Source : Le Devoir
On le trie, on le ramasse, on le recycle, mais rien n’y fait : le plastique continue de s’accumuler plus vite qu’on peut l’éliminer. Il pollue aujourd’hui nos plages, les sommets de nos montagnes, nos rivières, nos océans, et s’infiltre même dans notre corps. Dans Planète plastique, le journaliste indépendant Rémy Bourdillon enquête sur les origines et les effets néfastes de cette matière devenue incontrôlable.
« On parle beaucoup de recyclage, on a développé toutes sortes de solutions pour mieux gérer nos déchets, mais celles-ci ont toutes des limites. […] Le problème, c’est qu’on produit trop de plastique, et ça ne cesse d’augmenter. Il faut retourner à la base et réduire la production », affirme l’auteur en entrevue avec Le Devoir, quelques jours avant la publication de son livre.
Exaspéré de voir de plus en plus de déchets plastiques côtoyer des espaces naturels — que ce soit chez lui, au Nouveau-Brunswick, ou sur une plage paradisiaque des Philippines —, il a voulu retracer le parcours du plastique pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Son enquête d’un an l’a mené à Taïwan, grand exemple du recyclage, mais aussi en Asie du Sud-Est, région à la fois grande productrice et grande consommatrice de plastique, qui doit de plus composer avec les déchets exportés des pays occidentaux.
Il a aussi rencontré des personnes vivant près des usines de production, premières victimes de la pollution plastique, ainsi que des experts et des activistes qui tentent de nettoyer la planète et d’attirer l’attention des décideurs.
Les projections sont pourtant alarmantes : selon l’OCDE, la production mondiale de plastique devrait tripler entre 2019 et 2060, passant de 460 millions à 1231 millions de tonnes, tandis que les déchets plastiques grimperaient de 353 millions à 1014 millions de tonnes dans le même temps.
D’invention prometteuse à fléau
Le plastique est né d’une intention louable : remplacer des matières comme l’ivoire ou l’écaille de tortue, matières alors utilisées pour fabriquer des objets du quotidien, afin d’épargner des espèces menacées. Peu coûteux, pratique et infiniment modelable, le plastique est rapidement devenu un symbole de modernité industrielle et a été massivement adopté, en un demi-siècle, tant par la population que par les grandes entreprises. Coca-Cola, Nestlé, Colgate-Palmolive, Unilever, PepsiCo et Procter & Gamble figurent aujourd’hui parmi les plus gros consommateurs de plastique au monde.
« Au même titre que son géniteur, le pétrole, le plastique est l’outil rêvé qui permet au capitalisme de s’imposer partout sur la planète. Il ouvre de juteux marchés même là où ça semblait impossible, il sert les plus forts en donnant l’impression de profiter aux faibles, il accroît sans cesse la consommation, mais concentre les revenus dans les mains d’un petit nombre », écrit Rémy Bourdillon.
Aux Philippines, par exemple, il a découvert « l’économie du sachet » : shampoing, café et savon à lessive y sont vendus en portions individuelles à bas prix. Une façon pour les grandes marques de rendre leurs produits accessibles aux populations moins fortunées, mais qui multiplie les déchets à usage unique. Les sachets représentent 52 % des déchets plastiques non recyclables du pays.
Car le problème, c’est que le plastique est difficile à recycler, car il n’est pas dégradable, mais seulement fragmentable. Peu de types de plastique ont une réelle valeur de recyclage, si bien qu’à peine 10 % du plastique produit dans le monde a véritablement été recyclé à ce jour.
« On a la sensation, en Occident, qu’on a de bons systèmes de gestion des déchets. Mais, dans les faits, on est de gros producteurs de plastique. On va montrer du doigt d’autres pays plus pauvres, alors qu’on y envoie nos déchets sans se soucier de leur fin de vie », explique le journaliste.
Il raconte avoir été scandalisé en voyant des emballages de marques canadiennes comme Choix du Président ou Miss Vickie’s dans des déchetteries à ciel ouvert de Java, en Indonésie. « C’est choquant de voir ces déchets, qui ont probablement été bien triés par quelqu’un ici, se retrouver à l’autre bout du monde. C’est une forme de trahison. Ce n’est pas le contrat que j’ai signé en faisant mon recyclage », dit-il, offusqué.
Le recyclage n’est d’ailleurs pas la seule solution dont les limites sont mises en lumière dans l’ouvrage. L’auteur s’attarde notamment aux crédits plastiques, un mécanisme permettant aux entreprises de financer la collecte ou le traitement de plastique ailleurs pour compenser leur propre empreinte. Selon lui, cet outil sert surtout à verdir l’image des entreprises sans les inciter à réduire réellement leurs emballages, le coût des crédits demeurant trop faible pour créer une véritable pression.
La vraie solution, soutient M. Bourdillon, est pourtant connue. « La règle des 3R : réduire, réutiliser, recycler. Le problème, c’est
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