fois que je me remets à un manuscrit, je dois le relire au complet depuis le début, avant de continuer. C’est complètement chronophage ! » confie en riant l’autrice Mélikah Abdelmoumen. Celle qui a signé Petite-Ville et Baldwin, Styron et moi (Mémoire d’encrier, 2024 et 2022) ne fait « plus rien à la main ». « Pas assez vite, ça m’énerve, mon écriture n’est pas belle. » Elle a un rituel. Le plus tôt possible le matin, elle commence par lire. Puis, elle écrit, « avec un gros café au lait ».

« Il y a des moments où j’arrête de m’obstiner devant mon écran. Mon travail se poursuit en faisant du repassage, en marchant, en conduisant. Je me mets en “phase éponge” », pour observer. « Vraiment, je ne sais pas ne pas écrire », dit-elle, en riant de la posture que sa phrase impose. « Je suis heureuse quand j’écris, même quand je m’arrache les cheveux pour résoudre des problèmes. »

Anaïs Barbeau-Lavalette, réalisatrice et autrice de La femme qui fuit et Femme forêt (Marchand de feuilles, 2015 et 2021), a elle aussi besoin d’un rituel d’écriture. Elle doit sortir de chez elle, écrit-elle de Göteborg, en Suède, où une délégation québécoise du livre est en mission d’affaires et de séduction. « Un chalet, une résidence empruntée, un parc même. Une bougie. »

Elle se lève très tôt, 5 heures du matin, dans la solitude. « Et j’écris sans arrêt ou presque, même quand c’est mauvais, jusqu’à environ 13 h. […] Après, plus de cerveau. Je pars marcher ou faire du vélo ou faire du ski de fond avec mes idées. Et je recommence le lendemain. » Elle fonctionne ainsi, dit-elle, par sprint, retraite, plongée.

Musique, voix et téléphone

« J’écris souvent sur des musiques instrumentales », a répondu Éric Chacour, aussi depuis la Suède. L’auteur de Ce que je sais de toi (Alto, 2023) constitue des listes musicales pour chacun de ses projets, choisissant souvent les œuvres de compositeurs de cinéma, comme Ludovico Einaudi. « J’ai l’impression que ça m’aide à visualiser la scène que je dois écrire », dit-il. Et « je récite systématiquement à voix haute. Si une phrase ne “glisse” pas à l’oreille, elle ne fonctionnera pas à la lecture ».

L’auteur et collaborateur au Devoir Jean-Christophe Réhel a signé un long poème sur les réseaux sociaux cette semaine. Dans Poème pour Pangram, il dit : « Je refuse de remplacer cependant par mais / simplement parce que cependant aurait l’air / statistiquement louche / Je refuse de mal écrire exprès / Je refuse de casser une phrase / uniquement pour prouver que j’ai des doigts ». L’outil de détection d’usage de l’intelligence artificielle Pangram a évalué à 100 % la probabilité que son texte ait été généré par des robots langagiers.

Il écrit essentiellement sur Word, mais aussi beaucoup sur son téléphone, indique celui qui a signé Ce qu’on respire sur Tatouine (Del Busso, 2018) et La fatigue des fruits (L’Oie de Cravan, 2018). « J’ai des milliers de petites notes depuis que j’ai un téléphone. »

Laissez passer les p’tits papiers

Audrée Wilhelmy, elle, écrit à la fois sur l’ordinateur — Word et Scrivener, Antidote, et en conversation avec l’IA — et dans des carnets. « Quand l’idée émerge, j’ai besoin de taper vite » pour jouer ensuite avec les formes. Elle recopie ensuite ses mots dans un carnet, pour « le plaisir esthétique ». Quel genre de carnet ? « Je suis un peu psychorigide. Avant, c’étaient toujours des Moleskine », indique l’autrice de Peau-de-sang et d’Incante (Leméac, 2023 et 2025).

Maintenant, elle travaille sur « du papier qui coûte ben trop cher », en choisissant parmi une douzaine de stylos-plume aux pointes et aux couleurs d’encre différentes, mélangeant elle-même les teintes pour répondre à son goût exact. « Il y a un plaisir sensoriel fort dans le geste d’écrire à la main, et c’est un temps d’observation du texte. Je vois mieux les répétitions, les cadences. » L’autrice peut recopier sur une page quatre versions différentes d’un paragraphe avant de le rejeter dans Word.

« Quand on écrit, on est des chiffonniers, on ramasse des lambeaux du réel tout le temps », illustre à son tour la poète Marie-Hélène Voyer. Son plaisir d’écriture, l’autrice d’Expo habitat et de Précieux sang (La Peuplade, 2018 et 2025) le trouve dans le doute. « J’adore ne pas savoir, chercher. » Elle écrit dans des carnets

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