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Mélanie Robitaille – Marcelle Gauvreau : Une remarquable oubliée

  Tout lire sur: Revue Les Libraires Source du texte: Lecture Il est toujours étonnant de faire la connaissance de femmes extraordinaires plus de cinquante ans après leur mort. On est d’abord ébahi de constater tout ce qu’elles ont accompli alors que les conditions sociales dans lesquelles elles évoluaient étaient si peu propices à leur…

 

Tout lire sur: Revue Les Libraires

Source du texte: Lecture

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Il est toujours étonnant de faire la connaissance de femmes extraordinaires plus de cinquante ans après leur mort. On est d’abord ébahi de constater tout ce qu’elles ont accompli alors que les conditions sociales dans lesquelles elles évoluaient étaient si peu propices à leur émancipation. Puis on est médusé que malgré tous leurs exploits, elles soient demeurées dans l’ombre.

Cherchant une autrice pour mener à bien l’écriture d’un ouvrage illustré sur Marcelle Gauvreau, l’éditrice Emmanuelle Dorion se rend au congrès de l’Association des communicateurs scientifiques afin de dénicher la perle rare qui pourrait lui rendre hommage. Dès les premiers mots échangés avec Mélanie Robitaille, une communion d’esprits semble au rendez-vous, et pas plus tard que la semaine suivante, la mise en chantier du projet s’élabore.

Pendant un peu plus d’un an, la vie de Robitaille s’articulera autour de celle de Marcelle Gauvreau. Du dépouillement des archives à l’UQAM et sur le site de la BAnQ, elle recueille des dizaines de pièces pertinentes qu’elle trie et consigne, et par l’entremise desquelles elle fabrique un plan très précis à l’aide d’un fichier Excel. En tant que scientifique, elle possède une solide méthodologie de travail qui lui sera très utile à l’exécution de son entreprise.

Parmi les documents repérés, plusieurs chroniques et correspondances sont rédigées par Gauvreau elle-même, ce qui a beaucoup contribué à la forme du livre, qui se présente comme un journal personnel. Les illustrations de Trudeau apportent une magnificence à l’album qui aurait assurément ravi la principale concernée, elle qui a agrémenté de dessins, en plus de photos, son tout premier herbier.

L’incubateur ayant mené à toutes les concrétisations de Gauvreau reste son profond amour de la nature. Elle n’a de cesse de s’émerveiller devant ses diverses manifestations, qu’elle peut observer à compter d’un âge précoce par l’entremise de l’Habitation à Rivière-Beaudette, une maison appartenant à la famille — pour qui Marcelle éprouve un profond attachement pour chacun de ses membres —, qui s’y rend chaque été. De là, pour honorer un concours mis sur pied par le journal Le Devoir, elle monte avec un enthousiasme des plus vifs un herbier qui ne passera pas inaperçu. Il n’en fallait pas plus pour donner officiellement à la jeune femme d’alors 23 ans la piqûre pour tout ce qui touche la faune et la flore et la décider à y investir toute sa véhémence.

Comme si c’était Marcelle
Mélanie Robitaille s’est mise dans la peau de son sujet pour construire un récit intimiste recensant les principales réalisations de la femme de science tout en en représentant l’essence. « On voulait que ce soit la voix de Marcelle qui soit entendue, que ce soit elle qui prenne toute la place et que ce soit sa perspective à elle qu’on lise. » Un peu intimidant, quand même, de chausser les souliers d’une si grande pointure. Pour parvenir à bien rendre la teneur de la langue de Gauvreau, Robitaille maintient le cap de la rigueur. « J’ai fait une analyse de son style pour essayer de m’y coller. Donc, j’ai analysé sa ponctuation, le type de mots qu’elle utilise, le rythme, les inversions, les points d’exclamation, les tirets longs, le niveau de langage très élevé. » L’autrice effectue littéralement un retour dans le temps et appréhende l’état d’esprit dans lequel Marcelle Gauvreau se trouve cette journée-là dépendamment des situations ou des événements que la femme vient de vivre. Elle se transpose dans l’époque, allant même jusqu’à lire le journal correspondant à la date du jour et qui rend compte de l’état du monde à ce moment-là. À la maison, sur la porte de son bureau, Mélanie Robitaille colle une affiche destinée aux membres de sa famille : « Marcelle et moi sommes au travail. Merci de nous laisser nous concentrer. »

Ce qui caractérise Marcelle Gauvreau est sans aucun doute son grand apport à la botanique et à l’éducation. Première femme québécoise francophone à obtenir une maîtrise en science, elle occupera plusieurs postes d’envergure, devenant tour à tour présidente de la Société canadienne d’histoire naturelle et de la Société royale d’astronomie du Canada et donnant des cours de perfectionnement aux professeurs et dirigeants des Cercles des jeunes naturalistes. En plus d’animer sa propre émission de radio, La Fée des fleurs, visant au moyen d’histoires et de contes à enchanter et à instruire les enfants autour de la flore et de la faune. Elle leur façonnera également quelques ouvrages; Plantes vagabondes sera notamment sacré Meilleur livre jeunesse de langue française au Canada.

Enfin, et cela figure au nombre de ses plus édifiantes actions, elle fonde l’Éveil, une école pour les jeunes de 3 à 6 ans, prônant une approche bienveillante, qui leur fait valoir les abondantes richesses des sciences naturelles, et qu’elle mènera à bout de bras durant trente-trois ans. Par son acharnement, elle édifie « vraiment un bel exemple de vaillance. Elle a fait sa place sans rien retirer à personne ».

Une vie pleine
Sans relâche, Marcelle Gauvreau s’adonne à sa passion malgré une poliomyélite et une tuberculose contractées dans sa jeunesse qui viendront fragiliser sa condition. Elle reçoit même l’extrême-onction, que le curé lui administre, mais ne peut consentir à rendre son dernier souffle. Elle survivra jusqu’à ses 61 ans, échafaudant une carrière peuplée d’explorations, de découvertes et de voyages, grâce entre autres au frère Marie-Victorin — auteur de la Flore laurentienne et qui favorisera la création du Jardin botanique de Montréal —, dont elle sera l’émule. Celui-ci l’amènera à briller dans sa profession autant que la glorification du maître par tous et par toutes la fera se tenir dans son ombre.

Pourvue d’une détermination à toute épreuve, Gauvreau, comme le relève Robitaille, était un être d’« ambition, même si elle était extrêmement humble et modeste. J’ai appris à la connaître et j’ai vu qu’elle avait beaucoup d’audace ». À la fin de 1940, elle conduisait sa propre voiture munie d’une commande au volant pour la pédale de l’accélérateur, la jambe droite de Marcelle étant atrophiée par la maladie. « Elle est pour les femmes et les filles un exemple remarquable de ténacité même dans l’adversité. Parce qu’il en reste encore, évidemment, des barrières, des plafonds de verre, des environnements hostiles pour les femmes aujourd’hui, en sciences et ailleurs. » Marcelle Gauvreau : Femme de science, botaniste et éducatrice constitue un livre au caractère unique qui fait revivre la femme d’exception et en mesure toute la portée.

Photo : © Alma Kismic

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