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Richard Vallerand : Comme au cinéma

  Tout lire sur: Revue Les Libraires Source du texte: Lecture Illustration tirée du livre Les bons débarras (VLB éditeur) : © Richard VallerandPourquoi avez-vous eu envie d’adapter le film Les bons débarras en bande dessinée?J’avais déjà vu le film au début des années 1980. Je devais avoir pas loin de 12 ans, l’âge du…

 

Tout lire sur: Revue Les Libraires

Source du texte: Lecture

Illustration tirée du livre Les bons débarras (VLB éditeur) : © Richard Vallerand

Pourquoi avez-vous eu envie d’adapter le film Les bons débarras en bande dessinée?
J’avais déjà vu le film au début des années 1980. Je devais avoir pas loin de 12 ans, l’âge du personnage principal. Mais ce n’était pas un film pour enfants. On est loin de Ciné-cadeau, haha! J’étais fasciné par le côté badass de Manon, son sens de la répartie incroyable. Mais c’est en 2016 que je suis retombé sur cette histoire de Réjean Ducharme. Je suivais le travail de Frédéric Dubois, qui s’occupait de transposer ce scénario sur les planches du Trident. Ça m’a permis de redécouvrir ce texte avec un regard d’adulte. J’ai eu un véritable coup de foudre pour ces personnages, ces dialogues. En l’entendant dans la bouche d’autres acteurs, j’ai eu un déclic. Je me disais que cette histoire pouvait exister sous une autre forme, une version papier, un livre, d’où l’idée d’en faire une BD, mon médium. Je trouvais belle aussi cette histoire d’amour mère-fille sans concession. On dit qu’il n’y a pas d’amour plus fort. En suivant ces personnages, on comprend que c’est le parti pris de Ducharme.

Quel a été le processus de création de ce projet?
J’ai d’abord contacté Réjean Ducharme. Je lui ai écrit une lettre avec quelques dessins pour lui demander l’autorisation d’adapter son scénario. Étant donné le caractère mystérieux du personnage, je n’avais pas vraiment d’attente alors j’ai eu une belle surprise lorsque j’ai reçu une lettre de Monique Jean, son agente, pour me dire qu’il était d’accord que j’aille de l’avant avec ce projet. Quelques semaines plus tard, j’apprenais son décès. Monique m’a dit qu’il avait gardé les deux dessins que je lui avais envoyés sur son frigo. Ça m’a ému. Je l’ai pris comme un signal que je devais aller de l’avant. J’ai mis un peu de temps avant de m’y atteler, j’avais des engagements à respecter. Le moment venu, j’ai contacté la Cinémathèque pour avoir un accès au scénario qui faisait partie de ses archives et qui devait être numérisé. J’ai donc travaillé à partir du scénario original. Comme je n’ai pas revu le film depuis très longtemps, j’ignore s’il y a des scènes du film qui ne se trouvent pas dans le scénario et vice versa. Chose certaine, le texte du scénario est vraiment solide, il n’y a pas de scènes inutiles et dans l’ensemble, je suis resté assez fidèle au texte et à l’époque où ça se passe, les années 1980.

Illustration tirée du livre Arthur Leclair, projectionniste ambulant (La Pastèque) : © Richard Vallerand

Quels ont été les défis de mettre en images une œuvre si marquante dans l’imaginaire québécois?
C’est certain que d’adapter un texte de cette ampleur, ça vient avec une certaine pression. Au départ, j’étais un peu tétanisé, ça a sans doute contribué au fait que je priorise d’autres projets. J’attendais peut-être d’avoir la maturité pour le faire. À 50 ans passés, c’est un peu bizarre de se dire une chose pareille. Puis un moment donné, une série de circonstances ont fait que j’avais enfin le temps et l’espace mental pour me plonger là-dedans. Et puis, j’ai entendu une entrevue à propos de Ducharme qui disait qu’il était un grand amateur de comics. Quelque part, ça me confirmait que la BD pouvait trouver une place dans son œuvre.

En quoi la pièce de théâtre Foreman de Charles Fournier, dont vous avez illustré l’adaptation en bande dessinée, vous interpellait-elle?
C’est La Bagnole qui m’a approché pour faire une adaptation de Foreman. Ça pourrait donner l’impression que je veux me spécialiser dans les adaptations, mais c’est vraiment un concours de circonstances. J’aime beaucoup le théâtre, j’y vais souvent, mais je n’avais pas vu cette pièce. Elle est arrivée sur ma table de travail un peu par hasard. Charles Fournier avait vu quelques dessins qui lui parlaient sur mon Instagram. Au départ, j’étais un peu surpris qu’on me le propose. Cet univers de gars de la construction est assez loin de moi, mais après la saga historique d’Arthur Leclair, j’avais besoin de quelque chose de contemporain. Et puis les dialogues de Charles sont absolument savoureux, à la fois drôles et percutants. Ça parle d’enjeux tellement actuels sur les défis d’être un homme aujourd’hui et c’est raconté par un gars qui connaît bien ce monde et ces enjeux. Je suis vraiment très fier de cette collaboration.

Vous signez aussi la série Les Laborats (Éditions Michel Quintin), qui met en scène deux frères qui partagent leurs connaissances avec humour. Qu’est-ce qui vous fascine dans la science?
Pour moi, Les Laborats, c’est ma cour de récré. C’est un univers léger où on ne se prend pas la tête. Je trouve qu’on associe souvent la science à quelque chose de lourd, voire de déprimant, alors que c’est une source infinie d’histoires. Lorsqu’on est le moindrement curieux, elle nous amène sur toute sorte de chemins inattendus, avec des réponses souvent surprenantes et drôles. Au début, lorsque j’ai créé Les Laborats, ça devait être une seule chronique dans le magazine Curium et finalement, je l’ai fait pendant près de dix ans. J’aurais pu continuer encore pendant plusieurs années, car il n’y a pas de sujets que Les Laborats ne peuvent pas traiter. En 2024, j’ai décidé de prendre une pause, histoire de me ressourcer, faire d’autres projets qui me tenaient à cœur, Les bons débarras par exemple, mais mes deux rats n’ont pas dit leur dernier mot. Ça se pourrait bien qu’ils réapparaissent sous une autre forme. À suivre…

Illustration tirée du livre Foreman (La Bagnole) : © Richard Vallerand

Qu’aimez-vous particulièrement dans le fait d’écrire et de dessiner pour les jeunes?
C’est un peu cliché de dire ça, mais les jeunes sont un peu beaucoup notre avenir et je me sens vraiment privilégié de pouvoir leur parler, c’est un peu comme si je pouvais communiquer avec le futur. Non, mais de manière moins ésotérique, c’est vraiment énergisant de créer pour de jeunes lecteurs, ils sont toujours super enthousiastes et pleins d’idées. Comme je suis devenu grand-papa l’année dernière, tout d’un coup, j’ai envie de m’adresser aux premiers lecteurs, alors ça se pourrait bien que mes prochaines créations soient pour un public encore plus jeune.

En plus de l’adaptation du film Les bons débarras, votre BD Arthur Leclair, projectionniste ambulant (La Pastèque) retrace les débuts du 7e art. Quel rapport entretenez-vous avec le cinéma?
J’ai toujours été un grand amoureux du 7e art. Avant de bifurquer vers le cinéma d’animation, j’ai fait quelques années en études cinématographiques. J’étais particulièrement fasciné par le cinéma des premiers temps, Reynaud, Méliès, Fritz Lang. Lorsque Normand Grégoire m’a approché pour mettre en images son scénario, on a tout de suite connecté sur le sujet. Et puis, Arthur Leclair est un personnage que je trouve attachant, à la fois visionnaire, homme d’affaires et créateur, un héros à part entière. Je trouve que le rôle du réalisateur de cinéma se rapproche beaucoup de celui d’auteur de BD. Dans les deux cas, même si on part d’un scénario qu’on n’a pas nécessairement écrit soi-même, on doit le mettre en scène, cadrer les plans, jouer avec la lumière, les décors, s’occuper du casting, du repérage, faire jouer ses acteurs. Comme le cinéma, la BD est un art total, un langage à part entière.

Illustration tirée du livre Arthur Leclair, projectionniste ambulant (La Pastèque) : © Richard Vallerand

Vous travaillez avec d’autres bédéistes dans un atelier à la Maison de la littérature, nommé La shop à bulles. Comment cette collaboration nourrit-elle votre création?
Avec Paul Bordeleau, Djief et Mikaël, des auteurs BD bien connus de la région de Québec, on a créé La shop à bulles en 2011. À cette époque, on était dans un appartement un peu délabré du quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec. L’idée était d’avoir un lieu propice à la création de BD. Au départ, je n’avais aucun projet sur la table, c’était un peu une profession de foi que de me lancer là-dedans. Je sortais d’une dizaine d’années à faire du jeu vidéo et j’avais besoin de changement. Les « shopains » m’ont beaucoup appris sur le b.a.-ba de la BD. Cette petite communauté a été super importante dans mon apprentissage. Ça m’a d’abord permis de combattre le sentiment d’imposteur et de mieux comprendre comment la fameuse chaîne du livre fonctionne. En 2015, on a eu l’occasion de se déplacer vers la Maison de la littérature. Il y a eu un appel de projets pour occuper un de leurs magnifiques espaces et nous y sommes locataires depuis. On s’y sent très bien, ça fait vraiment plaisir de savoir que le milieu de la littérature ouvre ses portes à la bande dessinée. Depuis, plusieurs personnes sont passées par La shop, d’autres sont parties, il reste Paul et moi. Aude Chaumaz s’est jointe à notre groupe en 2025. On aime que ce soit un milieu ouvert, on garde un petit espace pour recevoir les amis auteurs et amies autrices qui sont de passage à Québec.

Quels sont les thèmes qui vous inspirent dans votre travail?
C’est une grande question, il y a vraiment beaucoup de choses qui m’inspirent. Je dirais que ça dépend de ce qui occupe mon esprit au moment de créer. Par exemple, je viens tout juste de terminer une petite BD sur l’itinérance qui va d’abord prendre la forme d’une exposition avec la Ville de Québec. Depuis la fin de la pandémie, comme tout le monde, j’ai remarqué une forte présence des SDF un peu partout dans la ville. J’avais envie de les connaître, d’en savoir un peu plus sur ce qu’ils sont. Dans ce cas, la BD a été une sorte de prétexte pour aller à leur rencontre, comme une porte vers l’inconnu.

Y a-t-il un projet de livre que vous rêvez secrètement d’accomplir?
Depuis quelque temps, j’ai envie de parler de la communauté LGBTQ+, dont je fais partie. À travers la fiction, je veux raconter des histoires qui parlent de cette réalité, de mon point de vue en tout cas. Depuis une vingtaine d’années, les questions queers ont beaucoup occupé l’espace public, je me sentais un peu en dehors de tout ça. Mais, depuis quelque temps, j’ai envie d’ajouter mon point de vue. Le besoin de représentativité a toujours été un enjeu, et dans ce contexte un peu particulier où des droits si durement acquis semblent vouloir s’éroder, ça m’apparaît encore plus important. On verra bien ce que ça donne.

Illustration tirée du livre Les bons débarras (VLB éditeur) : © Richard Vallerand

Photo : © Olivia Borne

Le lancement du livre Les bons débarras aura lieu à Québec à la Librairie Le Mot de Tasse, le 5 novembre à 19h et à Montréal à la Librairie Le Port de tête, le 11 novembre à 18h

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