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La rentrée littéraire 2026 : Littérature étrangère

 

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Après plusieurs années dominées par les récits de soi, la fiction reprend pleinement ses droits. Les romans de cette rentrée littéraire puisent dans le passé familial ou la grande Histoire pour explorer des questions qui dépassent largement le cadre privé et rejoignent l’universel. Qu’ils parlent de mémoire collective, d’héritage intime, des liens qui unissent ou d’attachement au territoire, les textes de l’automne témoignent d’un même besoin de raconter pour mieux comprendre le monde.

La rentrée littéraire 2026 : Littérature québécoise

Tuer le vieux
Daria Marx (Flammarion Québec)
Premier roman nerveux de celle que l’on présente comme la protégée de Virginie Despentes, Tuer le vieux est un véritable flux de pensée qui donne envie d’être lu à voix haute. La narratrice a rendez-vous au commissariat pour porter plainte contre son grand-père incestueux. Lorsqu’un appel lui apprend que la rencontre est annulée faute d’effectifs, elle refuse de revenir à l’inaction et choisit plutôt de se rendre chez lui pour le tuer. À travers le souvenir des années d’abus, Daria Marx livre un récit habité sur les violences sexuelles et l’aveuglement des proches. Derrière cette quête de vengeance se dessine surtout le long chemin qu’empruntent les victimes avant d’oser prendre la parole. En librairie le 7 octobre

Les lieux souterrains
Gustavo Faverón Patriau (trad. Robert Amutio) (Christian Bourgois)
Traduit en français pour la première fois, le Péruvien Gustavo Faverón Patriau fait une entrée remarquée en librairie avec un livre labyrinthique et foisonnant qui entraîne le lecteur de Lima jusqu’aux États-Unis et en Europe. Au cœur de cette histoire se trouve un crime non résolu, qui prend sa source deux décennies plus tôt. Pour découvrir le mobile, il faudra remonter le temps, traverser l’Amérique du Sud, affronter des dictatures et des disparitions. Les lieux souterrains parle d’amour, d’identité, de mémoire, de violence, le tout dans une prose maîtrisée et une construction qui évoque les univers de Roberto Bolaño et de Borges. En librairie le 7 octobre

Baignade surveillée
Laura Kasischke (trad. Céline Leroy) (Gallimard)
Laura Kasischke est une experte dans la création d’atmosphère tendue. Baignade surveillée s’ouvre sur la noyade du petit Richie Manning dans la piscine du quartier, alors que la fusée Apollo 11 décolle vers la lune. Ce 16 juillet 1969 est une journée remplie de promesses pour l’Amérique, qui semble alors être à son apogée. Comme on connaît déjà l’issue tragique de cette journée, chaque page fait monter la tension. Dans cette œuvre présentée sous forme de roman choral, dont l’une des voix demeure anonyme jusqu’à la fin, l’écrivaine américaine dresse une chronique sociale ciselée et rappelle qu’après l’apogée vient le déclin.

Je suis né dans la tempête
Jérôme Colin (Allary)
Le regard que porte Jérôme Colin sur le monde est empreint d’empathie, ce qui nourrit une œuvre authentique et profondément humaine. Révélé grâce à sa précédente publication Les dragons, le Belge brosse ici le portrait de Valerio, né le jour de la commercialisation du premier iPhone. Cette coïncidence illustre l’accélération du monde et l’influence croissante de la technologie sur les relations interpersonnelles. Je suis né dans la tempête invite à réfléchir à la capacité qu’ont les écrans à occulter le réel qui nous entoure. En librairie le 2 octobre

Le palais
François-Henri Désérable (Gallimard)
François-Henri Désérable publie cet automne une fiction étonnante se déroulant dans l’univers du vin. Le palais du titre est celui d’Arun, un garçon d’origine indienne adopté par un couple de Français. À l’aide de sa meilleure amie, fille d’un viticulteur, il affine son don inusité pour la dégustation, un talent qui le mènera un peu partout sur le globe. Habile conteur, Désérable signe une fresque captivante qui renferme tous les ingrédients du grand roman d’aventures : des intrigues amoureuses, un désir de vengeance, un humour raffiné et des personnages plus grands que nature. En librairie le 16 septembre

L’empire de l’automne (t. 1) : Le clan des feuilles mortes
A. S. Tamaki (trad. Julie Lopez) (Gallmeister)
Premier volet de L’empire de l’automne, une ambitieuse trilogie, Le clan des feuilles mortes est une plongée épique dans un Japon féodal teinté de fantastique. Sen, prince en exil privé d’héritage depuis l’assassinat de son père, s’allie à Rui, une paysanne qui cherche sa place dans ce monde hostile. Ensemble, ils partent à la recherche de leur honneur perdu tandis qu’une guerre se prépare. Se déployant sur quelque 700 pages, ce livre captive grâce à la richesse de son univers et à la densité de son intrigue politique. Une entrée en matière remarquable pour un primo-romancier.

La couleur qui vous plaira
Souvankham Thammavongsa (trad. Nathalie Bru) (La croisée)
Gagnant du prix Giller 2025, ce premier roman est aussi mordant qu’original. L’autrice canado-laotienne nous plonge dans les coulisses d’un salon d’esthétique tenu par une ex-boxeuse où toutes les employées se nomment Susan. Dans ce lieu consacré au culte des apparences, les conversations anodines et les confessions de la clientèle laissent toutefois transparaître l’ampleur des tensions sociales liées aux rapports de classe, à la misogynie et à la xénophobie. En prime, le roman répond avec humour à une question que bien des clientes se sont déjà posée : que se racontent donc les esthéticiennes lorsqu’elles parlent entre elles dans une langue que nous ne comprenons pas? En librairie le 2 octobre

Ici, maintenant
Tom Newlands (trad. Marguerite Capelle et Anatole Pons-Reumaux) (Métailié)
Cora, 14 ans, grandit dans une petite ville écossaise qui n’a pas grand-chose à offrir aux jeunes qui, comme elle, sont issus de familles ouvrières. Lorsque l’adolescente, élevée par une mère de famille monoparentale, comprend que la vie peut être pire encore que ce qu’elle a connu jusqu’à présent, elle ne rêve plus que d’une chose : partir pour Glasgow. Malgré la pauvreté, le deuil et le marasme ambiant, le regard de la jeune fille sur le monde demeure étonnamment lumineux. Ici, maintenant est un premier roman dur et beau, sur l’amitié, la famille et les défis de l’adolescence. Une lecture portée par la verve de Cora, illuminant même les pages les plus sombres. En librairie le 26 septembre

Un marché noir
Bérénice Pichat (Les Avrils)
Après le succès de son premier roman La petite bonne, Bérénice Pichat revient cet automne avec un texte qui fait revivre le Paris de 1943. Habilement documenté, Un marché noir s’intéresse à Servane, une adolescente candide qui cherche à s’émanciper malgré la faim, la guerre et l’Occupation allemande. C’est en rejoignant un réseau clandestin qu’elle croit trouver sa place. À son histoire s’entremêle celle de Paul, un trafiquant qui offre un autre point de vue sur la Résistance. Tandis que la menace des dénonciations pèse sur les rebelles, les certitudes morales s’effritent peu à peu. En librairie le 2 octobre

À cœur, l’amant
Lily King (trad. Marina Boraso) (Albin Michel)
Jeune étudiante passionnée de littérature, de joutes verbales et de discussions enflammées, la narratrice se lie d’amitié avec Sam et Yash, deux garçons dont elle tombera amoureuse. Nous la retrouvons, une vingtaine d’années plus tard, alors qu’elle se remémore ces années d’université, une période stimulante où les livres semblaient guider son rapport au monde. Désormais mariée et mère, l’héroïne d’À cœur, l’amant doit composer avec des regrets et une sourde nostalgie, ressassant les chemins qu’elle n’a pas pris. Une réflexion mélancolique et poignante sur tout ce qui aurait pu être.

Ce qui nous précède

Porté par un devoir de mémoire, le passé, qu’il soit collectif, personnel ou familial, est ici scruté pour dévoiler les non-dits. On y remonte le fil du temps pour mieux comprendre comment ce qui nous précède se transmet aux suivants. Dans Le fabuleux piano (Robert Laffont), Sonia Devillers enquête sur les instruments de musique disparus durant la Seconde Guerre mondiale. Des réseaux de recherche mis sur pied par les descendants des familles pillées ont permis de retrouver les pianos, violons et autres objets musicaux volés par les nazis. Entremêlant passé collectif et récit familial, cette lecture plaira aux lecteurs qui avaient été touchés par La carte postale d’Anne Berest en 2021.

Philippe Jaenada signe l’un de ses plus grands livres avec L’inconnue du quai de Javel (Flammarion). Soixante-quinze ans après le meurtre de Louise Cansot, il se plonge dans les archives et parvient à établir une thèse crédible qui pourrait susciter l’intérêt des autorités françaises. Au-delà de l’enquête, c’est un portrait vraisemblable du Paris des années d’après-guerre qu’il retrace en dépeignant de façon hautement réaliste l’atmosphère enfumée des cafés de Montmartre.

C’est dans le Porto Rico des années 1970 que Jeanine Cummins installe Parle-moi de chez nous (Philippe Rey). En dépeignant la trajectoire de trois femmes d’une même famille sur plus de quarante ans, Cummins aborde ici le thème du déracinement avec brio tout en conservant le rythme haletant qu’on lui connaît. Même procédé du côté de Maylis Besserie, qui révèle un pan méconnu de la Seconde Guerre mondiale avec Les filles du 9 juin (Grasset). En suivant trois générations de femmes, elle réfléchit aux traces que laisse la guerre sur la descendance. Une fresque d’une grande justesse, sur le deuil et la colère. Les porteuses d’eau (Les Léonides), de l’Américaine Sasha Bonét, retrace également l’existence de plusieurs femmes afro-descendantes, toutes issues d’une même famille. L’action se déploie de l’abolition de l’esclavage jusqu’à nos jours, faisant émerger avec finesse la violence des hommes et la puissance des femmes.

Plus cérébral qu’émotif, Aurélien Bellanger livre dans L’architecte de Notre-Dame (Actes Sud) une ambitieuse méditation sur la mémoire, l’architecture et les mythes français à travers la célèbre cathédrale parisienne et son restaurateur. En croisant les époques, il offre un texte complexe et magistral. Dans un même ordre d’idées, l’Italienne Melania G. Mazzucco présente cet automne une biographie romancée de celle qui fut la première femme architecte, une héroïne talentueuse et déterminée qui a su faire sa place dans un milieu dominé par les hommes (L’architecte romaine, Calmann-Lévy). Dans La méthode (Stock), le primo-romancier David Djaïz présente un architecte d’un autre genre; l’homme qui fut à l’origine de l’extermination de 10 000 chiens dans le Constantinople du début du XIXe siècle. Un roman historique fort et précis qui relève d’un dilemme éthique.

À voix haute (L’Olivier) interroge les secrets familiaux, sous la plume de Polina Panassenko. Ce second roman confirme son talent, alors qu’on y suit une jeune Russe retournant à Moscou après avoir grandi en France. Sous fond de réélection de Vladimir Poutine, l’adolescente questionne son grand-père sur son vécu et sur la violence du régime. Dans le magnifique Ne cherche pas le chaos (Albin Michel), Marion Brunet nous fait vibrer au rythme des révoltes chiliennes aux côtés de Pablo et de sa fille Victoria. Ce livre abouti parle lui aussi de silences, de guerres et des traumatismes que laissent celles-ci sur ceux qui les ont vécues. Finalement, dans Congés payés (Sabine Wespieser), Tiffany Tavernier s’intéresse au chapitre inédit de l’arrivée de la fin de semaine obligatoire et des congés payés en France et des bouleversements qu’ils entraînent dans la société française en permettant, entre autres, aux ouvrières de s’allonger sur le sable pour s’adonner au farniente à côté des riches rentières.

Avec John, fils de John (Globe), Douglas Stuart explore les blessures sous-jacentes qui se transmettent par le biais de la filiation. Revenant sur l’île écossaise où il a grandi, John tente de renouer avec son père tout en levant le voile sur les mensonges qui ont façonné la famille. À l’aide d’une écriture d’une grande délicatesse, ce livre atteste du savoir-faire exceptionnel de l’auteur de Shuggie Bain pour approfondir les liens familiaux. Dans Le nénuphar (Leméac), Alexandrine Descotes réalise qu’un secret de famille trouve son origine dans une erreur médicale, mettant la lumière sur un scandale sanitaire. Un ouvrage documenté, dont la publication n’a pas fait consensus au sein de la famille de l’autrice. Isabelle Pandazopoulos explore aussi le poids des ombres dans Mordre l’orage (Actes Sud), une fresque incandescente qui s’intéresse au personnage de Fanny, une enseignante qui s’est construit un quotidien convenable malgré une enfance complexe. Lorsqu’elle apprend la mort de sa mère, tous les mystères enfouis refont surface et menacent son équilibre.

Lázár (Belfond), premier roman remarqué du jeune auteur suisse Nelio Biedermann, retrace le destin d’une famille issue de l’aristocratie hongroise sur plus d’un demi-siècle, de la chute de l’Empire austro-hongrois jusqu’à l’insurrection de Budapest. L’héritage familial de l’auteur s’entremêle à celui d’une nation dans un style étonnant, créant un panorama d’une ampleur sublime. Lorsque sa mère lui remet des centaines de lettres rédigées par ses grands-parents, Célia Houdart exhume une incroyable passion amoureuse qui grandit en même temps que s’installe la Seconde Guerre mondiale. Cette trouvaille mène à l’écriture de Notre-Dame-des-Anges (P.O.L), un beau texte sur le désir et l’affirmation de soi.

À la dérive

Ils sont en quête d’un toit, d’un sens, voire de leur propre identité. Antihéros, marginaux ou victimes de circonstances qui les dépassent, ces personnages à la dérive racontent chacun à leur manière quelque chose de notre époque. Sous la plume de Kim Fu dans La vallée des esprits vengeurs (Héliotrope), le personnage à la dérive prend les traits d’Eleanor, qui devra acheter une maison selon les dernières volontés de sa défunte mère dont elle était proche — voire dépendante. Incapable de faire un choix sensé en l’absence de figure maternelle, la jeune femme achète une maison modèle située au cœur d’un projet domiciliaire abandonné. Rapidement, la pluie s’infiltre de toutes parts, s’ajoutant aux fantômes et à la culpabilité qui ronge l’héroïne.

De son côté, le grand écrivain Colum McCann utilise à bon escient la mélancolie dans Ce qui nous frôle sous la surface (Belfond). Un huis clos inspiré au milieu de l’océan mettant en scène un auteur irlandais en panne d’inspiration. Dès lors qu’il s’embarque dans un navire chargé de réparer les câbles souterrains servant à diffuser les données d’un continent à l’autre, il trouvera bien plus que le sujet de son prochain livre. Cette soif de sens prend une forme plus collective dans La piqûre d’abeille (Albin Michel). Paul Murray y brosse le portrait d’une famille au bord de l’implosion, où chacun tente tant bien que mal de reprendre le contrôle. Par l’intermédiaire de personnages profondément attachants, ce roman choral oscille avec brio entre humour et tragédie.

On se dirige vers Paris en lisant Debout dans tes rêves (Julliard) d’Abdellah Taïa, à la rencontre de Majid, un jeune Marocain fraîchement installé dans la capitale française pour étudier l’œuvre d’un peintre du XVIIIe siècle. En guise de gagne-pain, il devient le baby-sitter d’un sympathique petit bonhomme. Entre les amours contrariés et le permis de séjour sans cesse à renouveler, l’amitié qui se crée entre lui et l’enfant sera source de clarté dans une existence autrement précaire. Finalement, Lady Diana, ma mère et moi (Seuil) de Laura Tinard met en scène Rebecca, qui retrace l’été 1997 aux côtés de sa mère fantasque qui ressemble étrangement à la princesse Diana. Une ressemblance qui lui permettra de s’inventer une vie royale, jusqu’à ce que l’annonce du décès de Diana termine abruptement cette vision fantasmée.

Ce besoin d’histoires

Dans Aladdin et moi (Buchet-Chastel), le nouveau livre attendu de Jeanette Winterson, celle-ci entremêle récit de soi et œil critique sur la société actuelle et la montée du fascisme. Utilisant Les mille et une nuits comme moteur de son introspection sur notre besoin de fiction, Winterson offre un texte brillant sur les fables que l’on se raconte pour se donner bonne conscience ou pour justifier nos privilèges, notamment. Le très apprécié Philippe Besson revient sur ce qui l’a incité à se plonger dans l’écriture d’En l’absence des hommes il y a vingt-cinq ans. Ce voyage aux sources transporte le lecteur de l’enfance de Besson jusqu’à son arrivée à Paris, faisant de La première phrase du premier livre (Julliard) un récit empreint de nostalgie sur la nécessité de raconter. Dans les dernières années, Lucie Rico s’est démarquée grâce à une œuvre décoiffante, portée par une plume intelligente et originale. On la retrouve cet automne avec Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer? (P.O.L), où elle imagine une héroïne incapable de supporter un trou de mémoire. En cherchant à reconstituer un souvenir incomplet, Jennifer comprend malgré elle que les fictions que l’on crée sont plus rassurantes que la réalité.

Dans Fille de (Finitude), Anne Pitteloud met en scène Chloé qui, à la mort de son père, célèbre écrivain, hérite des inédits de celui-ci. Alors que tous la pressent de publier les manuscrits paternels, elle verra ses certitudes bousculées à la lecture de leur contenu. Une intrigue simple et efficace qui plaira aux fans de Foenkinos. Finalement, avec Joseph dans la nuit (L’Iconoclaste), Olivier Grondeau revisite un épisode troublant. Alors qu’il est injustement emprisonné pour espionnage par l’État iranien, Grondeau, qui passera près de deux ans et demi en détention, se tourne vers les histoires pour survivre. De la littérature au cinéma en passant par l’univers de Britney Spears, Olivier Grondeau rappelle que les œuvres qui nous habitent peuvent s’avérer vitales.

Le territoire comme personnage

Forêts, montagnes, campagnes : les lieux sont plus que des décors. Ils charpentent l’intrigue et deviennent presque un personnage en soi. La rentrée littéraire regorge de romans ancrés dans le territoire. Dans Rochebrune (Actes Sud), Sophie Divry arrive à décrire avec justesse la réalité d’une famille reconstituée avec tout ce que ça implique de vérités dissimulées, de charge mentale et d’insatisfaction. À cette description lucide s’ajoute une immersion totale dans le territoire montagneux de Rochebrune, qui deviendra bien vite l’ennemi. Un livre drôle et touchant qui se lit comme un thriller. C’est dans le Vercors que l’on part aux côtés de Pierric Bailly dans Rouges-Truites (P.O.L). Il y dépeint l’amitié entre quatre jeunes qui prend fin subitement après la disparition de deux d’entre eux. Ils se retrouvent par hasard vingt ans plus tard lors d’une randonnée en montagne et peuvent enfin apprendre ce qui s’est réellement produit. Dans Au nord gronde l’orage (JC Lattès), Markus Thielemann dépeint une Allemagne rurale en perte de repères par l’entremise de la vie d’un jeune berger qui doit composer avec la réapparition des loups dans la lande. Serge Joncour installe Une histoire d’amours (Albin Michel) en Bourgogne et propose un regard sensible sur deux couples habitant le même lieu, à 200 ans d’écart. Le septième siffleur (Seuil) de Colin Niel clôt ce tour d’horizon dans les Highlands écossais, alors qu’une femme accepte de collaborer afin de réintroduire une espèce menacée sur les terres agricoles de son mari, à l’insu de celui-ci. Une situation qui ouvre une réflexion sur les dérèglements climatiques et leurs effets sur la terre et ceux qui l’occupent.

D’amour et d’amitié

Dans cette rentrée littéraire, l’amitié apparaît comme une force salvatrice. Le premier roman de Jean-Philippe Louis, Les fils du kapokier (Gallimard), nous amène du côté de la Guadeloupe, à l’ombre du mythique arbre kapokier. Là, deux garçons se font la promesse d’une amitié éternelle, malgré tout ce qui les distingue. Un livre porté par une langue chantante qui traite de construction de soi. L’Allemande Lucy Fricke nous revient avec un texte déjanté sur l’amitié, l’amour et les regrets avec La fête (Le Quartanier). On y rencontre Jakob, le jour de son cinquantième anniversaire, qu’il refuse de souligner. Sa meilleure amie Ellen en a toutefois décidé autrement; elle l’emmène de force dans un étrange parcours où il retrouvera tour à tour des gens qui l’ont marqué, le forçant à brosser un portrait plus favorable de son passé.

Les sentiments amoureux, quant à eux, prennent souvent la forme d’interactions inégales, abusives, voire dangereuses. Nous le verrons notamment dans Box Hill (La Peuplade) du Britannique Adam Mars-Jones. Le jour de son dix-huitième anniversaire, le jeune Colin tombe sur le charismatique Ray, un motocycliste plus âgé qui l’entraîne dans une liaison ambiguë faite de soumission et de rapports forcés. Dans Lola va mourir (Calmann-Lévy), Victor Dumiot réunit Lola et Franck, aspirant à un nouveau départ, pour montrer avec précision comment un amour peut lentement basculer dans l’emprise. Je (Gallimard), second opus de Lilia Hassaine, prête une voix à « la folle du grenier », ce personnage du célèbre roman Jane Eyre, écrit en 1847 par Charlotte Brontë. Dans ce livre puissant, Hassaine permet enfin à ce personnage réduit au silence de se raconter au « je » et de révéler le destin d’une femme amoureuse d’un homme narcissique. Finalement, dans Ceux qui nous frappent (Les Léonides), Anaïs Llobet nous engage dans le procès d’un homme accusé d’avoir poussé sa femme au suicide. Un roman immersif et nuancé où les témoignages se succèdent et nous invitent à réfléchir aux conséquences des violences invisibles.

Palmarès des livres au Québec