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En librairie, qui dit septembre dit rentrée littéraire automnale, et toute l’excitation que l’on peut ressentir à découvrir de nouvelles parutions. Pour les personnes bisexuelles, le mois s’accompagne de la douce euphorie de savoir nos existences et nos luttes soulignées explicitement lors de la journée de la visibilité bisexuelle, célébrée le 23 septembre depuis 1999.
Les deux dernières décennies ont vu un foisonnement inédit des littératures lesbiennes, gaies et trans, à la grande joie des personnes concernées et de leurs allié·es1. Avec quelques années de retard, le temps des bisexualités advient finalement lui aussi : en effet, après un long et patient travail de sensibilisation, les voix bi et pansexuelles2 se déploient dans le paysage littéraire francophone comme jamais auparavant.
Gage de cette effervescence, Embrasser la bisexualité (Les renversantes, 2025) de la journaliste Camille Teste est le troisième essai d’envergure sur le sujet publié en français dans la seule année 20253. L’autrice, à grand renfort de sources scientifiques et historiques, de témoignages ainsi que de son récit personnel, dresse en quelque sorte l’état des lieux à l’heure actuelle. Bien que nous soyons la plus large portion du collectif 2SLGBTQIA+ — diverses études démontrent constamment que nous formons plus de 50 % de la communauté —, force est de constater « à quel point ce que vivent les bi ne préoccupe personne. Ce livre est né du besoin de comprendre pourquoi. […] Pourquoi une telle indifférence? ».
Embrasser la bisexualité est donc une excellente entrée en la matière pour qui voudrait mieux saisir les enjeux que vivent ces personnes. Le lien y est vite établi entre la biphobie des milieux hétéros et queers ainsi que les statistiques alarmantes concernant le bien-être des bisexuel·les. Teste nous rappelle par ailleurs toute la puissance subversive de la bisexualité, et postule que si celle-ci dérange autant, c’est qu’elle agit tel un miroir à l’ordre dominant, mettant en lumière les normes très strictes et restreintes liées à l’amour et à la sexualité.
Dans un autre registre, l’écrivaine Lidia Yuknavitch nous fait vivre les hauts et, surtout, les bas d’une vie bi dans ses mémoires The Chronology of Water (10-18, 2025), dont vous avez peut-être vu l’adaptation cinématographique dirigée par Kristen Stewart. La narratrice incarne à la perfection l’archétype de la « disaster bi », que l’on pourrait traduire par « désastre bi », soit une personne bi à l’énergie chaotique.
Loin d’être une lecture qui nous fait sentir bien, The Chronology of Water exemplifie plusieurs des enjeux relevés par Camille Teste lorsqu’elle aborde la santé mentale des bisexuel·les, qui sont plus à risque de souffrir de stress post-traumatique, de dépression et de dépendances. Qu’on se le tienne pour dit, tout ce qui peut aller mal va aller mal dans ces mémoires. On se console toutefois en sachant que l’autrice a suffisamment réussi à s’extirper de ses (nombreux) traumatismes pour mener une carrière littéraire et universitaire. Lecture déprimante, donc, mais qui donne malgré tout une lueur d’espoir puisque les torts subis n’ont pas défini Yuknavitch, pas plus que les chemins parfois discutables qu’elle a empruntés pour tenter d’y survivre.
Pour sa part, le·a poète Laura Doyle Péan nous fait vivre les possibles d’une vie défiant les normes et les binarités dans Cheer (La Bagnole, 2025). Destiné d’abord aux adolescents et adolescentes, ce roman en vers libres charmera également les adultes au cœur tendre : on y suit un·e narrateurice à travers son secondaire et ses nombreux apprentissages, agréables ou non.
Le lectorat plus âgé qui n’a peut-être pas eu la chance d’être ouvertement bi, pan, queer ou trans sur les bancs de l’école aura la joie d’en faire l’expérience par le biais de cette fiction, ce qui, je crois, a le potentiel d’apaiser certains souvenirs ou regrets. Quoi qu’il en soit, les ados y verront certainement une inspiration à être authentiques et à revendiquer, pour soi et pour les autres, un monde meilleur.
Si vous souhaitez pousser plus loin votre exploration du sujet, je m’en voudrais de ne pas mentionner au passage l’excellent roman exploratoire de Myriam de Gaspé L’embouchure (Les Herbes rouges, 2025), l’autofiction de Martine Delvaux Il faut beaucoup aimer les femmes qui pleurent (Héliotrope, 2025), ainsi que le collectif Bi·es (Points, 2026), qui est paru cet été.
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1. Mentions spéciales à ces nouveautés : Corps étranger sous la peau de Nour Bekkar (Blast, 2025), Cumul 1 de Laura-Ève Lambert (Héliotrope, 2026) et Box Hill d’Adam Mars-Jones (La Peuplade, 2026).
2. Bien que les deux identités se rejoignent sous le large parapluie de la bisexualité, Camille Teste relève que « la différence entre bisexualité et pansexualité est que les pans sont attiré·es par tous les genres ou par les personnes indépendamment de leur genre, alors que le genre joue un certain rôle pour les bi » (Embrasser la bisexualité, p. 34).
3. L’ouvrage collectif Bisexualités féministes (Milgrana, 2025) et Quelle bisexualité radicale? de Stéphanie Ouillon (Tahin Party, 2025) ne sont malheureusement pas distribués au Québec au moment d’écrire ces lignes.






