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Affreux anniversaire de patate!

  Tout lire sur: Revue Les Libraires Source du texte: Lecture Mes doigts, trouillards, survolent mon clavier d’ordinateur. Je tente de convaincre l’entièreté de mon corps (de mes ongles qui claquent des dents à mon gros orteil qui me fait « coucou » par le trou dans ma chaussette) que je suis l’heureuse élue. Eh…

 

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Mes doigts, trouillards, survolent mon clavier d’ordinateur. Je tente de convaincre l’entièreté de mon corps (de mes ongles qui claquent des dents à mon gros orteil qui me fait « coucou » par le trou dans ma chaussette) que je suis l’heureuse élue. Eh oui, roulement de tambour avec ma bouche, je suis celle qui reprend le flambeau de l’experte en littérature jeunesse Sophie Gagnon-Roberge pour cette chronique. J’ai de grandes chaussures (à pois!) à chausser, mais j’assume le lousse qui fait respirer mes pieds et agrippe le mandat avec fougue… et probablement quelques ampoules à venir.

Pour commencer, sous peine d’être tendrement décapitée, je me dois aujourd’hui de mettre en lumière une collection qui brille déjà dans le noir depuis dix ans. En effet, la collection « Noire » de la courte échelle est en mode célébration cet automne. Pour l’événement, plusieurs nouveaux titres sauront faire frissonner les jeunes lecteurs, dont le documentaire Les fantômes. Dans cette Encyclopédie noire, l’autrice Julie Champagne s’est sacrifiée pour parler aux esprits, du simple petit fantôme recouvert d’un drap blanc au terrifiant personnage qui s’obstine à nous hanter. Cette brique lugubre est divisée en cinq parties désastreuses. J’ai tremblé en épluchant les définitions fantomatiques, blêmi en déterrant les origines, crié en revisitant les classiques, tressailli face à notre cohabitation avec les esprits et… (j’ai épuisé tous les synonymes de peur), disons, j’ai reniflé (maudit rhume) devant les preuves scientifiques liées aux apparitions de ces ectoplasmes. Cet ouvrage parfaitement complet peut autant être utile pour transformer votre enfant en génie de l’horreur ou pour lui donner une grande frousse qui lui provoquera l’impérieux désir de vous faire un dernier câlin avant de s’endormir.

Une patate aux mollets d’acier fête aussi ses 10 ans! Une patate à vélo, de l’inimitable Elise Gravel, a parcouru le monde entier, et ce, sans perdre l’équilibre depuis que le tout premier bébé l’a pris entre ses mains (et dans sa bouche). Si, tout comme moi, le cerveau brillant et absurde de cette autrice vous captive, je vous conseille son tout nouveau tout-carton : Pierre (La courte échelle). Pierre est un caillou vieux de millions d’années, qui, bien qu’il ait vécu des tonnes d’aventures, s’ennuie parfois. Il rêve alors de devenir le meilleur ami d’un petit être humain. Une histoire sublimement badigeonnée de coquetterie qui fera craquer n’importe quel cœur de pierre (mais pas celui de Pierre, j’espère que c’est clair). Vite, avant que tous les exemplaires soient dégoulinants de bave!

Pour les ex-lecteurs de patate devenus grands, le nouvel album d’Élodie Duhameau, Les apparences sont (souvent) trompettes (Les 400 coups), saura leur plaire. Dans un contexte de journée d’anniversaire, une petite fille est en quête de créer le cadeau parfait pour sa maman. Mais voilà que plusieurs situations l’étourdissent d’illusions. L’autrice parvient finement à démontrer que notre premier regard sur une personne ou un moment est parfois rempli de mensonges : « Flûte, maman m’a vue. Elle a l’air fâchée. […] Même pas! En fait, maman se concentrait. » Installée dans un quotidien familial bien connu des enfants, cette histoire pétille d’un humour trompeur, à la fois harmonieux et explosif. Les mots justes et les illustrations lumineuses de cet album pourraient bien apaiser les cœurs les plus inquiets.

Sans craindre les apparences, je me suis ensuite enduite de pouch-pouch anti-moustique pour parcourir les pages du plus récent roman de Sébastien Gagnon, Pattes d’ourse (Bayard Canada). Avec une plume aussi goûteuse qu’une ruche de miel, l’auteur du Saguenay–Lac-Saint-Jean nous amène dans l’univers d’Emy, une adolescente qui fait tout pour reconstruire les liens avec sa mère à la suite du décès de son petit frère. Un chapitre après l’autre, on s’attache aux personnages aussi crédibles que déroutants dans un environnement rarement reboisé en littérature jeunesse. Un roman pour les amateurs de nature grouillante de mouches noires et qui ont les narines assez solides pour faire pipi dans une bécosse. Une lecture qui, lorsqu’ « [on] voi[t] sur ses joues les fantômes de larmes qui refusent de couler », donne envie d’aller prendre sa mère dans ses bras. Ou un ours. Ça dépend.

Maintenant rendue loin des festivités et des trompettes, j’ai finalement dévoré L’en dehors (Leméac), le roman « retrouvé » d’Anne Guilbault. Dans cette nouvelle version (une précédente a déjà été publiée en Belgique), on s’installe dans la tête d’un garçon bossu. Prisonnier de son corps difforme et lourd, le jeune homme passe ses journées à observer son environnement à partir du pied de son arbre. Indéfiniment figurant d’un film tranquille, il s’invente des moments d’amour et de rencontre. Les personnages aux alentours le remarque à peine, eux-mêmes surchargés par le poids de leur quotidien. Sauf Millie, qui, les yeux grands ouverts, partagera sa musique et sa danse avec lui, pour lui. Lecture d’un souffle, ce roman saura laisser sa trace.

Encore une histoire qui pousse à l’entrelacement de bras. On dirait que c’était réfléchi, pour cette première chronique. Mais non. Maudit. J’ai encore des croûtes à manger avant d’écrire avec finesse une chronique littéraire. En attendant la prochaine fournée de pain, je vais lire. Affreux anniversaire les patates! Nenon, ce n’est pas vous les pommes de terre. Vous, vous êtes le légume racine de votre choix. Je n’oserais jamais vous traiter de… bon, je vais appeler Sophie et je vous reviens. Ayoye, mes ampoules.

Photo : © Alma Kismic

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