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Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’illustrer des livres?
Faire un livre, c’est toute une histoire!
Depuis que j’ai mis les yeux devant un album de bande dessinée, la magie est partie de là. Ce que j’aime dans la réalisation d’une bande dessinée ou d’un livre jeunesse, c’est trouver l’idée par une phrase, un mot, un gribouillis, trouver les traits de caractère d’un personnage, choisir le rythme des cases ou des pages pour son découpage et réaliser la couleur, qui est une de mes étapes préférées.
J’aime humer l’odeur des livres fraîchement sortis des presses, ça me rappelle mon cours d’imprimerie du secondaire où on avait appris toutes les étapes pour imprimer notre projet de cartes de Noël en couleurs. Je m’en souviens comme si c’était hier, de l’odeur de l’encre qu’on appliquait sur les rouleaux, le son de la presse offset qui tournait à fond. J’étais étonné de voir le résultat final. Mon dessin, que j’avais réalisé sur une simple feuille blanche, se retrouvait maintenant imprimé en plusieurs exemplaires couleurs entre mes mains. Je m’étais dit : « Hé! je vais pouvoir l’offrir à plusieurs personnes », comme à ma famille d’accueil, qui n’a pas semblé trop s’y intéresser. Elle semblait s’en foutre comme dans l’an quarante. Lol!

Comment est né ce projet de bande dessinée sur Corridart (La Pastèque)?
La découverte de Corridart vient de ma lecture du livre Déclics : Art et société acheté quinze ans plus tôt dans une librairie usagée de la rue Saint-Denis. Cet ouvrage dépeint la vitalité du milieu québécois des arts visuels au cours des années 1960-1970. Je revenais souvent à ce livre qui est un ouvrage de référence important pour moi, car il parle d’art et de société, deux sujets qui me passionnent.
Ce livre parlait entre autres de l’événement Corridart, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, même pas dans mes cours d’histoire de l’art au cégep du Vieux Montréal. Ce sujet m’avait interpellé, en plus qu’un de mes artistes québécois préférés, Pierre Ayot, y était impliqué.
Le projet de faire une bande dessinée sur Corridart a germé dans ma tête peu de temps après la sortie du livre Un Paris pour Dallaire, que j’ai fait en collaboration avec mon ami Marc Tessier.
Corridart, c’était une exposition qui avait lieu dans le cadre des Jeux olympiques de 1976, à l’extérieur, sur la rue Sherbrooke, sur cinq kilomètres d’est en ouest. Elle fut démantelée deux jours après son installation dans la nuit du 13 au 14 juillet par le maire de l’époque, Jean Drapeau. Ce fut le plus gros cas de censure au Canada dont peu de gens se souviennent. J’avais le goût de mettre en lumière cet événement triste, inconcevable et sombre de cette époque.

« Ça pourrait faire une bonne histoire, il faut que j’en parle à Marc. » Le jour où je lui ai parlé de cette idée en 2022, on sortait d’une exposition des œuvres de Jean Dallaire qui étaient exposées dans une galerie d’art du Vieux-Montréal… Je lui ai dit : « Viens boire une bière au Cheval, je veux te parler d’une idée de bande dessinée que j’ai eue. » Deux jours plus tard, il me relançait pour qu’on fasse une bande dessinée sur ce sujet. Je n’étais pas surpris, car connaissant ses intérêts sur l’art, je savais que le sujet l’intéresserait.
En plus des artistes ayant participé à Corridart, vous avez aussi mis en lumière l’artiste Jean Dallaire dans la bande dessinée Un Paris pour Dallaire (La Pastèque). Que représente l’art pour vous?
L’art, j’en mange depuis au moins quarante-cinq ans. L’art, pour moi, c’est super important et même vital, ça a été ma bouée de sauvetage. L’art me donne de l’énergie, comme lorsque je travaille en écoutant de la musique.
Je visite beaucoup d’expositions, j’ai d’ailleurs découvert l’œuvre de Jean Dallaire lors d’une visite au musée Marc-Aurèle-Fortin en 1986.
J’aime aussi lire des revues et des livres qui parlent d’art, de musique et de bande dessinée.
Et j’aime côtoyer des gens qui font de l’art. J’ai beaucoup d’amis qui sont dans le monde de l’art.

Vous avez travaillé en duo avec Marc Tessier pour Un Paris pour Dallaire et Corridart. Comment s’est déroulée votre collaboration?
Marc Tessier est un vieux chum à moi, nous collaborons depuis les années 1990. J’ai collaboré à ses nombreux collectifs, dont Mac Tin Tac, Cyclope, etc.
On coécrit l’histoire ensemble, Marc la scénarise, fait la recherche de son bord, il lit sur le sujet, rajoute des informations pendant que moi, je fais de la recherche pour des esquisses. On se voit souvent pour une tempête d’idées et c’est autour d’un café que les idées surgissent. La communication est la clé du succès.
Vogue la valise (La Pastèque) aborde l’alcoolisme d’un père qui entraîne sa famille dans ses déboires et dont les enfants se retrouvent en famille d’accueil. Étant donné l’aspect autobiographique de cette histoire, l’élaboration de cette œuvre était-elle une façon de vous réconcilier avec votre enfance?
C’est trois amis à moi qui ont insisté pour que je fasse une bande dessinée sur ma vie, convaincus par l’idée que ça ferait une bonne histoire.
Je n’étais pas chaud à l’idée d’ouvrir mon intimité à tout le monde. Ce côté-là de ma vie, je le dévoilais seulement à mes proches. J’ai décidé de réaliser cette histoire avec la Poule comme alter ego, qui était le personnage principal paru dans mon comix, Baloney comix. Après coup, j’ai aimé l’idée de raconter l’enfance de la Poule, d’où le livre Vogue la valise.
Réaliser cet album fut une forme de catharsis pour moi et ça m’a fait du bien. Je suis toujours content quand les gens m’en parlent, ça me console.
Comme vos livres sont généralement pour les adultes, quels étaient les défis de vous adresser cette fois à un autre public pour le livre Leonard Cohen : Le spleen expliqué aux enfants (La Bagnole)?
Le livre Leonard Cohen regroupe deux passions de ma vie, la musique et les livres jeunesse.
L’approche graphique que j’ai prise pour Leonard Cohen est fortement inspirée de la musique et du monde de l’enfance. J’adore les livres pour enfants et c’est un rêve pour moi d’illustrer ce livre jeunesse. Je me sens très bien dans ce genre de narration.
On m’a donné la chance de faire mon deuxième livre jeunesse avec Leonard Cohen : Le spleen expliqué aux enfants. J’avais réalisé mon premier livre jeunesse en 2002, Max et Maurice en sept mauvais coups. À ce moment-là, je pensais pouvoir en vivre…
Quels sont les thèmes qui vous inspirent dans votre travail?
Les thèmes qui m’inspirent viennent de la société avec les injustices, les ratés, les absurdités. Il y a beaucoup de choses inspirantes là-dedans et j’aime gratter les points noirs sur un fond poétique.
Les artistes et leurs œuvres me parlent beaucoup. La musique, bien sûr.
Vous travaillez aussi pour Les Impatients, organisme qui aide ceux qui ont des problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique. En quoi l’art permet-il de transcender la réalité?
Les participants viennent aux Impatients pour faire de l’art dans un groupe de gens qui vivent les mêmes problèmes qu’eux. Faire de l’art est thérapeutique en soi et a un effet libérateur. Faire de l’art dans une atmosphère décontractée et sécuritaire, sans pression et sans jugement. Après deux heures de création, ils repartent le cœur plus léger et ils ont hâte de revenir.

Photo de Siris : © Éric Michel






