Source : Le Devoir
La littérature québécoise rayonne à travers le monde, et ce n’est pas seulement grâce au talent de nos auteurs. Dans les universités et les collèges, des professeurs étrangers cultivent et transmettent leur passion pour nos romanciers et nos poètes. Dans la série estivale Écrivains d’ici vus d’ailleurs, et pour souligner le 30e anniversaire de l’Association internationale des études québécoises (dont l’avenir est plus qu’incertain), Le Devoir a invité sept de ses membres à revisiter une œuvre de leur choix. Aujourd’hui, Hedwige Meyer (États-Unis) pose son regard sur Le lièvre d’Amérique, de Mireille Gagné (La Peuplade, 2020).
Entre deux pays, deux cultures et deux langues, Hedwige Meyer assume son américanité sans renier ses racines françaises. Installée aux États-Unis depuis 1988, elle est bien enracinée sur la côte ouest américaine. Professeure de français au Département d’études françaises et italiennes de l’Université de Washington, à Seattle, depuis 1992, elle est devenue au fil des ans une ambassadrice de la littérature québécoise. Son milieu de vie bucolique ne pouvait que l’inspirer à choisir Le Lièvre d’Amérique, de Mireille Gagné, poète (Concassée), nouvelliste (Le syndrome de takotsubo) et depuis quelques années romancière (Frappabord). Cette fable explore notre rapport névrotique à la performance à travers la trajectoire de Diane, une femme ambitieuse retrouvant son humanité en renouant avec son enfance, la nature… et sa part animale.
Avant de causer littérature, parlons d’identité. Comment les Américains vous perçoivent-ils ?
J’ai quitté la France à l’âge de 22 ans pour me marier, et ça fait plus de 30 ans que je vis ici. Pour les Américains, à cause de mon accent, ils me considèrent comme française, et ont du mal à prononcer mon nom. Mes parents, originaires d’Europe de l’Est, ont décidé d’y ajouter un h, ce qui lui donne un accent germanique. Quant aux Français, ils perçoivent que je ne vis plus en France depuis longtemps ; il y a des choses et des expressions qui me sont étrangères.
À quel moment la littérature québécoise ne fut plus pour vous une étrangère ?
J’ai amorcé mes études littéraires en France, et les choses ont sûrement changé depuis 40 ans, mais à cette époque persistait une attitude un peu arrogante. Les auteurs québécois n’étaient pas trop sur l’écran radar. J’ai dû passer par le plaisir du cinéma pour retrouver le goût de la littérature, car l’étude des classiques m’en avait éloigné. Tout a changé lorsque j’ai poursuivi mon parcours universitaire à l’Université de Washington, à Seattle. Un premier cours de littérature québécoise avec Denyse Delcourt [essayiste, romancière et originaire du Québec] fut déterminant. Je me suis dit : j’ai tout à découvrir ! Deux ans plus tard, nous sommes devenues collègues. Denyse Delcourt a joué un rôle fondamental dans mon lien avec le Québec, en plus d’être une amie.
Comment présentez-vous la littérature québécoise à vos étudiants, majoritairement originaires de la côte ouest américaine ?
Je tiens à préciser que je suis d’abord professeure de langues, et que j’utilise la littérature pour l’apprentissage du français. J’aime beaucoup proposer des textes, et les introduire de la meilleure façon possible. Par exemple, je fais découvrir la poésie de Joséphine Bacon, que j’accompagne d’une projection du documentaire Je m’appelle humain [de Kim O’Bomsawin, 2020]. Mes étudiants vivent en Amérique du Nord, alors je trouve logique de leur présenter la littérature francophone issue du même continent. Sans compter que je considère la littérature québécoise comme étant plus accessible que la littérature française.
Comment avez-vous fait la découverte du Lièvre d’Amérique ?
Juste avant la pandémie de COVID-19, il fallait un nouveau professeur pour donner le cours de littérature québécoise. J’ai proposé de me lancer, mais je devais me préparer. Grâce à la Délégation du Québec à Seattle, j’ai obtenu une bourse pour un séjour chez vous, où j’ai effectué des recherches, acheté des livres, et ce fut fantastique. Par la suite, grâce au Centre de la francophonie des Amériques [basé à Québec], qui organise des rencontres d’écrivains avec des professeurs de toute l’Amérique, nous avons découvert les œuvres de Michel Jean [Kukum], de Gabrielle Filteau-Chiba [Louve en juillet] et, bien sûr, de Mireille Gagné. Son roman s’inscrit parfaitement dans la thématique générale de mon cours, soit le rapport de l’individu avec la nature.
On peut dire que Diane, l’héroïne du Lièvre d’Amérique, vit non seulement une osmose, mais une métamorphose, avec le monde animal.
Tout cela passe par la fragmentation. Non seulement Diane se fragmente, mais le roman épouse aussi ce style. On trouve des chapitres purement « documentaires » [sur l’environnement et les comportements du lièvre d’Amérique], puis d’autres qui nous ramènent dans l’enfance de l’héroïne [à
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