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«L’ouvrier italien tombé»: Carole David remonte le fil de ses origines

Source : Le Devoir

Depuis son Manuel de poétique à l’intention des jeunes filles (Herbes rouges, 2010), Carole David est vue comme une grande poète du Québec. Avec L’ouvrier italien tombé, elle s’attaque au récit. Elle remonte encore le fil de ses origines italiennes, en tentant de creuser l’histoire de son grand-père, broyé à mort en 1945 dans un violent accident de travail à la Canadian Car & Foundry.

« J’écris sur l’étrangeté dont je suis issue », lit-on dans ce récit « sur l’immigration, sur ce qu’on appelle des traumas intergénérationnels », selon les mots de l’autrice.

En poésie, les recueils de Carole David sont attendus. Ils sont traversés par sa vision des femmes et de leurs combats. Ils font le portrait d’une certaine Amérique en utilisant des poèmes road trips qui cinglent entre les souvenirs, le vintage, le très actuel, et une charge de violence récurrente.

Pour L’ouvrier italien tombé, Carole David a pris un autre chemin. Elle a entamé une enquête, littéraire et réelle, sur le décès de son grand-père. Embarqué seul à Naples en 1912 sur le SS Canopic, direction New York, l’homme rêvait, comme plusieurs de ses pairs, d’une vie meilleure du côté de « La Merica ».

« Ça fait des années que je travaille sur la question des origines du côté de ma mère, raconte Carole David en entrevue. Avec le temps, j’avais accumulé beaucoup d’informations aussi sur mon grand-père. »

Mais l’autrice en voulait davantage. Elle est retournée, pour une troisième fois, dans le village de ses grands-parents, près de Rome. Elle a débusqué des articles de journaux vieux de 80 ans sur l’accident, survenu aux ateliers ferroviaires de l’ancien village Turcot, sur l’île de Montréal. Elle a retrouvé le rapport du coroner qui a suivi le décès à l’usine de son grand-père.

La démarche a déclenché chez elle beaucoup de souvenirs. « Finalement, dans cette enquête, j’ai pas trouvé tant de choses… Mais ça me revenait par vagues… Ça a réanimé beaucoup de choses. Et je me suis rendu compte que j’étais en train de parler de ma venue à l’écriture. »

Parler, écrire

Dans son récit, Carole David revient sur le rapport de sa famille à la langue. À l’italien, qu’elle-même comprend, mais ne parle pas : « Ma mère utilise un dialecte molisano avec moi, ma grand-mère, ma tante et quelques voisines. Ce parler dur et abrupt n’a pas de finale en o ou en a et a intégré des québécismes et des anglicismes. »

Et à la langue française, qui la nourrira, puisqu’elle l’enseignera, et deviendra poète, autrice : « J’ai longtemps cherché pourquoi la langue ne m’avait été transmise qu’en partie. Des raisons politiques et circonstancielles — pendant la Seconde Guerre mondiale, les cours d’italien ne sont plus donnés aux enfants des immigrants —, la mort prématurée de mon grand-père, l’isolement de la famille, la honte. »

« Toutes les questions d’actualité sur la langue française et son apprentissage et l’immigration, ça me ramène à la perception envers les Italiens qui parlent surtout anglais. Ça me met en colère. Il faut se rappeler la vague d’immigrants italiens à qui on a interdit d’aller à l’école française… » enchaîne la poète pendant l’entretien.

« Il y a des conséquences directes des structures et des lois sur l’immigration qui durent pendant des générations », indique-t-elle, une colère retenue dans la voix.

Les âges clés

L’ouvrier italien tombé est comme une enquête qui n’aboutit pas ; qui devient un récit des origines qui échappe tout autant à son autrice, qui le transforme en réflexion sur sa venue à l’écriture. Et une espèce de testament littéraire, non ? « Oui, c’est un peu ça. »

« J’ai encore une vie d’écriture. J’ai un autre projet en poésie. » Pourquoi alors ce bilan, maintenant ? « Beaucoup de gens autour de moi sont décédés, malades, pas loin de la mort », confie Mme David.

« Je viens d’avoir 72 ans. Ma grand-mère est morte à 72 ans. Mon grand-père est mort à 52 ans et j’ai dépassé cet âge-là. Ce sont des âges clés. Est-ce que je vais dépasser l’âge de la mort de ma mère ? Je ne sais pas. »

L’autrice convoque dans son récit plusieurs œuvres et plusieurs artistes, surtout italiens, qui la guident et l’inspirent depuis longtemps ou spécialement pour cet écrit-là. Comme Amelia Rosselli, Elena Ferrante, Erri De Luca, Sylvie Laliberté, Marco Micone, entre autres.

Mais Carole David voulait surtout faire ici « un récit sur l’immigration, sur les conséquences directes des difficultés qu’on pose dans les processus et des manières dont on traite

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Titre: L’ouvrier italien tombé

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