Source : Le Devoir
Le premier roman du Québécois Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, publié originalement chez Boréal, poursuit son escalade des prix littéraires français. Le livre est apparu sur la première liste du prix Médicis, dans son édition française chez Grasset, après s’être glissé dans les derniers jours dans les sélections du Goncourt, du Femina et du Renaudot.
« En lice pour quatre grands prix sur quatre ! Du jamais vu pour un auteur québécois ! » s’est réjoui le sociologue de littérature et prof à l’UQAM Michel Lacroix.
« Et c’est très rare, en général », même pour un auteur de France habitué des cercles et systèmes littéraires de l’Hexagone, selon le professeur, qui s’est penché particulièrement sur les prix littéraires.
Le vibrant récit migratoire signé par M. Orélien est également dans la première sélection du prix Décembre, du Femina des lycéens et du Renaudot des lycéens.
De France, trois autres livres se démarquent en se retrouvant dans les sélections de trois grands prix sur les quatre. Il s’agit de Minotaure (Albin Michel) de Boris Bergmann, Nous aussi (Actes Sud) d’Anne Godard et N’efface pas mes cercles (Verdier) d’Emma Marsantes.
Une percée collective
« C’est la première étape. » À ce stade, « un juré par grand prix [a imposé C’était ça ou mourir] dans les listes longues. Il faut maintenant que la lecture du roman convainque au moins trois autres jurés par prix » pour que le roman poursuive sa montée, explique le spécialiste.
Depuis trois ans au moins, Michel Lacroix remarque une conjugaison de nominations multiples d’écrivains du Québec.
En 2023, Que notre joie demeure, de Laura-Ève Lambert, a remporté le Médicis ; la même année, Ce que je sais de toi, d’Éric Chacour, a mené une solide compétition comme finaliste dans les sélections du Femina et du Renaudot.
« Il ne s’agit donc plus de cas uniques, singuliers, comme pour Gabrielle Roy, Antonine Maillet ou Anne Hébert, mais d’un phénomène plus collectif, signalant l’intérêt plus grand porté à la littérature québécoise dans les milieux littéraires parisiens », estime le sociologue.
Cet intérêt, croit-il, est nourri « de nombreuses choses, dans lesquelles le travail des éditeurices du Québec est crucial, avec l’aide importante, peut-on le supposer, de Québec Édition. »
De plus, la percée en France, dont on note de plus en plus d’heureux symptômes lors de la saison des prix littéraires, « n’est qu’un volet de la percée à l’international de plusieurs écrivains et de plusieurs maisons d’édition », analyse le spécialiste.
Là encore, C’était ça ou mourir a un parcours remarquable : 22 cessions de droit pour des pays et territoires autres que le Québec ont été signées.
La France, bien sûr, mais aussi les Pays-Bas, la Norvège, l’Allemagne, l’Italie, la Finlande, le Royaume-Uni et la Turquie ont tous en librairie une édition « nationale », parfois traduite, de C’était ça ou mourir.
Ce livre est également « un cas exceptionnel, pour le nombre élevé de cessions de droits et le fait qu’elles ont été signées avant la parution du livre, mais qui participe d’une circulation plus élargie à l’étranger, en traduction », conclut M. Lacroix.
La deuxième sélection du Médicis sera dévoilée le 15 octobre, et l’annonce du lauréat aura lieu le 2 novembre.
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