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«La piqûre d’abeille»:une petite apocalypse

 

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L’Irlandais Paul Murray propose une saga familiale tragicomique immersive et explosive.

Roman dodu (près de sept cents pages) découpé en cinq parties, La piqûre d’abeille se déroule dans une petite ville irlandaise peu après la crise financière de 2008, où les Barnes — Dickie, Imelda, Cass et PJ — projettent à la ronde l’image d’une famille prospère et heureuse. Mais sous ces apparences se prépare une véritable dégringolade.

Dickie est un concessionnaire d’automobiles au bord de la faillite, propriétaire de l’entreprise que lui a cédée son père, parti s’installer en Algarve pour se la couler douce. Plus ses affaires vont mal et plus Dickie se découvre un intérêt pour les dérèglements climatiques, les émissions de CO2 (auxquelles son champ d’activité contribue directement), les scénarios d’effondrement et le survivalisme. Mais cette catastrophe, la craint-il ou la souhaite-t-il ?

Son épouse, Imelda, une femme à la beauté légendaire dans toute la région, mais issue d’une famille pauvre, reste au foyer à feuilleter des magazines de mode et à regarder le plafond. Désœuvrée, intéressée surtout par les moyens de dépenser de l’argent, elle a des humeurs « plus vacillantes qu’une lanterne sur le pont d’un navire chahuté par la tempête » — surtout quand il lui faudra commencer à mettre ses vêtements en vente.

Leur fille adolescente, Cassandra, 16 ans, semble obnubilée par la belle Elaine, sa meilleure amie, et ne pense qu’à la suivre à Dublin, la capitale irlandaise, pour étudier au prestigieux Trinity College. En attendant, elle trouve refuge dans l’alcool et dans la poésie, et va découvrir qu’il n’existe pas de photos du mariage de ses parents parce qu’une abeille aurait, semble-t-il, piqué sa mère au visage durant la cérémonie…

PJ, 12 ans, fasciné par les jeux vidéo et par les mœurs des insectes, échange pour sa part frénétiquement avec un « ami » de son âge qu’il s’est fait en ligne. Le garçon, qui habite à Dublin, l’encourage à fuguer et l’aide à préparer minutieusement son escapade, seule façon à ses yeux de mettre fin à la « spirale infernale » dans laquelle sa famille semble évoluer depuis quelque temps.

On l’aura compris : chacun des membres de cette famille regarde ailleurs, cherche une ligne de fuite. Secrets enfouis, mensonges en série, chantage et désillusions : tout en étant intimement lié aux autres, chaque personnage devra faire face à ses propres démons. Faisant des allers-retours entre le présent de cette catastrophe annoncée et le passé, où se trouvent les clés de plusieurs des problèmes contemporains de la famille Barnes, Paul Murray nous dévoile au compte-gouttes la chaîne de secrets qui tient le roman.

Habile autant que volubile, accélérant peu à peu le rythme jusqu’à une finale « catastrophique » et ouverte, le romancier irlandais a été, avec La piqûre d’abeille, finaliste du Booker Prize en 2023 — son second roman, Skippy Dies, avait fait la première sélection en 2010. Une saga familiale tragi-comique immersive, un déraillement de train au ralenti que rien ne semble pouvoir arrêter.

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Titre: La piqûre d’abeille

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