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Rogé : Réenchanter la vie

 

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Robert, tout comme ses amis, s’ennuie à la ferme. Un jour, il découvre une boîte de peinture, ce qui l’inspire et l’incite à créer. Une marée de couleurs mettra de l’éclat dans son existence et celle de ses compagnons. Grâce aux illustrations vibrantes de Lucie Crovatto et à la douceur du texte de Rogé, ce magnifique album célèbre le pouvoir de l’art et de l’émerveillement.

Quelle a été votre inspiration pour cet album?
Il y a quelques années, j’ai lu Quand la beauté nous sauve du philosophe Charles Pépin. Ce livre a eu un grand effet sur moi. Il m’a rappelé que la beauté n’est pas qu’une question d’esthétique : elle a le pouvoir de nous arrêter, de nous émerveiller, de nous réconcilier avec le monde et, parfois même, de nous transformer.

J’ai eu envie de partager cet essai, à ma façon, en m’adressant aux enfants. Avec cet album, je souhaite leur offrir un espace de contemplation et de réflexion à travers la pratique de l’art.

Vous illustrez habituellement vos livres, pourquoi avez-vous choisi une autre avenue pour celui-ci?
En 2021, en pleine pandémie et en plein questionnement, j’ai pris la décision de mettre un terme à ma carrière d’illustrateur pour me consacrer entièrement à la peinture non figurative. Cette décision n’est pas sortie d’une boîte à surprises, car, depuis l’adolescence, je souhaitais devenir artiste peintre. Ce désir ne m’a jamais quitté; il attendait simplement le bon moment.

Ce n’est pas seulement une question de manque de temps si je n’ai pas réalisé les illustrations de cet album, car c’est tout mon élan créatif qui a changé. Depuis que je fais de la peinture abstraite, je me sens démuni face au dessin, comme si mon cerveau avait soudainement développé un blocage. J’ai donc préféré laisser ma place à quelqu’un d’autre.

Quel a été le processus créatif pour votre collaboration avec l’illustratrice Lucie Crovatto?
Lucie est une amie de longue date. Nous avons partagé un atelier à nos tout débuts. Quand j’ai écrit cette histoire, j’ai tout de suite pensé à elle pour l’illustrer. Nous nous connaissons tellement bien que je savais que cette collaboration serait naturelle.

Notre complicité nous a permis d’aller plus loin dans le projet. Lucie m’a aidé à clarifier certaines idées, à peaufiner les personnages et à améliorer le texte grâce à son regard extérieur. De mon côté, je l’ai encouragée à explorer de nouvelles avenues si elle en avait envie.

J’ai toujours adoré ses esquisses. Elle a un trait juste, sensible et expressif. Pour ce livre, elle a choisi de conserver cette spontanéité dans son dessin, sans trop le retravailler. Le résultat est superbe!

Grâce aux couleurs qu’il a trouvées, Robert voit le monde de plus en plus beau. Selon vous, l’art permet-il d’embellir la vie, voire de la changer?
Oui, absolument, l’art aide à vivre. Il possède un pouvoir semblable à celui d’une expérience en nature : celui de nous sortir du rythme effréné du quotidien en nous reconnectant à nos émotions et à notre conscience. Il nous ramène à l’essentiel en faisant écho à notre nature profonde.

Parfois, à certains moments de notre vie où nous ne sommes plus tout à fait en accord avec nous-mêmes, la beauté peut être profondément transformatrice, comme le mentionne Charles Pépin dans son livre. Par exemple, c’est en lisant L’alchimiste que j’ai trouvé le courage de quitter ma carrière en publicité pour devenir illustrateur. Et, plus récemment, c’est en contemplant la mer que j’ai décidé de devenir peintre.

Comme pour Robert et ses compagnons, pourquoi est-ce important de cultiver l’émerveillement et l’imaginaire?
Les enfants ont cette capacité naturelle à s’émerveiller, et je trouve cela profondément inspirant. En grandissant, avec nos responsabilités et le rythme de nos vies, nous laissons malheureusement de moins en moins de place à cet état d’esprit.

Avec ce livre, je souhaite montrer aux enfants l’importance de ce qu’ils possèdent déjà et leur faire comprendre qu’ils doivent préserver cette capacité d’émerveillement s’ils ne veulent pas la perdre en chemin. J’aimerais leur transmettre l’idée que, pour nous épanouir, nous avons à la fois le choix et la responsabilité de nourrir notre émerveillement.

Vous vous consacrez aussi à la peinture non figurative; quel rapport entretenez-vous avec cette pratique artistique?
La peinture est pour moi un espace de jeu et d’exploration, un lieu de découverte et de liberté. Parfois, elle me fait penser à une danse entre la conscience et l’inconscience. La première recherche l’esthétique, tandis que la seconde cherche l’audace, et chacune aspire à guider l’autre.

J’ai réalisé à quel point j’éprouve davantage de plaisir lorsque je laisse l’intuition me mener. C’est de cette façon que je parviens à cultiver mon émerveillement et ma joie.

Photo : © Frédérique Ménard-Aubin

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