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La rentrée littéraire 2026 : Polar et littératures de l’imaginaire

 

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Puisées à même nos craintes et nos inquiétudes, les littératures de l’imaginaire, tout comme les polars, reflètent les parfums de notre époque. Bien qu’il y ait encore de bons vieux polars et de la SF classique, la dystopie s’empare de plus en plus des scénarios, colorant les paysages littéraires de sombres présages. Les catastrophes environnementales se tissent en toile de fond, le monde tel qu’on le connaît se fissure, et les univers que créent les auteurs et les autrices s’insinuent dans cette réalité nouvelle, déroutante, qui s’appréhende au fil des mots. C’est ce à quoi la littérature sert, après tout. Nous faire voir les choses autrement, afin de mieux les saisir. Nous bousculer, nous faire réfléchir et nous faire réagir. Que cette saison de livres plus étonnants les uns que les autres puisse nous inciter, tous autant que nous sommes, à ensemencer un demain tissé d’espérance.

La rentrée littéraire 2026 : Littérature québécoise

Les derniers mandarins
Louise Penny et Mellissa Fung (trad. Paul Gagné) (Flammarion Québec)
Toujours autant attendu, un nouveau livre de Louise Penny signifie des heures d’une lecture plaisante et captivante, teintée d’un humour fin qui fait sourire en coin. Qu’elle soit accompagnée de la journaliste Mellissa Fung est en soi la promesse d’une incursion lucide et efficace dans la sphère de la politique. Les autrices nous invitent dans la relation complexe qu’entretiennent une mère militante et sa fille blogueuse, Vivien et Alice Li, alors qu’elles doivent lever le voile sur les atteintes à la sécurité mondiale. Au-delà de l’attentat cyberterroriste qu’elles cherchent à démanteler, elles apprennent à aplanir les angles entre elles, réussissant enfin à se soutenir dans l’adversité. Un roman aussi haletant qu’inspirant.

À la grâce des fous
Roxanne Bouchard (Libre Expression)
C’est avec une certaine frénésie qu’on souhaitait cette quatrième aventure en compagnie du sympathique Joaquin Moralès. On le voit esseulé, séparé de sa femme et en deuil de celle dont il devenait amoureux. Il doit pourtant relever ses manches puisque le meurtre du critique d’art Antoine Vaugeois vient ébranler la petite routine de L’Anse-à-Beaufils et suscite de grandes passions. Comme il était peu apprécié des gens de la région, les raisons de le tuer se multiplient au fil des informations recueillies. Nul doute que Moralès parviendra à déchiffrer le mystère et que nous, lecteurs et lectrices, apprécierons de nous laisser happer au cœur de cette Gaspésie que l’autrice nous raconte si bien. En librairie le 14 octobre

51e : Canada 2038
Hervé Gagnon (Alire)
Fresque préoccupante d’autant plus qu’elle résonne dans l’actualité récente, 51e : Canada 2038 nous engage dans l’option d’un lendemain qu’on ne souhaite guère. Chargés de l’enquête entourant la disparition de la fille du gouverneur, Jeff et Alex se voient confrontés à plusieurs hypothèses, la plus saugrenue étant sans doute la plus probable. Le Front de libération du Québec est-il vraiment reconstitué? Veut-on vraiment s’y opposer et appliquer la loi? Le dilemme moral des enquêteurs est à l’image de cette société parallèle qui se bâtit à coups d’exécutions publiques et d’assassinats commandités, se nourrissant de l’incertitude des uns et de la peur des autres pour s’implanter. Une dure leçon d’histoire que projette l’auteur, mais qui fait œuvre utile à nous faire méditer sur les conséquences de nos gestes.

À quoi rêve la machine quand nous dormons?
Deni Ellis Béchard (trad. Dominique Fortier) (Alto)
Journaliste et romancier, Deni Ellis Béchard possède une plume alerte et rigoureuse. En imaginant dans un futur proche la prise de contrôle de l’humanité par une intelligence artificielle, il nous amène à cogiter sur les dérives de nos comportements parfois naïfs et trop confiants envers des technologies qui nous dépassent. Michael, créateur de cette IA destinée à épauler les humains, voit son initiative lui échapper et constate qu’elle enferme les humains dans des chambres dont ils ne peuvent sortir, condamnés à vivre sans repères. Dans un récit choral puissant, l’auteur entremêle le passé et l’avenir, nous promettant un décor fascinant, à défaut d’être meilleur. En librairie le 13 octobre

Tokyorama
Jean-Christophe Grangé (Albin Michel)
Madryka, un détective privé français, s’insinue dans l’enquête policière sur le meurtre d’un homme d’affaires ayant eu lieu dans un bar à hôtesses de Tokyo. Curieux, insistant et désorganisant les habitudes réservées des policiers, il découvre rapidement que plusieurs hôtesses ont été assassinées, sans que personne s’en émeuve et fasse le lien entre ces divers crimes. En creusant dans les bas-fonds de la ville de Tokyo, le détective nous escorte dans des aspects ignorés de la culture japonaise, nous tenant certes en haleine, mais se mettant en danger. Jean-Christophe Grangé, avec sa plume emportée, mais précise, nous suggère une fois de plus un thriller vif et glaçant, qui ne laissera personne indifférent. En librairie le 5 octobre

Polars domestiques

Florence Camirand propose, avec N’écoute pas la nuit (Libre Expression), une lecture perturbante où Emily, une jeune femme, perçoit des bruits étranges durant la nuit. Doutant d’elle-même, elle met en place certains stratagèmes afin de mettre la lumière sur ce qui se passe. Bien qu’elle ait partagé ses craintes avec son conjoint et une amie, elle ressent de plus en plus d’appréhensions et d’instabilités. Perd-elle la tête? La vérité est peut-être bien pire… Tout aussi inexplicables sont les cauchemars que fait une fillette chaque nuit. Sa mère, qui a fait le tour des médecins, a également l’impression d’être épiée. La femme effacée (Albin Michel), de Sidonie Bonnec, nous immerge dans une dérangeante trame où le passé semble avoir une prise sur le présent, effaçant les barrières du temps. Dans La femme au foyer (Saint-Jean), de Natalie Barelli, une épouse qui croyait avoir tout pour être heureuse s’aperçoit que le royaume sur lequel elle a bâti son existence est en fait un château de cartes bien factice. Supputant que son mari a sans doute causé la mort de son ex-femme, elle doit fuir, même au prix de révéler ses propres zones ombragées.

Des retours attendus

La détresse de l’oie sauvage (Libre Expression) nous permet de renouer avec Kate McDougall, personnage chéri de Johanne Seymour, plusieurs années après Eaux fortes. L’enquêtrice approche de la retraite et s’apprête à céder sa place à son ex-collègue, Todd Dawson, quand sa fille, fraîchement diplômée en pathologie judiciaire, la réclame à Séoul. Son amoureux est arrêté à la suite de la découverte d’un squelette, qui s’avère être celui de sa mère. Si l’enquêtrice croyait terminer sa carrière paisiblement, elle devra vite mobiliser toutes ses capacités pour extirper sa fille et son gendre de ce foutoir! Le cinquième roman mettant en vedette l’inspecteur-détective Kristoffer Bark oscille autour de deux décès en 1945 ainsi que d’un bébé retrouvé mort et d’une prise d’otage d’enfants. Que l’éternité nous pardonne (Saint-Jean), d’Anna Jansson, nous trempe au cœur de rancunes issues du passé dont les répercussions n’ont pas terminé de teinter le présent. Chez le même éditeur, Guillaume Morrissette nous offre une chasse au trésor avec Le trésor de la rivière Milette. Un jeune truand trouve une enveloppe avec des indices menant visiblement à un magot. S’ensuit une course effrénée entre bandits pour dénicher le butin, avec l’inspecteur Héroux se creusant la tête pour y mettre fin. Dans La disgrâce (Gallimard), on retrouve l’inspecteur Blix qui doit répondre de ses actes, ayant tiré à répétition sur l’homme qui a enlevé sa fille. Jørn Lier Horst et Thomas Enger nous entraînent une fois de plus dans une action mouvementée, où l’authenticité des faits ne sera pas si simple à reconnaître.

Quand l’histoire se mêle de l’actualité

Stéphane Ledien construit un polar politique trépidant avec Que la vérité tombe (Robert Laffont Québec). Alors que les tours viennent de s’effondrer à New York, l’homme de main Eddy Barcot est envoyé pour identifier un corps, mais manifestement, la prétendue victime est toujours vivante, et ça devient un problème. Entre les services secrets, les grands réseaux criminels et les politiciens véreux, Eddy Barcot se sent en danger et ne pourra se fier sur personne pour s’en sortir. Le neurochirurgien David Fortin soumet quant à lui un polar médical étonnant avec Là où l’araignée pond ses œufs (Libre Expression), dans lequel il allie la fine pointe des neurosciences aux expériences menées entre 1948 et 1964 pour le compte de la CIA en lien avec le programme MK Ultra. Le journaliste et romancier Olivier Truc se penche sur la neutralité de la Suède avec Base Toundra (Métailié), où un aérodrome a accueilli en 1940 des avions allemands et alliés, sous le regard des Samis. Soixante ans plus tard, une jeune femme, capitaine de l’armée suédoise, forme des parachutistes français dans des conditions hivernales intolérables. Entre les deux époques, il va sans dire que des tractations secrètes ont eu lieu, alimentant le caractère obscur de cet endroit méconnu. Dans Minjung (Flammarion Québec), le deuxième tome de la série mettant en scène l’ex-policier et mafieux Gangnam, Ian Manook met la loupe sur les 140 000 enfants vendus tout comme des milliers de parias enlevés dans le cadre des Jeux olympiques de Corée, en 1988. Victime de ces événements, Gangnam peine à contenir son sang-froid pour mener à bien sa mission.

Polars au féminin, mais pas que

Presque vivante (Québec Amérique), de Catherine Larochelle, nous propulse dans le quotidien endeuillé d’un père et de sa fille de 7 ans, à la suite d’un accident d’auto particulièrement violent, tuant la mère de l’enfant. Depuis, la petite dessine des images troublantes qui témoignent de ses souvenirs de l’événement et peine à s’endormir à cause de ses visions qui la terrifient. Précise et intime, la plume de l’autrice interpelle le lecteur et le conduit à s’interroger sur les mystères qui planent sur cette famille. Chez le même éditeur, Dans ta flamme, d’Isabelle Grégoire, raconte l’envie irrépressible de Justine, fraîchement sortie de prison, de s’installer dans le Nord, persuadée qu’elle pourra repartir à zéro. C’est là-bas qu’elle croisera Maude qui, elle, y retourne sans plaisir pour prendre soin de sa mère. Leur rencontre chamboulera leur présent comme leur passé, et les secrets, déterrés, n’apaiseront personne. C’est aussi à des rebondissements truffés de secrets que nous convie Riley Sager avec Celle qui sait (Verso). Tous savent que c’est la jeune Lenora qui a tué sa famille, en 1929, même si la police n’a jamais pu le prouver. Devenue vieille et aphone, elle tape un jour à sa machine à écrire qu’elle veut tout dire à sa nouvelle aide-soignante. La vieille dame lui raconte une tout autre conjoncture que celle imaginée, quoique pas plus rassurante. Une lecture prenante!

Frissons garantis

S’il n’est pas nécessaire de connaître l’œuvre de H. P. Lovecraft, sachez toutefois que Mathieu Thomas s’en inspire et nous guide vers une mise en abyme enténébrée et angoissante avec L’horreur de Beaumanoir (Québec Amérique). Sachant que le maître de l’horreur a visité le Québec à quelques reprises dans les années 1930, l’auteur met de l’avant Rodolphe Cartier, une version plus actuelle d’un personnage récurrent de Lovecraft, et le confronte à des recherches qui lui feront perdre l’esprit. C’est en empruntant lui aussi le nom d’un de ses propres personnages que Franck Thilliez se commet dans un roman d’horreur, sous la plume fictive de Caleb Traskman. Dans La route du diable (Fleuve), une mère part en quête de sa fille et de son amoureux, disparus l’année précédente. Mais sillonner la route 666 ne mène pas là où on le souhaite. Tout aussi déconcertant, L’antre du lièvre (L’Homme) nous appelle dans le quotidien d’une famille isolée, pratiquant les sciences occultes dans un climat subverti par une guerre nucléaire. Premier roman de Simon Predj, qui anime notamment le balado Ars Moriendi et dont les livres réfèrent à des crimes réels, on peut parier que le canevas qu’il a imaginé sera terrible.

Du noir rafraîchissant

C’est tout en musique que se déroule Noir Vinyle, de Christophe Piot (Le Cherche midi), un roman original et intrigant. Collectionneur invétéré de vinyles, Jordan n’hésite pas à parcourir la planète pour assouvir sa passion. Rêvant de devenir un auteur-compositeur reconnu, il est accessoirement un tueur à gages, accomplissant ses objectifs avec efficacité et sans apitoiement. Respectant les codes du roman noir, saupoudré d’un humour tout aussi funèbre, cette pépite se lit en chantonnant. Si on n’a pas le cœur à chanter dans Qui tuera Betty Gauthier? (Saint-Jean), de Michel J. Lévesque, on a tout de même le sourire en coin en découvrant le duo improbable que forment un tueur en série atypique et un homme de main au long parcours. Alors que Betty Gauthier doit assurément mourir, mais pour des raisons différentes — plusieurs personnes souhaitant sa mort —, chacun des deux hommes arrive trop tard, évincé par un autre plus rapide qui a procédé à son enlèvement. Il faut pourtant la récupérer pour qu’elle meure… sans y laisser sa propre peau. Sous les herbes sauvages (Fides), de G. R. Roussel, est le deuxième dossier de la détective Dillon Dixon, cette femme au QI élevé, mais étrangement naïve dans ses histoires amoureuses. La mort d’un agriculteur plonge le village de Tipton dans une sourde révolte. Entre les puissants intérêts d’un propriétaire agricole et un avocat avide, la détective devra déployer tous ses talents de déduction afin de découvrir la nature de ce que plusieurs ne veulent pas voir éclater au grand jour.

La dystopie, si près de la réalité

Fleuve de plastique, d’Étienne Rioux, est le premier roman de la collection « Sève noire », des éditions Kata. Alors qu’une panne met en péril le fragile équilibre d’un état en crise, une famille composée d’un vieux couple, de leurs deux fils et de leur petite-fille se rassemble et traverse un Québec transformé jusqu’à leur chalet. Entre les paysages dévastés et la cruauté des hommes, la route sera ardue, mais également empreinte de tendresse et de promesses. Dans Addelion (Saint-Jean), de David Descôteaux, un journaliste déchu accepte un implant cérébral, présenté comme une solution à la dépression et à la dépendance dont il souffre, dans l’espoir de reprendre les rênes de sa destinée et ultimement, d’en faire un papier. Il dépiste bien vite cependant que l’implant modifie ses pensées et dicte sa conduite. Comment conserver son individualité lorsque le groupe s’empare de tout, jusqu’à son âme? C’est d’ailleurs l’âme qu’on s’arrache dans Brûler le paradis (Alire), de Billie Bernard, où à la mort d’une personne, celle-ci revit une version numérisée de sa trajectoire, à travers le regard des autres. Sous prétexte d’une forme de pédagogie moralisatrice, peut-on s’emparer de la vie de quelqu’un? Un très court texte, au sujet percutant. L’autrice française Noémie Bourgois publie chez Robert Laffont Québec Le dernier né, dans lequel la maternité est gouvernée par l’État. Parmi les Porteuses, Inaya, fille du dirigeant, est atteinte d’une maladie de laquelle son père voit la possibilité de créer une nouvelle lignée. Alors qu’elle comprend qu’on lui a menti depuis toujours, elle s’enfuit, et tout pourrait s’écrouler.

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